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Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 15 - L'Homme triple. 

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   

Table des Matières interactive.

Les Trois Centres de Conscience.
La Triplicité du Microcosme.
La Source Originelle.
La Conscience Émergente.
Le Cœur et le Sang.
Le Triple Temple.
Compléments et illustrations.
L'Hermétisme.
L'Ancien des Jours.
Les Néo-platoniciens.
Le Prologue de l'Évangile de Jean.
La divine origine.
L'Image des trois temples dans l'Homme.
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L'Homme triple.

LES TROIS CENTRES DE CONSCIENCE.

Lorsque nous imaginons notre stature corporelle, nous nous représentons mentalement la perception intuitive que nous avons de notre corps. Nous en construisons un schéma théorique en positionnant l'intellect dans la tête, au plus près de l'observateur conscient que nous suscitons, puis nous hiérarchisons en plaçant l'affectivité dans le thorax, et les manifestations instinctives dans le bassin. Nous disposons ainsi d'une image compréhensible et exprimable. Elle est seulement pratique car, dans la physiologie effective, il semble que les divers centres de "conscience" soient tous situés dans le système cérébro-spinal. C'est le mental qui a appris à les projeter ailleurs. Chez l'embryon, tout le corps semble se construire par des bourgeonnements issus de la tête, elle même développée à partir de la cellule germinale. Cliquez sur l'image suivante pour vous en rendre compte.

Cliquez pour agrandir


La seconde image est une courte animation montrant l'évolution complète du foetus.

animation du développement de l'embrion

Cette cellule germinale provient de la démultiplication ininterrompue de la protocellule originelle. Née avec la vie, sautant de corps en corps, elle a donc vécu des milliards d'années, et potentiellement immortelle, elle inventa un jour le sexe et le plaisir, la douleur et la mort. Pendant ce temps immense, le corps s'est perfectionné, établissant d'abord en lui même un premier niveau de connaissance et d'action, une image du Soi dans le Soi, un reflet intérieur de l'état physique associé à la mise au point d'un système homéostatique assurant la régulation des fonctions biologiques essentielles. Au stade suivant, c'est le reflet du milieu extérieur, l'image du Monde dans le Soi, qui entre dans le champ de la connaissance sensorielle. Au stade actuel, c'est le reflet de l'être propre en interaction avec l'environnement, c'est l'image du Soi dans le Monde, qui accède à la conscience.

Ainsi, l'infinitésimale et fragile cellule originelle a franchi des milliers de millions d'années et traversé des millions de millions de dangers pour aboutir à la construction de notre actuel corps vivant. Elle a lentement mis au point des systèmes ultra sophistiqués pour assumer la fabrication de cet organisme extraordinairement complexe ainsi que les moyens d'en assurer la survie et la progression. Et quand, à travers la conscience raisonnable, la vie ouvre enfin les yeux sur un fragment de réalité, c'est pour découvrir l'absurde inexorabilité de la mort. L'intelligence humaine se heurte à cette situation incompréhensible tout comme elle se heurte au problème rémanent du bien et du mal. L'homme conscient va donc en chercher des explication au travers de la métaphysique ou de la religion. Cette recherche de la compréhension des causes premières, des fins dernières, ou du bien et du mal, démarque l'être humain du reste du monde vivant. Sur le plan intellectuel, elle aboutit en particulier à un clivage entre deux théories inconciliables, le "Théisme" et le "Panthéisme", toutes deux basées sur des postulats indémontrables par la raison.

LA TRIPLICITĖ DU MICROCOSME.

Dans l'Antiquité, on supposait que les dieux et les hommes suivaient les lois du Monde selon leur nature propre, mortelle pour les Hommes, immortelle pour les Dieux. À partir de Moïse, et d'abord chez les Hébreux, une conception différente s'établit. Le Monde avait été créé à partir du Néant par un être primordial tout puissant, extérieur à la nature. Cette affirmation constitue la base du "Théisme" qui établit la cause première, Dieu, en dehors du Monde dont il est le Souverain Créateur, (Bible). L'autre postulat, hérité des Anciens, place les causes premières à l'intérieur du Monde, donc Dieu dans l'Homme et l'Homme dans Dieu, dans une unification universelle.

