Accueil Livres Cahiers Florilège Galerie Carnet Auteur E-mail Copyright Plan du site Télé-chargements

 

Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 6 - Les rayons ardents du Soleil. 

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   

Table des Matières interactive.

La période néolithique.
L'Âge d'Or était probablement un mythe.
La magie de la musique leur fermait déjà les yeux.
Les pasteurs auraient inventé le commerce et la guerre.
L'Homme a pris conscience de son pouvoir sur la nature.
Ainsi était l'antique Jéricho au pays de Canaan.
Les hommes passèrent de la broche au chaudron.
Des hommes, des cailloux, des bâtons, et des pots.
Après la poterie, l'Homme inventa le bronze.
Cette très vieille Égypte.
Tant et tant de dieux.
A l'origine, le Monde était informe et vide.
Les Égyptiens croyaient plus en la survie qu'en l'immortalité.
Osiris, fils de Dieu, sacrifié, mort et ressuscité.
Sur les autels d'Égypte, il y avait des animaux vivants.
Les Égyptiens utilisaient sept cents hiéroglyphes.
L'art égyptien est utilitaire, anonyme et collectif.
Les dieux égyptiens étaient bleus comme ceux de l'Inde.
Les pyramides étaient des constructions sacrilèges.
Akhenaton et Néfertiti, fous d'un seul Dieu.
Un certain officier général.
Le grand Alexandre- La reine Cléopâtre.
Hermès Trismégiste.
Le Phare d'Alexandrie brille encore.
Puis vint l'Islam.
Barre de Navigation

Les flèches vous ramènent ici, et le soleil au haut de la page,
Outil de recherche dans tout le site, avec des mots clés - Search in all the site, using key words
Moteur spécial de recherche interne  Google ---> 

Les Rayons ardents du Soleil.

Ô Égypte, Égypte !
Il ne restera de tes cultes que des fables,
et tes enfants, plus tard, n’y croiront même pas.
Rien ne survivra que des mots gravés sur les pierres
qui racontent tes pieux exploits.
Car voici que la Déité remonte au ciel
Les hommes, abandonnés, mourront tous, et alors,
sans dieux et sans hommes, l’Égypte ne sera plus qu’un désert.
Pourquoi pleurer, Asclépius ? (...).
Et même, croyez-moi, ce sera un crime capital, aux termes de la loi,
que de s’être adonné à la religion de l’esprit. (...).

(Hermès Trismégiste - Asclépius - Apocalypse des Égyptiens.).

La période Néolithique.

Vers la fin de la glaciation de Würm, les hommes abandonnèrent progressivement ces cavernes qu’ils avaient magnifiquement décorées. La période Néolithique commençait. Ils commencèrent à bâtir des villes dont nous retrouvons maintenant les ruines, parfois au cœur de déserts qui étaient alors des prairies ou des forêts, au bord de fleuves et de lacs aujourd’hui asséchés, au long de rivages maintenant submergés, au cœur de plaines cultivées envahies par la brousse, ou recouvertes des sables du désert. Nous essayerons de retrouver les grandes lignes de cette histoire. Hélas, dès le début, cette aventure humaine est remplie de guerres, de conquêtes brutales, de douleur et de sang. On trouve ces récits héroïques ou terrifiants dans bien des livres. Ce n’est pas à cela que nous allons nous intéresser. Nous regarderons la naissance progressive des civilisations, tout particulièrement de celles qui portaient un début de recherche du sens de l’existence, souvent au travers de l’élaboration des mythes cosmogoniques et de la fondation des premières religions.

Il nous faudra cependant préciser quelques données, parmi lesquelles celle de l’évaluation de la variation de la population du Monde pendant la période considérée. Un certain consensus est actuellement établi autour de deux chiffres. On estime à dix millions environ le nombre des humains qui vivaient il y a dix mille ans. La planète était alors très peu peuplée. Au début de notre ère chrétienne, la population est estimée aux alentours de deux cent cinquante millions de personnes. Elle se serait donc accrue par un facteur vingt-cinq en huit mille ans. Pendant les vingt derniers siècles, la population du Globe a encore été multipliée par ce même facteur, et atteint six milliards d’hommes. Il y a donc une formidable accélération de l’accroissement du peuplement.

Les historiens découpent l’histoire de l’aventure humaine en plusieurs périodes conventionnelles. Ils placent la période dite Préhistoire à la fin des glaciations, il y a dix à douze mille ans, et font commencer l’Antiquité à la fin de cette Préhistoire, au 12ème siècle (avant JC). Ils considèrent qu’elle se termine à la fin du 4ème siècle, au début du moyen âge, avec la chute de l’Empire Romain occidental. Les données les plus anciennes, préhistoriques ou relatives à l’Antiquité nous sont essentiellement fournies par les recherches des archéologues. On considère que l’arrivée des barbares (qui étaient souvent chrétiens ou en voie de christianisation), dans Rome, a mis fin en Occident à la dominance politico-culturelle latine, mais celle-ci a persisté encore très longtemps en Orient. En utilisant des repères ou des critères historiques trop précis, nous prendrions le risque d’enfermer l’exposé dans un canevas conventionnel très rigide. Cela gênerait la mise en relation d’événements effectivement séparés dans le temps, ou l’espace géographique, ou l’environnement politique, mais dont les significations sont pourtant manifestement analogues au plan de l’évolution de la recherche du sens de l’existence et d’une nouvelle démarche humaine, métaphysique ou religieuse. Oublions donc pour un temps ces classifications académiques traditionnelles. Nous adopterons pour cette étude un canevas spatio-temporel très large et relativement flou, couvrant les dix derniers mille ans.

L’Âge d’Or était probablement un mythe.

Un monde très peu peuplé n’est pas pour autant statique, ni pacifique. Souvenons-nous que les ressources alimentaires du temps étaient peu abondantes. Les famines étaient fréquentes. La quantité de biens fabriqués était également faible et leur possession était précieuse. Il ne faut cependant pas sous-estimer les capacités commerciales et industrieuses des peuples antiques. Ils ont su très tôt mettre en place des réseaux efficaces de commerce et d’échange et des moyens relativement performants de production, de transport, et de paiement des biens. Mais la soif de pouvoir et la faim de possession gouvernaient déjà le comportement des hommes. Les guerres devinrent hélas rapidement fréquentes, et nous en trouvons la trace dans les récits héroïques et l’expression des mythes qui nous sont parvenus de la lointaine antiquité. Nous en retrouvons aussi parfois les témoignages matériels dans les antiques cités ruinées dont les fondations et les murailles ont été ensevelies sous la poussière des siècles, et que nous dégageons patiemment, pierre après pierre, pour tenter d’éclairer les débuts de cette histoire des peuples, qui est un peu la notre.

Venant d’Afrique, les vagues de peuplement humain couvrirent d’abord l’Europe, l’Asie et la Malaisie, et même l’Australie, très tôt, il y a 50 000 ans, et assez mystérieusement malgré la coupure océane. S’y transformant, elles donnèrent naissance aux formes plus modernes, et gagnèrent plus tardivement l’Amérique du Nord. La conséquence de cette dissémination, large et progressive, dans un territoire extrêmement étendu, fut de morceler finement la population du Globe et d’y faire apparaître une mosaïque vraiment très complexe d’ethnies diverses, aux cultures et aux coutumes variées.

Dans le noir, la magie musicale leur fermait déjà les yeux.

Ces anciens étaient des hommes modernes, très proches de nous, qui souffraient seulement d’un important déficit technologique et ne savaient pas encore très bien accumuler ni transmettre leur savoir, en particulier par l’écriture. Ils pratiquaient des gestes magiques ou cultuels, et portaient déjà des concepts religieux véritables, souvent liés à la nature, et propageaient des mythes aux contenus cosmogoniques ou moraux. Nous les avons déjà rencontrés décorant le fond des cavernes. Quelques chercheurs pluridisciplinaires ont exposé en 1990 de nouveaux résultats de leurs recherches dans ces grottes. Ils ont tenté d’interpréter les empreintes d’ocre laissées sur les roches par des groupes d’individus rassemblés en des points remarquables. Elles sembleraient montrer que les hommes de Cro-magnon utilisaient les propriétés de résonance acoustique et les phénomènes d’échos spécifiques des couloirs de grottes pour y tenir des assemblées qui pratiquaient le chant et la musique. La découverte d’instruments de musique perfectionnés, tels des courtes flûtes à quatre trous, justes et précises sur deux régimes, à l’octave, corrobore cette hypothèse. On en a trouvé une en assez bon état dans une grotte des Pyrénées, à Isturitz. Elle a été fabriquée, il y a vingt-cinq mille ans par un artisan, avec un os creux de cuisse de vautour. Cet homme était un facteur très compétent capable de concevoir un instrument doté de la même continuité mélodique que ceux d’aujourd’hui. On peut imaginer l’émotion et l’effet que pouvaient produire les premières harmonies jouées par les premiers artistes néolithiques avec de tels instruments sonores, sur les auditeurs blottis dans l’obscurité des sombres cavernes aux résonances mystérieuses. Dans le noir, la magie de la musique leur fermait déjà les yeux.

Nous retrouvons les expressions communes de cette émotion artistique civilisatrice et de ses fondements métaphysiques et religieux dans tous les continents. Au fil des millénaires, ces concepts se sont différenciés progressivement. On constate, par exemple, que toutes les religions du Proche-Orient ancien ont des origines communes dont nous utilisons encore inconsciemment aujourd’hui certains sous-produits d’évolution.

La civilisation qui naquit 4000 av.J.-C, de la Syrie à la Mésopotamie, nous en a laissé les preuves écrites sur l’argile durcie. D’autres peuples l’avaient précédée, ou parfois côtoyée, qui ne possédaient pas cette écriture si précieuse, ou bien écrivaient de façon périssable, ou incompréhensible, ne nous laissant que des vestiges étranges de leur passagère existence. Il faut ici souligner une importante et durable difficulté de la recherche. Parce que nous ne comprenions plus leurs langages, ces mystérieux vestiges sont longtemps restés inexplicables et les peuples disparus eux-mêmes étaient parfois devenus énigmatiques ou légendaires. Lorsque certains langages ont enfin été déchiffrés, tout un monde inconnu et oublié est sorti du passé. Mais d’autres signes, émis parfois sous nos pieds par d’autres civilisations oubliées, comme celle des mégalithes, gardent encore tous leurs mystères. Et puis il faut bien faire la part des légendes héroïques qui amplifient parfois démesurément les actions d’un grand personnage dont l’existence est historiquement incertaine. Cet effet de loupe est très courant dans les inscriptions funéraires des tombeaux royaux, et dans les récits d’exploits guerriers.

Les pasteurs auraient inventé le commerce et la guerre.