Je n'établirai pas de comparaison critique entre ces deux systèmes de pensée, sachant qu'aucun des deux ne résout tous les problèmes. Je me propose simplement de présenter ici un fragment de la pensée panthéiste, l'idée de la triplicité humaine, vers laquelle on trouve d'ailleurs des convergences évidentes dans le Théisme quoique les conclusions en soient généralement différentes. J'établirai un seul raisonnement fondamental (qui n'est d'ailleurs pas de moi). "Je suis une conscience, et par là même, je prouve qu'il y a de la conscience dans l'univers". Peut-on aller plus loin sans mettre en oeuvre un imaginaire personnel ?

Les religions théistes posent actuellement leur conception des origines du Monde sur l'idée d'une trinité divine composée d'un Père créateur, extérieur au Monde, d'un Verbe, acteur de l'existence, et d'un Esprit, source de Vie. L'enseignement ésotérique puise aux mêmes sources antiques mais ne rejette pas Dieu à l'extérieur du Monde, l'introduisant donc au coeur de l'Homme. A partir de sa conception triple de l'Homme, manifestation incarnée de l'idée divine, l'ésotérisme présente donc aussi un triple concept de l'Inconnaissable Esprit Divin.

La triplicité de ce concept partagé s'établit probablement à partir de la triple structure du système cérébro-spinal avec ses trois cerveaux successifs empilés et interconnectés pilotant les diverses fonctions du corps. L'auto-analyse, intelligente ou intuitive, amène ainsi l'Homme à concevoir qu'il est construit sur une structure ternaire. Les ésotéristes panthéistes élargissent ce concept de triplicité humaine et en font une image reflétant dans la réalité terrestre la conception intellectuelle triple qu'ils ont du divin. L'Homme est à l'image de Dieu, "Microcosmos" et "Microthéos" au sein du divin "Macrocosmos". Voir par exemple à ce sujet, les Hermétistes.

Tout cela est difficile à commenter et surtout à illustrer. C'est pourquoi je propose de mener ce travail en cheminant le long de la voie des fleurs vivantes, l'art IKEBANA des bouquets japonais. Nous regarderons tout particulièrement ceux issus de l'École Ohara, construits en échelonnant harmonieusement, de haut en bas, trois éléments, SHU, le ciel, FUKU, l'homme, et KYAKU, la terre, symboles possibles de notre réflexion. Voyez ci-contre une réalisation particulièrement remarquable et esthétique, l'artiste ayant imaginé de tripler chaque élément symbolique, réalisant ainsi une composition très originale, puisque triplement triple.

LA SOURCE ORIGINELLE.

De même qu'à l'origine du corps, il y a la cellule primordiale, la tête et ses prolongements vertébraux, à l'origine du Monde et des vivants, il y a l'être, l'existence, la matière et la vie lesquels sont les sources de toutes les choses et connaissances essentielles et de tous les moteurs de subsistance, de permanence et de reproduction. Ces forces, ces matériaux, ces instructions de construction, ces pulsions primordiales et ces savoirs fondamentaux sont enfouis au plus profond de nous, inaccessibles à la conscience raisonnable. Nous les analysons comme des éléments techniques utiles à la construction de l'appareil existentiel et à son fonctionnement. Nous ne réalisons pas que tous ces facteurs sont des manifestations actives et actuelles des éternels principes originels de l'existence et de la vie.

A ce niveau de la réflexion, nous devons être très attentifs. Nous sommes ici dans le système de pensée panthéiste. Nous ne parlons donc pas seulement de matière ou de corporéité ni de représentation mentale. Nous parlons de l'Être unitaire primordial, inconnu, total, absolu qui nous inclut et qui donc se manifeste en nous-mêmes. Nous essayons de comprendre qu'à l'origine, à la source véritablement fondatrice de notre être propre dans tous ses caractères, il y a une idée créatrice essentielle, éternellement agissante et vivante, l'Idée permanente de l'Homme que nous sommes, originellement conçue dans l'Intelligence Créatrice, (quelle que soit la nature véritable de cette entité, cause première du Monde), et manifestée dans notre corporéité. Par notre être total propre, hors du Monde et du temps, nous lui restons constamment reliés, mais nous sommes cependant limités par cette manifestation existentielle, corporelle, temporelle et consciente qui est notre personnalité mortelle actuelle. L'existence du mal complique encore la réflexion. En Occident, la pensée panthéiste adopte souvent les concepts gnostiques tels qu'on les trouve dans la philosophie du "Nouvel Âge". C'est, par exemple, un démiurge, créateur imparfait, qui aurait créé ce monde temporel et ces corps mortels qui portent cependant en eux les étincelles divines immortelles descendues du royaume originel.