Nous savons qu’après la fin de l’ère glaciaire, l’évolution civilisatrice s’est manifestée par l’apparition de plusieurs phénomènes concomitants parmi lesquels l’invention de l’agriculture et de l’élevage, avec la sélection des végétaux utiles comme les céréales, et la domestication d’espèces animales, les chevaux, les chiens, divers bovins, ovins ou caprins, oiseaux, etc.. Ces inventions sont anciennes. Les grains de blé retrouvés dans la grotte de Mazanderan auraient douze mille ans. Ils ont été datés par la méthode du carbone 14. D’autres hommes se sont orientés vers l’exploitation du milieu marin. Les groupes humains se sont partiellement déterminés à partir des choix qu’ils ont fait de l’un ou l’autre de ces nouveaux comportements, lesquels ont induit chez eux des modes de vie caractéristiques. Ceux qui ont choisi l’agriculture sont devenus relativement sédentaires. Entre le défrichage des sols, les labours, les semailles, et les moissons, il était nécessaire de protéger longuement les champs des prédateurs, puis d’attendre le produit des travaux. Les agriculteurs se sont donc installés sur les terrains qu’ils cultivaient et y ont construit des abris permanents, des habitations souvent groupées. La surface de leurs terres était limitée par leur force physique et la médiocrité de leur outillage. Ils étaient donc relativement pacifiques, se bornant à défendre leurs biens.

Les pasteurs auraient inventé le commerce et la guerre.

Le comportement des pasteurs différait fortement de celui des cultivateurs. Leurs troupeaux épuisant rapidement les ressources des sols exploités, ils étaient constamment à la recherche de nouveaux pâturages dans lesquels ils s’installaient par la force si nécessaire. Ils se comportaient en nomades et vivaient dans des campements provisoires. Ils menaient une existence vagabonde et aventureuse, ne pouvant accumuler ni nourriture conservable ni biens durables. Cela débouchait forcément sur des comportements d’échange et de commerce, mais aussi sur des rapines occasionnelles, des besoins importants de conquête de territoires et des combats inévitables.

L’Homme a pris conscience de son pouvoir sur la nature.

Bien évidemment, ce discours simplificateur est à relativiser. La culture de terres arides avec des semences peu productives procure des rendements assez faibles. Cette pratique n’est donc pas exclusive d’un certain nomadisme et de la conservation de comportements occasionnellement prédateurs. Ce qu’il faut prendre en compte, c’est que l’humanité a franchi à cette époque un stade réellement très important de son évolution. L’Homme a pris conscience alors qu’il pouvait modifier son environnement. A partir de cette conscience, il a adopté des comportements nouveaux et il a mis au point des outillages adaptés et des techniques qui lui ont permis de réaliser, dans la pratique quotidienne, ces transformations désirées et planifiées de son environnement et de ses habitudes de vie.

Parmi les conséquences des changements induits par la mise en œuvre des pouvoirs de maîtrise de la nature, nous avons identifié des événements très importants. Il faut porter l’accent sur la rationalisation des appareils d’habitat et sur l’invention de la poterie. Les premières habitations humaines étaient bâties en utilisant une technique très simple. Elles étaient petites, circulaires, et à demi enterrées. Cette forme est facile à réaliser en partant d’un pieu central autour duquel on trace un cercle à l’aide d’une corde ou d’un bâton. L’intérieur est ensuite creusé. La terre est rejetée à l’extérieur jusqu’à obtention de la hauteur totale désirée. Le toit est fait de peaux tendues sur une légère charpente de bois inclinée et appuyée sur le mat central. Ces trous gardent leurs caractéristiques typiques au travers des âges, même s’ils sont complètement comblés par des matériaux d’apport. Les archéologues en ont trouvé les marques dans la plupart des sites habités dans la préhistoire qui en comprenaient généralement quelques-uns, plus ou moins groupés. On retrouvait encore ce modèle circulaire primitif mondialement répandu, chez des populations qui les utilisaient relativement récemment. Citons pour exemples les imitations que sont les yourtes sibériennes, les igloos esquimaux, les tipis indiens, ou les huttes africaines.

Ainsi était l’antique Jéricho au pays de Canaan.

Les cités primitives ont d’abord été des villages de ce genre. Sur ce modèle, elles se sont ensuite progressivement entourées de fossés profonds et de palissades de pieux qui sont devenues des murailles défensives. L’architecture et les techniques ont évolué, le plan des édifices est devenu rectangulaire, la pierre et l’argile cuite ont remplacé la terre, les branches et les peaux d’animaux. Les cités ont alors acquis leurs caractéristiques spécifiques, qui comprennent des murs d’enceinte autour des habitations, des citernes et des silos pour les vivants, des tombes pour les morts, un temple pour le dieu, et un palais pour le roi. En Mésopotamie, elles sont devenues ce qui a ensuite été appelé des Villes-États, ou des Cités-États. La vieille cité de Jéricho, Arikhâ, dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, date probablement de neuf mille ans. Elle compte parmi les plus anciennes cités dont nous ayons retrouvé le site et les ruines. Les fouilles entreprises à partir de 1867 ont révélé qu’elle aurait été détruite bien longtemps avant que soit écrit le récit biblique de sa conquête au son des trompettes. Elle avait déjà disparu avant même que les tribus nomades qui devinrent plus tard le peuple hébreu ne commencent à fréquenter ces territoires, et n’aurait été relevée que mille ans av. .JC. Les terribles récits de massacres et de sacrifices humains associés à sa conquête pourraient être partiellement rodomontades guerrières ou paraboles édifiantes et symboliques à l’usage des fidèles, fabulations plus tardives destinées à poser les racines de la fondation divine d’une histoire qui nous est encore racontée comme suit.

Jéricho - Ancien Testament par Louis Segond - Josué - 6.

1) Jéricho était fermée et barricadée devant les enfants d’Israël. Personne ne sortait, et personne n’entrait.

2) L’Éternel dit à Josué : Vois, je livre en tes mains Jéricho, et son roi et ses vaillants soldats...

20) Le peuple poussa des cris, et les prêtres sonnèrent des trompettes. Lorsque le peuple entendit le son des trompettes, il poussa un grand cri, et la muraille s’écroula. Le peuple monta dans la ville, chacun devant soi. Ils s’emparèrent de la ville.

21) Et ils dévouèrent par interdit, au fil de l’épée, tout ce qui était dans la ville, hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu’aux bœufs, aux brebis, et aux ânes

24) Ils brûlèrent la ville et tout ce qui s’y trouvait, seulement ils mirent dans la maison de l’Éternel l’argent, l’or, et tous les objets d’airain et de fer...

Cependant, si Jéricho n’a pas été détruite par les Hébreux, les archéologues ont pu vérifier la réalité de la destruction de Hazor, une autre importante cité cananéenne dont la Bible évoque également la conquête. Certains de ces sacrifices rituels ont donc eu réellement lieu. Cela entache la réputation de l’Éternel des Hébreux. Parmi les plus anciennes cités primitives, on peut citer Ougarit, dans l’actuelle Syrie, prés de Ras Shanra. Elle semble avoir été établie au Néolithique, puis s’être développée de façon classique. Les fouilles entreprises en 1929 ont mis à jour au moins cinq niveaux superposés dont les plus élevés montrent des murailles et des fortifications, des temples dédiés à Dogon et à Baal, des palais et des tombes maçonnées. Comme beaucoup d’autres dans cette région, la ville fut ruinée par un tremblement de terre au 14ème siècle av.JC. On pourrait aussi évoquer Byblos, (Gébal), en Phénicie, les antiques cités d’Égypte, ou la légendaire ville de Troie, (Ilion), redécouverte par Schliemann sur la parole d’Homère, mais nous ne faisons pas ici un inventaire.

Les hommes passèrent de la broche au chaudron.

Essayons de situer cela dans le temps et l’espace pour comprendre comment ces vieilles civilisations ont établi leurs racines. Il y a sept ou huit mille ans, partout dans le monde peu habité que nous avons décrit, c’était l’époque néolithique, l’Âge de la pierre polie. En tous lieux, les traces qui en ont été retrouvées présentent des similitudes. Nous avons des habitudes intellectuelles qui appellent des façons de penser et des images conventionnelles. Intuitivement, nous plaquons sur l’histoire imaginaire de toutes les civilisations primitives un même schéma de développement, proche de celui que j’ai décrit précédemment. Il nous mène logiquement depuis le village aux habitations circulaires semi enterrées jusqu’aux cités fortifiées, antiques ou médiévales, puis aux gigantesques métropoles actuelles qui en sont la suite naturelle. Nous associons la présence du palais et du temple à l’existence d’une société hiérarchisée pratiquant une religion. Cette conceptualisation nous semble normale, conforme à un modèle général qui serait représentatif d’une progression typique assez uniforme de l’humanité. Reste à savoir si ces idées simples reflètent la réalité.

D’après les travaux des préhistoriens, la culture néolithique a diffusé dans le Monde à partir de plusieurs foyers. Le premier, bien reconnu, est le foyer mésopotamien, situé entre la Méditerranée et le Golfe persique. Les inventions nouvelles, la structuration de la société et les modifications comportementales qu’elles induisaient, ont progressé à la fois vers l’Est et vers l’Ouest en laissant des ruines et des marques dans les sols.

Pour les suivre à la trace, si l’on peut dire, nous avons besoin de témoins qui aient résisté à l’usure des siècles, et par chance, nous en avons un. Parmi les nouveaux outils adoptés par les néolithiques, l’une des techniques les plus novatrices est sans doute l’utilisation de la poterie cuite au feu. Sa forme et son décor sont caractéristiques de la population qui la fabrique. Les poteries sont très fragiles mais leurs fragments sont très durables. Une poterie cassée traverse les siècles sans réellement s’altérer. Les morceaux des pots cassés vont donc nous servir de traceurs pour suivre la progression des civilisations à travers le temps et l’espace. L’usage de la poterie transforme complètement l’art de vivre des utilisateurs qui peuvent dorénavant faire bouillir les viandes au lieu de les rôtir, et faire cuire à l’eau les racines et les graines. Cela signifie qu’ils accèdent à une plus grande quantité et une plus large variété de nourriture. C’est pourquoi la poterie est réellement un traceur durable, très valable pour suivre la progression civilisatrice.

Les hommes passèrent de la broche au chaudron. Cette formulation un peu comique masque un événement tellement important que les Grecs l’avaient inscrit dans leur rituel sacrificiel. Ils cuisaient les chairs des animaux sacrifiés dans un ordre immuable, le rôtissage des pièces offertes aux Dieux précédant la cuisson dans l’eau de la nourriture destinée aux hommes. Ce signe, allant du rôti au bouilli, rappelait que l’humanité, engagée sur la voie allant du mal au meilleur, avait rôti ses viandes avant de les bouillir. Le grand péché des Titans, qui mirent à mort Dionysos, fils de Zeus et de Perséphone dans le mythe des Orphites, fut le sacrilège commis en inversant le rite et en faisant bouillir le corps de la victime avant de le rôtir pour le dévorer. L’inversion de la broche et du chaudron marquait la volonté de dénier la valeur sacramentelle des sacrifices animaux aux Dieux, ce qui leur amena, dit la légende, la fureur et la foudre de Zeus.

Des hommes, des cailloux, des bâtons, et des pots.