Traditionnellement, dans l'imaginaire habituel de notre pensée, et sans réaliser ce que nous faisons et de quoi nous parlons, nous construisons une forme conceptuelle pour évoquer la base originelle. Nous l'appelons souvent "le Dieu Père" mais d'autres la désignent comme "la Mère originelle", ou même "la Nature". Là est l'illusion fondamentale. Nous avons quitté le contact intuitif avec la réalité matérielle originelle et nous l'avons remplacée par une construction mentale, une image symbolique inversée qui place loin de nous, dans les cieux, notre origine biologique et terrestre. Cette sorte d'idole se rencontre souvent dans les textes dits "Sacrés" ou les Temples. C'est pourtant la matière primordiale qui est conceptuellement la plus proche de la réalité de l'origine. Elle est d'abord manifestée dans l'existence matérielle et vivante du corps biologique, car l'homme pensant émerge de la vie, qui s'enracine dans la matière dont la source est dans l'Être primordial.

Comprenons cependant qu'il n'y a aucune raison de placer cette forme conceptuelle, artificielle et imparfaite, cette idole fondamentale, symbolique et fragmentaire, en haut ou en bas, ou à la tête d'une quelconque hiérarchie. Dans la triple image mentale de l'essence universelle, il n'y a ni haut ni bas, et ni fonction première ou dernière. Inclinée vers la terre, la branche KYAKU est nécessaire, mais l'harmonie du bouquet réside dans sa globalité.

LA CONSCIENCE ĖMERGENTE.

Dans le bouquet japonais, la branche SHU s'élance toujours ardemment vers le ciel. Je vous propose d'y voir ici le symbole d'une autre source puissante de la vitalité humaine, la poursuite vivante par l'idiomorphon (la forme humaine idéale), du projet divin, du but inconnu fixé à l'espèce au terme "téléonomique" de son évolution. Cette branche pourrait donc représenter la partie "cérébrale" de la découverte de l'Univers par l'Homme, sachant bien qu'il s'agit également de la perception intuitive de l'outre Monde, et l'image de gauche en est une évidente illustration. C'est le développement de son cerveau qui fait émerger l'humain hors du terreau de l'animalité. Dans cette émergence apparaissent la conscience et la liberté du comportement qui forment la "Personne", image particulière de la cause première. Au sein de l'intellect, la pensée gnostique panthéiste sépare ici deux outils : d'une part la raison qui permet d'accéder au savoir analytique matériel, (c'est à dire à l'avoir), d'autre part l'intelligence qui permet d'accéder à la connaissance globale et supra terrestre, (c'est à dire à l'être). Á travers les illusions du Monde, l'intellect global doit ainsi permettre d'accéder à la véritable réalité et au sens profond et caché de la vie terrestre, moyen de la restauration des caractères divins initiaux de la Personne des origines, intemporelle et immortelle.

Dans la pensée panthéiste, il n'est qu'un Être primordial, inconnu, total, absolu qui nous inclut. Nous essayons ici de comprendre qu'au terme déterminant l'évolution de notre être propre, il y a une manifestation simplement différente de la même force essentielle éternellement vivante, qui est l'Idée de la Personne Humaine. Cette manifestation agit pour que chaque Personne devienne conforme à ce que son devenir fut et demeure conçu par l'Intelligence Universelle (quelle que soit la nature de cette entité). L'Homme lui reste relié dans son être total, mais, dans son aspect terrestre (donc dans le nôtre), il a maintenant découvert les admirables facultés de son corps et les capacités de son multiple cerveau. Ébloui et captivé par les splendeurs de la nature, les plaisirs et les richesses du Monde, il veut tout posséder, tout savoir, tout dominer, de l'atome à l'univers, et tout maîtriser, y compris la vie et la mort. Animé par ces pulsions de pouvoir et de possession, d'orgueil et de domination, utilisant sa raison, l'Homme travaille à remodeler les sociétés et à réorganiser le monde selon ses désirs. Il invente des sciences et des arts, des philosophies et même des religions, et il élabore des théories et des doctrines pour expliquer tous les aspects cachés du monde. Á ce sujet, voir les constructions mentales des Néoplatoniciens, admirables mais vraiment complexes.  Mais la Personne dispose aussi de son intelligence propre, cet outil de contact direct avec l'Intelligence Universelle. En l'utilisant, elle peut enfin comprendre le plan qui la concerne. La révélation reçue par les panthéistes établit qu'en se détachant consciemment des illusions du Monde et des désirs de possession et de domination, l'Homme se délivre de tous les liens qui l'enchaînent, tant à la vie terrestre qu'à la mort du corps de chair. En abandonnant les pulsions visant à conquérir l'avoir, il permet l'émergence ou la reconstruction d'un nouvel Être totalement libre, d'une entité disposant des caractères divins originels et du corps transfiguré de la Personne intemporelle et immortelle des origines.

Traditionnellement et toujours dans l'imaginaire de notre pensée, nous bâtissons un nouveau concept pour évoquer cette autre manifestation de la puissance originelle. Les anciens Grecs l'appelaient le "Noûs" mais nous disons souvent "l'Intellect" ou, par erreur, "l'Esprit". Là réside une illusion nouvelle. Nous avons lâché la réalité biologique et neuronale de notre conscience vivante, raisonnable et intelligente. Nous l'avons de nouveau remplacée par un reflet mental utilitaire, par autre image symbolique, vaporeuse ou éthérée qui figure, dans un milieu inconnu assez flou, tout le destin prochain de notre devenir terrestre. Dans le mystère de l'avenir, c'est la matière cérébrale qui nous semble être la plus apte à contenir cette représentation, et c'est pourquoi nous tendons à poser l'intellect au sommet de nos facultés.

Cependant, il n'y a toujours aucune raison de placer ce concept au-delà ou en deçà, au-dessous ou au-dessus, ou dans une hiérarchie quelconque, car il ne demeure dans la triple essence humaine nul espace entre l'alpha et l'oméga de l'être. Dressée vers le ciel, la branche SHU nous paraît nécessaire, mais l'harmonie du bouquet IKEBANA persiste à résider dans sa globalité.

LE COEUR ET LE SANG

Le bouquet IKEBANA s'équilibre autour du centre de sa composition. C'est l'objet central FUKU, symbolisant l'homme, qui lui donne toute sa valeur artistique et émotive. Ainsi semble-t-il en être, tout au moins à notre niveau de perception, des hommes de la Terre quand ils acceptent leur état. Car, sur les fondations exposées ci-dessus, d'autres manifestations du principe originel définissent les spécificités des différentes formes vivantes et leurs comportements. L'espèce humaine est issue d'une façon quelconque de l'animalité. Elle partage donc les caractères et les modes relationnels des mammifères, ceux pratiqués par les anthropoïdes en général, ou ceux des divers humanoïdes présents ou passés, en particulier. Au niveau de la conscience ordinaire, des pulsions puissantes régissent les comportements habituels et tendent à satisfaire les dévorants désirs liés à l'affectivité. Elles expriment les besoins relationnels des divers individus composant les groupes, les espèces, ou les commensaux variés qui partagent le même environnement, ainsi que toutes les actions, réactions, et tous les sentiments qu'ils inspirent. Ces réactions d'amour et de haine, de plaisir et de souffrance, d'exploitation et de dévouement régissent l'essentiel des relations naturelles entre les individus, les sociétés ou les espèces, y compris chez les hommes. Mais d'autres facteurs peuvent aussi agir puissamment sur notre émotivité, comme l'art et la musique, par exemple. C'est qu'il existe en nous d'autres facultés, tel le sens de l'esthétique ou de l'harmonie, des canaux nouveaux qui conduisent à des spécificités humaines non partagées.

En ce qui nous concerne, en liaison avec l'émergence de la "Personne", image particulière reflétant intérieurement la "Totalité universelle", l'émotion, ordinairement provoquée par un objet extérieur, peut aussi être éveillée par la perception mentale de l'Idée créatrice originelle lorsqu'elle se manifeste dans la pensée. Comme toute émotion, celle-ci provoque une réaction cardiaque et un mouvement sanguin, comme si le sang était porteur de la sensibilité personnelle du sujet. La pensée panthéiste fait alors de ce cœur palpitant le siège de la manifestation de l'Être originel dans l'âme humaine. Elle considère cet organe comme la porte d'entrée de l'appel intérieur fait à chaque homme pour qu'il se libère des chaînes pénibles de la vie terrestre et qu'il réalise maintenant sa destinée d'accès à la spiritualité et à l'intemporalité. Il faut d'ailleurs signaler à ce niveau une particularité un peu choquante des doctrines et religions théistes. Comme le polythéisme antique, elles enseignent l'irruption dans le réel d'entités conceptuelles immatérielles (dieux ou anges), qui n'appartiennent pas à la création mais qui viennent agir pour aider l'homme dans sa vie terrestre, (Telle l'incarnation du Verbe, dans le Catholicisme). C'est intellectuellement analogue à l'image représentative d'un mythe qui prendrait vie et sortirait de son cadre pour rencontrer son concepteur. Cette évidente difficulté n'existe pas dans la pensée panthéiste moderne qui professe l'unité du Monde dont la source créatrice est partout et en tout, se manifestant donc dans la matière, dans l'homme, dans sa pensée, et tout particulièrement ici, dans son cœur où lui semblent résider la force auto libératrice originelle : le Christ intérieur.