Toute l’industrie des hommes, disait un philosophe, consiste à façonner et assembler des cailloux, des bâtons et des pots. C’est encore très vrai aujourd’hui quoique les façonnages et les assemblages soient beaucoup plus sophistiqués. En ramassant, comme le petit Poucet, les restes de ces assemblages de cailloux et surtout les morceaux de poteries semés derrière eux par les hommes, nous allons pouvoir suivre la piste, non pas du peuplement, mais du cheminement spatial et temporel de cette invention civilisatrice, à travers les continents, dans les populations déjà en place.

Vers l’Europe et vers l’Asie, on peut distinguer plusieurs voies qui partent toutes du premier foyer, l’origine commune dont nous avons vu qu’elle était située sur la côte est de la Méditerranée, au voisinage de la Mésopotamie. Cela eut lieu 7600 ans avant JC.

  • Les traces de la lente pénétration des hommes en Asie sont retrouvées bien au-delà de la Mer Caspienne, mille ans plus tard. (~6500).

  • Vers l’Europe, un premier chemin conduit à une progression au Sud de la Mer Noire, en l’an ~7000, vers la Grèce en ~6500, vers le Nord de la Mer Noire et la Russie en ~6000, et plus tardivement, vers l’ouest de l’Allemagne, en ~4500, vers la Mer du Nord et la Flandre en ~4000.

  • Un autre cheminement, relativement rapide, suit la côte méditerranéenne aboutissant à des localisations simultanées en Italie est et ouest, au sud de la France et de l’Espagne, au Portugal, et sur la cote marocaine, tout cela vers l’année ~6000 avant notre ère.

  • Un troisième chemin semblerait s’être orienté plus tardivement au Sud, vers la vallée du Nil, occupée vers l’an ~5000.

Mais l'Égypte n’avait pas attendu les Mésopotamiens. Dans le même temps, c’est à dire vers ~7600 avant JC, un autre foyer, également extrêmement ancien de la culture néolithique, était apparu dans le centre du Sahara. En 1965, on a trouvé des fragments de poterie de plus de 9000 ans dans le massif montagneux de l’Ahaggar. De nombreux autres sites, explorés ensuite, dans l’Acacus ou le Tassili, ont confirmé l’ancienneté de cette culture saharienne préhistorique établie sur une superficie comparable à celle de la France actuelle. Dans ces lieux, comme dans le Proche Orient, les hommes ont franchi un stade important de leur évolution en prenant conscience qu’ils avaient le pouvoir de modifier leur environnement. Ils ont adopté des comportements nouveaux et mis au point des techniques précises qui ont transformé leurs habitudes. Parmi celles-ci, nous trouvons un art rupestre particulier démontrant l’existence de pratiques agricoles et d’élevage, et de nombreux restes de poteries y compris des grands récipients.

Le Sahara central était alors beaucoup moins aride qu’à présent. Une phase humide s’y était installée onze mille ans avant JC, et elle a persisté pendant 8500 ans avec une brève période très aride vers l’an ~5000. Le climat a même été froid et très pluvieux pendant plus de 1500 ans, à partir de l’an ~7000, générant de nombreux lacs et marais. Dans les zones montagneuses, les premiers habitats néolithiques s’établissaient souvent en abris sous roche. Construits en appui sur les parois rocheuses, ils avaient une forme semi-circulaire marquée par des demi-cercles de grosses pierres sur lesquelles s’appuyaient les branchages supportant les peaux de clôture ou de couverture. Ailleurs, les huttes étaient classiquement circulaires. Comme en Europe, les sépultures étaient soignées. Elles renfermaient des corps enduits d’ocre ou de kaolin, parfois placés dans des vanneries. Les ethnies semblaient diverses.

Contrairement à l’art des grottes ornées européennes, l’art rupestre saharien présente la particularité de représenter des scènes assez explicites faisant largement place aux représentations humaines. Ces peintures nous apportent donc de précieux témoignages concernant les activités de ces populations.

Dans le Tassili, on trouve des scènes évoquant la plantation de végétaux. D’autres peintures stylisées, très élégantes, montrent des danseurs en action. On trouve aussi des représentations de bergers conduisant des troupeaux d’ovins, de caprins, de bovins, parmi lesquelles on peut évoquer une très belle scène montrant un troupeau d’une trentaine de vaches de couleurs variées. Il faut aussi signaler les peintures dites des Têtes rondes, avec des animaux locaux, antilopes, mouflons, girafes, éléphants, et des représentations de personnages fantastiques aux allures d’extra-terrestres.

Avec le retour de la sécheresse et du climat aride, les populations sahariennes s’en sont allées et leurs traces se sont perdues dans les sables du désert. On a pu cependant suivre l’expansion de leur culture dans quatre directions principales.

  • Vers le sud de l’Algérie, où on en remarque l’arrivée aux environs de l’an ~4500. (Néolithique de tradition capsienne).

  • Au voisinage des cotes méditerranéenne et atlantique où on la reconnaît sous l’appellation de néolithique méditerranéen.

  • En direction du Soudan, en effectuant un début de retour vers les sources possibles de l’humanité. (Néolithique saharo soudanais).

  • Enfin, et cela est très important, on soupçonne fortement une expansion vers les sources du Nil dés l’an ~7200. Cela signifie qu’il serait possible que la civilisation de la Haute Égypte ait trouvé ses sources dans la civilisation néolithique saharienne plus tôt que vers le Nord, dans celle venue de Mésopotamie.

En suivant les traces de la propagation des techniques nouvelles telles l’agriculture, l’élevage, ou la poterie, et des changements comportementaux correspondants, comme l’abandon progressif du nomadisme, la modification des modes d’habitat, nous avons finalement identifié au moins deux vagues distinctes et parallèles, (Mais il y en a d’autres), qui se sont étendues progressivement chez les anciennes populations en modifiant profondément leurs modes de vie. L’une est partie de Mésopotamie vers l’Europe et l’Asie, l’autre a rayonné à partir du centre du Sahara.