"Mon cœur contient tout", dit Ibn Arabi soufi, un gnostique musulman. L'homme ressent douloureusement en son cœur les tumultes engendrés par de perpétuels combats. Car l'opposition des contraires caractérise tous les aspects de ce Monde que les gnostiques appellent donc "dialectique". Chaque choix effectué entre le bien ou le mal, la paix ou la guerre, la haine ou l'amour, engendre un nouveau conflit. Cette situation devient intolérable à qui en prend conscience et commence à se souvenir du Monde originel. Car la pensée panthéiste gnostique affirme qu'il existe aussi une dialectique qui oppose la violence et la mort (qui régissent la Terre), à la vie éternelle et à l'amour universel (qui règnent dans le Royaume originel).

C'est donc sur le chemin de la transformation de l'être et du retour à l'état originel que s'ouvre la porte du cœur, complétant ainsi le triple symbole panthéiste signifiant le véritable sens de la vie humaine. Mais il n'y a aucune raison de placer cette nouvelle représentation conceptuelle en avant, en arrière, ou au centre d'une hiérarchie quelconque ; car il n'y a toujours dans la triple essence humaine nul espace entre l'alpha et l'oméga de l'être. Au coeur IKEBANA, la fleur FUKU a pris sa place, mais l'harmonie réside encore en la globalité.

LE TRIPLE TEMPLE.

Tout en développant de façon trinitaire les aspects à travers lesquels la pensée panthéiste décrit le Monde et l'Homme, j'ai insisté sur l'unité indissociable qui réunit les trois images conceptuelles utilisées. Selon les doctrines, les ésotéristes usent d'autres modèles, des constructions basées sur les chiffres sept ou dix ou douze, par exemple. L'important est de comprendre que cette pensée postule fondamentalement l'unité absolue du Monde, de l'atome à l'univers, du créateur à la créature, de l'origine aux fins ultimes, et de l'individu à l'humanité entière. Elle se fonde sur la certitude qu'il n'existe qu'une seule et unique réalité, unissant l'Homme, l'Univers et Dieu, que tous les autres aspects du Monde sont parfaitement illusoires, et que la personnalité individuelle s'inscrit donc toujours dans l'unité de l'humanité tout entière.

C'est en lui-même, qu'à l'origine, ce Dieu unique différencie les mondes et les esprits vierges qui vont expérimenter la matière. Ce n'est pas une expérience facile mais l'éternité est disponible. Les esprits inconscients vont s'enfoncer dans le chaos originel. Au cours de la descente, l'émergence de la vie dans la matière inerte puis celle de la conscience dans les corps vivants devraient permettre de réaliser l'Idée divine, l'incarnation des esprits dans des corps matériels vivants, des "Microcosmes" bâtis au modèle de l'Univers. Mais les expériences sont variées et parfois périlleuses. Originellement libres, certains esprits vont s'égarer, dont ceux des hommes. Alors se forme le monde que nous connaissons, le monde "dialectique" des gnostiques, régi par l'opposition des contraires. Et il faudra que chaque esprit immortel, enfermé dans un corps humain mortel, se délivre de ses chaînes matérielles, de ses cristallisations, de son karma personnel et ancestral, pour reprendre librement le chemin de l'incarnation spirituelle, la reconstruction de son propre "Microcosme", de la véritable réalité de son être personnel, tel que voulu pour lui seul, de toute éternité, par Dieu, au sein de la globalité de la communauté humaine.

L'esprit incréé, seul l'esprit peut l'engendrer. De nature divine, engendré non pas créé, l'homme originel est et demeure immortel. Vivant dans un corps biologique, c'est dans cette vie naturelle même qu'il peut retrouver ses pouvoirs si l'homme animal qui l'héberge accepte par amour la transformation nécessaire, la transfiguration du corruptible en incorruptible, du plomb vil en or pur. C'est cela, semble-t-il, que les anciens Alchimistes découvraient un jour, non pas dans leurs cornues comme d'abord ils l'espéraient en éprouvant inlassablement le sel, le soufre et le mercure, mais en eux-mêmes, tout au terme de leur longue recherche de la pierre philosophale. Car la pierre n'opérait qu'en présence d'un peu d'or, symbole de la présence effective de l'Esprit divin, et préalable nécessaire à la transmutation. Puisse chacun trouver, en soi-même, sa propre pierre de métamorphose et aller maintenant son chemin personnel de transfiguration. Les ésotéristes nous disent que par amour, la Divinité descend depuis l'Esprit pur vers chaque homme en revêtant la matière, puis que, par amour aussi, l'Homme s'élève depuis sa corporéité vers Dieu en libérant son propre Esprit.

Je synthétiserai ces idées en disant que pour les panthéistes gnostiques chrétiens, c'est l'amour total qui constitue le feu de l'alchimie ultime, laquelle transforme alors le corps de l'homme en triple temple du divin Microcosme. L'éternel Esprit incréé des origines est "l'Amour Même". Il s'exprime en donnant vie et connaissance, et ce don d'amour éternel ne peut se réaliser dans la solitude. L'Esprit divin engendre donc nécessairement "l'Autre", l'Homme spirituel immortel qui est une conscience vivante. Engendré par l'Esprit d'amour et non pas créé, l'Homme révélé rayonne naturellement la force de la vie et la clarté de la connaissance sur toute l'humanité. Cet impératif comportemental de fraternité universelle détermine donc l'orientation majeure du travail intérieur des ésotéristes gnostiques qui, conscients de la double nature de leur être terrestre, vont associer l'ardeur de l'amour insufflé par l'Esprit divin intérieur à la douceur de la compassion puisée dans leur périssable nature humaine

Comme il faut bien que j'arrête quelque part cette présentation générale de la pensée panthéiste et gnostique, je terminerai ici en utilisant un dernier symbole ternaire et en vous priant d'aller maintenant voir une magnifique illustration d'artiste représentant ce corps humain ainsi triplement et spirituellement transfiguré.

Unité, Liberté, Amour

Compléments et illustrations.

L'HERMETISME
(Extrait d'Asclépius)

Voir aussi dans ce site


Au commencement, il y eut Dieu et Hylé, (la matière). Le Souffle, (Pneuma-l'Esprit), était (...) dans la matière mais non pas de la même façon (...) qu'étaient en Dieu les principes dont le Monde a tiré son origine. (...) Dieu qui est toujours, Dieu éternel, ne peut être engendré, ni n'a pu l'être. Telle est donc la nature de Dieu, qui toute entière est issue d'elle même. (...). Quant à Hylé, (la nature matérielle), et au Souffle, bien qu'ils soient manifestement inengendrés, ils ont en eux le pouvoir et la faculté naturelle de naître et d'engendrer. (...). Voici donc en quoi se résume toute la qualité de Hylé (la matière), elle est capable d'engendrer bien qu'elle soit elle-même inengendrée. Or, s'il est de la nature de la matière d'être capable d'enfanter, il en résulte que cette matière est tout aussi capable d'enfanter le Mal.

Cependant, le Dieu suprême a pris d'avance ses précautions contre le Mal, de la façon la plus rationnelle qui se pût, quand il a daigné gratifier les âmes humaines d'intellect, de science, et d'entendement. En effet, c'est par ces facultés, (...) et par elles seules, que nous pouvons échapper aux pièges, aux ruses, et aux corruptions du mal. (...) car toute science humaine a son fondement dans la souveraine bonté de Dieu. (...). Quant au Souffle, c'est lui qui procure et entretient la vie dans tous les êtres du monde lequel obéit, comme un organe ou un instrument, à la volonté du Dieu suprême. (...). C'est du Souffle que Dieu remplit toutes choses, l'insufflant en chacune d'entre elles selon la mesure de sa capacité naturelle. (Hermés Trismégiste - Asclépius).

L'ANCIEN DES JOURS
(ATIQ YOMIM) - (Daniel,VII-9)

Détail du retable de la chapelle
de Sainte-Marie-d'en-Haut
Grenoble - 17e siècle
Collection du Musée dauphinoi
s

"L'ANCIEN DES JOURS" est un terme archaïque qui désigne une structure éternelle, tout à la fois délocalisée, intégrée au Grand Tout, à l'Harmonie du Monde, et pourtant intérieure et propre à chacun de nous.