Après la poterie, l’Homme inventa le bronze.

Les choses ont continué à changer de façon analogue. Notre civilisation européenne actuelle est le résultat d’un long développement issu de l’influence de vagues civilisatrices successives se propageant par les mêmes chemins, souvent à partir des mêmes sources. Au départ, avant l’an ~3000, les historiens et les archéologues n’ont guère identifié que deux ou trois populations qui entraient alors dans l’âge du bronze, et qui étaient donc capables de réaliser des alliages de plusieurs métaux, cuivre, étain, et zinc. Comme la poterie, cette invention technique nouvelle constitue un excellent marqueur de l’avancement dans l’évolution d’une population.

Il y a une grande différence entre l’usage du cuivre et celui du bronze. Comme l’or, le cuivre se trouve occasionnellement à l’état de pépites dans la nature. Il est présent dans des minerais natifs dont on peut l’extraire par une opération simple de grillage, laquelle est un chauffage moyen, au rouge. C’est un matériau ductile qui mis en œuvre par un façonnage facile, souvent réduit à un simple martelage.

La fabrication du bronze est plus complexe. Elle nécessite la fusion des différents constituants et implique donc un niveau plus élevé de technicité. Il faut avoir mis au point des creusets, des fours, et des moules, fondre complètement les composants, et maîtriser la composition des alliages et leur métallurgie. Le bronze n’est pas très ductile. C’est un matériau dur qui résiste bien aux efforts mais qui est cassant. Le martelage ne convient donc plus pour la fabrication des objets. Il faut aussi savoir trouver, extraire et traiter les minerais correspondants, ce qui implique des travaux miniers conséquents, une connaissance géologique assez avancée, et la capacité d’atteindre des températures assez élevées. Toutes ces techniques supposent également une forme de transmission du savoir et une sorte d’école de formation des travailleurs.

Des technologies différentes sont également de bons marqueurs, parmi lesquelles on peut citer la métallurgie du fer, opération complexe qui réclame des températures élevées nécessitant le soufflage des fours, la fabrication du verre et des émaux, le tissage, etc..

  • Le bronze est arrivé vers l’an ~3000 en Égypte et en Mésopotamie, vers l’an ~2500 en Grèce, vers l’an ~2000 chez les Hittites (Perse), vers l’an ~1500 chez les Celtes et les Chinois, mais seulement vers l’an zéro au Japon.

  • Le fer est arrivé vers l’an ~1200 en Égypte et en Mésopotamie, vers l’an ~1000 en Grèce et en Phénicie, vers l’an ~800 chez les Celtes et les Étrusques, vers l’an 500 chez les Celtibères et vers l’an 300 chez les Chinois.

D’autres civilisations se sont manifestées d’une autre façon. Rappelons ici brièvement les nombreux monuments de pierres brutes, levés ou menhirs, assemblés en tables ou dolmens. Ils datent également d’environ cinq mille ans et gardent tous leurs mystères. Ils sont l’œuvre de populations nombreuses et organisées, disposant de circuits commerciaux, produisant en série des poteries et des objets de pierre polie, de bronze, et même de fer. Aucun écrit ne nous est en parvenu, et ces civilisations sont entrées dans l’oubli qui avait emporté celle de Mésopotamie et celle d'Égypte avant le déchiffrement de leurs écritures.

Cette très vieille Égypte.

Pour l’instant, nous allons nous intéresser à quelques aspects, (hélas trop restreints), de cette très vieille Égypte, dont les temples ruinés sont restés si longtemps oubliés, enfouis sous les sables. Il y a plusieurs histoires de l'Égypte Il faut distinguer celles qu’ont contées les Grecs et les Romains, et celles des philosophes, des théologiens, ou des romantiques. Nous allons nous pencher sur celle qui a surgi du passé après que l’on ait compris ses hiéroglyphes et commencé à exhumer ses sarcophages et à interroger ses témoins très souvent gigantesques. L'Égypte est née du Nil, dans le cours inférieur, les mille derniers kilomètres du plus long fleuve du Monde, puisqu’il en mesure environ six mille sept cents.

Ce nom Égypte est un mot grec tardif. Les anciens habitants appelaient leurs pays le Pays Noir, le Kemt, tandis que ses voisins nomades le nommaient Misraïm. Au sud immédiat du Kemp se situaient la Nubie, (ancienne Éthiopie, Méroé), la région dite de Kouch, et le pays des esprits. (Soudan). Dans la préhistoire, le pays était occupé par différentes peuplades organisées en royaumes distincts réglés par des systèmes totémiques, ce qui explique peut-être l’aspect souvent zoomorphe des dieux égyptiens. Au Nord, on trouvait le peuple du Cobra, autour de la ville de Bouto, et le peuple de l’Abeille, autour de la ville de Saïs. Plus au Sud, vivait le peuple du Roseau, prés de la ville d’Henen-Nesout, (Héracléopolis), et celui du Faucon, avec les villes de Nekhen, (Hiéraconpolis), Louxor, et Thinis. Tous ces peuples s’affrontèrent jusqu’à ce qu’un roi du Sud, le légendaire Meni, ou Menès, (ou Aha le combattant), originaire de Thinis, soumette par les armes l’ensemble de l'Égypte, et en devienne le premier Roi en l’an ~3407 av.JC. Il fonda alors la première dynastie et la ville de Mennofer, (Memphis), dans le bas du delta.

Tant et tant de dieux.