On peut considérer que, mentalement, l'expression concerne une image de l'idée divine, éternellement incarnée dans l'Homme, mais pour éviter de construire une idole, il faut bien comprendre que c'est de la réalité du Dieu vivant qu'il s'agit.

Cette présence vivante et intemporelle, perpétuellement à l'origine de la forme humaine actuelle, ne semble pas accessible à la conscience ordinaire.

Ci-contre, dans le retable surmontant l'autel, Dieu est figuré selon le type de l'Ancien des Jours, un homme ou un vieillard à la barbe chenue, (neigeuse), trônant sur des nuages, entouré d'angelots.

LES NEO-PLATONICIENS
(Textes de JAMBLIQUE)

1 - La connaissance des dieux est à part, séparée de toute opposition. Elle ne consiste pas dans le fait qu’on la concède maintenant ou qu’elle prend naissance. De toute éternité, elle coexistait dans l’âme en une forme unique.

2 - Conçois donc comme du limon tout le corporel, le matériel, l’élément nourricier et générateur, ou toutes les espèces matérielles de la nature qu’emportent les flots agités de la matière, tout ce qui reçoit le fleuve du devenir et retombe avec lui, ou la cause primordiale, (préalablement installée en guise de fondement), des éléments et de toutes leurs puissances. Sur ces bases, le Dieu auteur du devenir, de la nature entière, de toutes les puissances élémentaires, lui qui est supérieur à celles-ci et s’est révélé dans sa totalité sorti de lui-même et rentré en lui-même, immatériel, incorporel, surnaturel, inengendré, indivis, préside à tout cela et enveloppe en lui-même l’ensemble des êtres. (../..).

3 - Avant les êtres véritables et les principes universels il y a un Dieu qui est l’Un, le Tout Premier même par rapport au Dieu et Roi premier. Il demeure immobile dans la solitude de sa singularité. Aucun intelligible, en effet, ne s’enlace à lui, ni rien d’autre. Il est établi comme modèle du Dieu qui est à soi-même un père et un fils, et est le Père unique du vrai Bien, car il est le plus grand, premier, source de tout, base des êtres qui sont les premières Idées intelligibles. A partir de ce Dieu Un se diffuse le Dieu qui se suffit, c’est pourquoi il est à soi-même un père et un principe car il est principe et dieu des dieux, monade issue de l’un, antérieure à l’essence et principe de celle-ci. (../..).

4 - D’après les conceptions hermétiques, l’homme a deux âmes. L’une est issue du Premier Intelligible, et elle participe aussi à la puissance du démiurge. L’autre est introduite en nous à partir de la révolution des corps célestes. C’est en celle-ci que se glisse l’âme qui voit Dieu, (la précédente). Les choses étant ainsi, celle qui descend des mondes, (... célestes, la fatalité inscrite dans le Zodiaque), en n

ous, accompagne la révolution de ces mondes, tandis que l’âme issue de l’Intelligible, présente en nous selon le mode propre à l’intelligible, est supérieure au cycle des naissances. C’est par elle que, délivrés de la fatalité, nous remontons vers les dieux intelligibles. (...).

L'essentiel de la pensée de Jamblique est exposé dans mon cahier numéro sept auquel vous pouvez vous référer par le lien suivant. -  Aller au Cahier 7.

LE PROLOGUE DE L'ÉVANGILE DE JEAN

Les évangiles d'Echternach
(ville de l'actuel Luxembourg)

Jeannine SOLOTAREFF et Paul DIEL ont réalisé une exégèse de l'Evangile de Jean et estiment que le texte originel de cet Evangile a probablement été modifié au cours des siècles. Cette opération aurait transformé en dogme la valeur initialement symbolique du Prologue. Or, il est bien établi que ce texte majeur est fondateur du dogme principal de la religion catholique.

Voir ci-contre le folio 177, Début de l'évangile de Jean.
Paris, Bibliothèque nationale, lat. 9389, parchemin, vers 698

Pour aller aux explications et textes détaillés et agrandir l'image, cliquez dessus ou sur le lien suivant.

Le Prologue de Jean revisité

 

Les évangiles d'Echternach (ville de l'actuel Luxembourg)
appelés aussi Évangiles de Willibrord,
Évangéliaire d'Echternach (Evangeliarium Epternacense).