L’histoire de l'Égypte est véritablement très longue puisque, pendant ces trois mille quatre cents ans, trente dynasties comptant de nombreux pharaons prendront la tête du pays jusqu’à la mort de Cléopâtre, en l’an ~30 av.JC, pendant la conquête romaine. Beaucoup d’événements se sont produits, invasions et conquêtes, tyrannies et révolutions, à tel point qu‘il a fallu doubler l’espace consacré à l'Égypte dans notre annexe historique. La constante en est cependant l’émergence d’une foi en la survie de l’âme. On ne peut d’ailleurs pas comprendre le système politique et le panthéon religieux égyptien si l’on ne prend pas en compte la complexité de ses origines et les guerres de religions qui ont précédé son unification. En effet, chacun des peuples avait ses propres traditions, ses légitimités hiérarchiques, ses dieux locaux et ses systèmes théogoniques originels particuliers, qui se combinaient avec les dieux des autres. C’est très compliqué et très surprenant.

En Basse Égypte, la principale ville est Héliopolis.

Dans cette Cité du Soleil, on adore la Trinité Solaire.

Atoum, Dieu créateur, à la fois Totalité et Néant, Soleil du Soir.
Ré, Dieu créateur, Soleil du Midi.
Khépri, Dieu créateur, Devenir, Soleil du Matin,

On révère aussi les divinités élémentaires.

Chou, l’Air, Tefnout, l’humidité.
Geb, la Terre. (Masculin - Homme couché)
Nout, le Ciel étoilé. (Féminin - Femme en arc de cercle).

Dans le delta du Nil, d’autres divinités sont identifiées.

Osiris, Dieu de la fécondité, Mort et ressuscité, Juge des morts.
Isis, Mère, Épouse, Magicienne.
Seth, Puissance maléfique, Dieu de la pluie et du désert.
Nephtys, Épouse de Seth.
Ouadjet, la Verte, la Basse Égypte

Dans la région des pyramides, vers Memphis.

Ptah, Dieu créateur, artisan du Monde.
Apis, incarne Ptah le fécondateur.
Sekhmet, Puissance maléfique, destructeur, mort, maladies.
Nefertoum, fils de Ptah et de Sekhmet.

En Moyenne Égypte, il y a d’autres divinités.

Autour d’Hermopolis,

Thôt, dieu de l’écriture, de l’intellect, et conducteur des morts.

Autour de Tell El-Armana.

Aton, le disque solaire, seigneur du cosmos.

En Haute Égypte, région de Thèbes, Karnak, Louksor, on a un panthéon complémentaire.

Amon, d’origine thébaine, devenu le Dieu Universel.
Mout, l’épouse d’Amon.
Khonsou, fils d’Amon, Dieu de la Lune.
Horus, Fils d’Osiris et d’Isis, s’incarnant dans les pharaons.
Anubis, Fils d’Osiris et de Nephtys, qui préside aux funérailles.
Hathor, Le ciel, la joie, l’amour.
Min, Dieu de la reproduction.
Nekthbet, le symbole de la Haute Égypte
Et peut-être Thoueris, qui préside aux accouchements.

Il faut ajouter des divinités fondamentales d’origine indéterminée.

Maât, l’Équilibre, l’Ordre divin, l’Ordonnateur universel.
Noun, L’ennemi de Maât, le Désordre, l’Océan des possibles.
Apophis, l’ennemi de Ré, le Serpent, le Chaos primordial.

 

A l’origine, le Monde était informe et vide !

L’étude de la cosmogonie égyptienne nous réserve également quelques surprises et va nous permettre des rapprochements remarquables tant avec les idées de la cosmo physique qu’avec des concepts métaphysiques ou religieux antiques et modernes. A l’origine, le Monde était informe et vide. On y trouvait Noun, l’océan primordial des possibles, le chaos primordial essentiel, le lieu de toutes les potentialités. De Noun procéda Atoum, le premier dieu primordial. Créateur issu du néant chaotique auquel il retourne, il est à la fois la totalité de l’être et le non-être. Il est Tout en ce sens qu’il n’est rien en particulier. A partir d’Atoum vont naître toutes les forces naturelles et tous les autres dieux. Créateur, démiurge, architecte de l’Univers, il est un dieu solaire. Il se manifeste aux hommes sous les trois formes associées au Soleil, Ré - Atoum - Khepri, et visualise quotidiennement la grande loi universelle.

Monter, briller , descendre.

Chaque jour la barque du Soleil parcourt les cieux, et chaque soir celle d’Atoum, soleil moribond, s’enfonce dans l’océan des eaux primordiales, dans l’abîme du chaos originel dont il est issu qu’il traverse, et dont il renaît à l’aurore sous la forme de Khepri, soleil de matin revivifié et recréé, symbolisé par un scarabée, avant de monter au Zénith et d’y flamboyer, en tant que Ré dieu créateur et soleil vivifiant du midi. Ce sont les symboles du destin humain. On trouve là tout à la fois le concept scientifique moderne du vide originel énergisé d’où notre univers émergea un jour par une transmutation mystérieuse, les concepts antiques d’un Dieu primordial omnipotent qui a créé le Monde à partir du Chaos et qui s’y manifeste en Trinité, et l’idée tellement importante de la résurrection et de la vie éternelle qui constitue l’apport majeur de la pensée égyptienne à l’humanité.