LA DIVINE ORIGINE
(Marie BALMARY - Dieu n'a pas créé l'homme)

Voir aussi dans ce site

Citations extraites de la conclusion du livre "La Divine origine - Dieu n'a pas créé l'homme".

- (.../...) Comme le dit YHWH, (Au chapitre 6 de la genèse, verset 3), dans une phrase difficile à traduire parce que difficile encore à penser :

"Mon esprit ne durera pas (ou ne plaidera pas ou ne jugera pas) dans l'humain pour toujours.
Dans leur égarement, il est chair; ses jours seront de cent vingt ans."

J'entends ici que "l'esprit de Je", l'esprit incréé qui parle en l'homme à la première personne, ne restera pas pour toujours dans le terrien, (celui qui a été créé mâle et femelle). "Leur égarement", c'est qu'ils s'égarent l'un l'autre. Est-ce l'esprit qui devient chair lorsqu'ils se perdent ainsi ? (.../...).

- (.../...) L'être qui parle en première personne, homme et femme, n'est pas de la création mais de l'esprit qui vient en leur rencontre. Cet esprit demeurera en l'humain le temps qu'il dise "Je", le temps qu'il dise "Tu". Puis il traversera la mort.  Incréé ne peut mourir !

Incréé ne peut mourir !

LES TROIS TEMPLES DANS L'HOMME
"UNIO MYSTICA"

Galerie Sublimatio
The transfiguration and Esotéric Art
of A. Andrew Gonzalez

Cette oeuvre superbe vous est présentée ici
avec la permission de son auteur.
Elle est actuellement exposée en Australie
dans le cadre de la tournée mondiale
"Art Fantastique et Visionnaire"

Now exhibiting in Australia
 with the 'Fantastic & Visionary Art' Tour

 

Pour agrandir et expliquer l'image,
cliquez dessus ou sur le lien suivant.

"UNIO MYSTICA"

Pour voir d'autres oeuvres de ce remarquable artiste,
 cliquez le lien ci-dessous.
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Cahier 1

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La fantasmagorie sensorielle La traversée du miroir noir Poussières d'étoiles De boue, de sang, de peur, de désir Les eaux du fleuve
Cahier 6 Cahier 7 Cahier 8 Cahier 9 Cahier 10
Les rayons ardents du Soleil Le phare ruiné d'Alexandrie Des flambeaux dans la nuit Une soif inextinguible La conscience et la liberté
Cahier 11 Cahier 12 Cahier 13 Cahier 14 Cahier 15
Je refuse donc je suis Ombres et Lumières Les derviches tourneurs La Rose Croix L'Homme triple
Cahier 16 Cahier 17 Cahier 18 Cahier 19 Cahier 20
Le Cosmos est-il vivant ? La vie mystérieuse Le Bardo Thödol tibétain La Bhagavad Gītā Le Shintô japonais
Cahier 21 Cahier 22 Cahier 23 Cahier 24 Cahier 25
Le Tao Le mythe de l'Arche de Noé Zoroastre et les Pârsîs De la Gnose aux Cathares Le Cao Dai
Cahier 26 Cahier 27 Cahier 28 Cahier 29 Cahier 30
La Quête du Graal Le Vaudou Cosmos et Microcosme Le Jaïnisme Hermès Trismégiste
Cahier 31 Cahier 32 Cahier 33 Cahier 34 Cahier 35
La Divine Comédie Amour, Désir, et Théosophie Le Graal chez Richard Wagner La Foi des Cathares Les antiques religions à Mystères 
Cahier 36 Cahier 37 Cahier 38 Cahier 39 Cahier 40
Les Dieux Grecs La Religion des Romains L'Homme incréé La réincarnation selon Platon Plotin et le Néoplatonisme
Cahier 41 Cahier 42 Cahier 43 Cahier 44 Cahier 45 
De Giordano Bruno à l'Univers vivant Robert Fludd et la Rose+Croix Krisnamurti et l'inconcevable "Otherness" J.C. Jung - Du Livre rouge à la Fleur d'Or La Gnose et les Gnostiques
Cahier 46 Cahier 47 Cahier 48 Cahier 49 Cahier 50
L'Illusion de la Connaissance Orphistes et Pythagoriciens Contes  Persans et Soufi  La Kundalini et les Chakras

Bégards, Béguines et Turlupins

 

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