Au commencement, par sa volonté et sa propre génitalité, Atoum suscita deux élémentals primordiaux, Chou, l’Air, (de genre masculin), et Tefnout, l’Eau, l’humidité, (de genre féminin), qui se tiennent dans le cosmos. A leur tour, Chou et Teftout engendrèrent, (et non plus suscitèrent), le couple terrestre primordial, Geb, le sol, (de genre masculin), et Nout, le ciel des origines et, plus tard, la voûte céleste étoilée, (de genre féminin). Geb et Nout se tenaient toujours étroitement embrassés. Le Soleil créateur, Ré, ordonna qu’ils soient séparés. Chou, l’Air, se glissa entre le sol et le ciel, et il éleva Nout qui depuis lors se tient courbée en arc au-dessus de la terre, en formant dorénavant de son corps la voûte étoilée du ciel. Cependant, la séparation de Geb et de Nout n’interrompit pas leur étreinte. De leur union naquirent quatre enfants jumeaux qui formèrent ensuite deux couples, Osiris et Isis, Seth et Nephtys, dont l’histoire mythique fonde les cultes et tous les rites de l'Égypte

Ici aussi il y a quelques remarques à faire. Il convient de noter la convention particulière qui donne le genre masculin à la terre et le genre féminin au ciel. Cela renverse les formes de représentation auxquelles nous sommes habitués. Les mythes antiques placent généralement au firmament un géniteur mâle fécondant une terre femelle aux caractères maternels évidents. La cosmogonie de l’énnéade hiéliopolitaine, que nous examinons ici, distribue différemment et subtilement les deux rôles. Dans l’iconographie égyptienne, Nout, le ciel étoilé, est souvent immense, courbée en arc, pieds et mains touchant la terre, comme la représente son hiéroglyphe. La subtilité du mythe égyptien consiste à donner à Geb, le mâle géniteur, actif par nature, ici cependant couché, un rôle passif dans la génération du Monde, tout en réservant à Nout, la mère au ventre piqué d’étoiles, essentiellement passive par nature, ici courbée au-dessus de Geb, un rôle réellement actif dans l’incitation et la production de sa propre fécondation. On pense aux combinaisons chinoises du Ying et du Yang, ou à une formulation précoce des aspects complémentaires de la psyché humaine, l’anima et l’animus. Le mythe porte en lui la justification des coutumes égyptiennes d’union incestueuses des pharaons, frères et sœurs, puisqu’ils incarnent Horus, fils d’Osiris et d’Isis, et sont porteurs légitimes de la filiation divine. On trouvera aussi, ci-dessous, les idées relatives à l’antagonisme des forces créatrices et destructrices entraînant la variabilité du Monde et sa destruction finalement inexorable.

Voilà, aux yeux des anciens Égyptiens, comment le Monde antique est issu du chaos primordial, comme le Cosmos moderne est issu du vide énergétique, et comment les forces naturelles, ou les dieux, ont commencé à le créer et à l’organiser. Ce Monde est en équilibre quand il se conforme aux prescriptions de Maât, l’Ordre Divin, auquel l’obéissance est due. Cet équilibre est toujours précaire et temporaire. La création actuelle est incertaine et changeante car elle n’a pas épuisé les potentialités de l’Océan illimité des possibles, et l’Ordre divin reste toujours menacé par son éternel ennemi le Désordre, l’indestructible Noun, le Chaos originel.

Les Égyptiens croyaient plus en la survie qu’à l’immortalité.

Après le mythe solaire, voici celui d’Osiris. Fils de Geb, (le sol terrestre), et de Nout, (la voûte céleste), Osiris, Dieu de la fécondité, devint le roi légitime de l'Égypte, le pharaon fondateur. Après avoir proscrit l’anthropophagie, il enseigna aux hommes les techniques de l’agriculture et de l’élevage. Il fonda les premières villes. Il bâtit les premiers temples aux dieux et instaura leur culte. Il donna au peuple égyptien ses lois et le soumis à l’ordre divin universel, (manifesté dans la divinité Maât). Osiris, pharaon de droit divin, étant un dieu ne pouvait épouser qu’une déesse. Il épousa donc sa sœur Isis, l’épouse magicienne et la mère des tous les vivants. A sa suite, ses descendants, les pharaons, incarnations divines de son fils Horus, épousèrent donc leurs sœurs. Le pouvoir du Pharaon, Dieu incarné, était absolu. Toute l'Égypte lui appartenait, y compris ses habitants qui ne détenaient que les usufruits consentis. Tous les hommes étaient ses serfs et toutes les femmes étaient potentiellement ses épouses.

Seth, le frère jumeau d’Osiris, était stérile. Dieu maléfique de la pluie et du désert, il jalousait la royauté civilisatrice d’Osiris et voulait le punir d’avoir donné à leur commune jumelle Nephtys, sa propre épouse, un fils divin, Anubis. Seth tendit un piège, fit allonger Osiris dans un coffre qu’il referma, le faisant mourir d’asphyxie. Le coffre fût jeté dans le Nil, retrouvé et caché par Isis, et finalement repris par Seth qui démembra le corps et en fit quatorze morceaux qu’il dispersa dans toute l'Égypte

Isis et sa sœur Néphry les recherchèrent et les retrouvèrent un à un, (sauf le phallus qui, avalé par un poisson, dût être refait en bois). Isis reconstitua le corps mort d’Osiris et l’enveloppa de bandelettes. Anubis, sur l’ordre de Ré, pratiqua alors le premier rite de l’embaumement et Isis la magicienne, battant des ailes au-dessus de son époux, le ramena à la vie. Elle s’unit à lui et donna plus tard naissance au premier successeur d’Osiris Pharaon, Horus, celui qui s’incarnera dans les futurs pharaons. Osiris, privé de son phallus, perdit sa royauté mais gagna l’immortalité divine. Ressuscité, il va devenir le roi des royaumes des morts et leur juge. De son coté, Seth fut vaincu par Horus qui perdit un œil dans la bataille. Seth, castré et réduit à l’impuissance, demandera son pardon et deviendra le batelier de la barque solaire de Ré, à l’avant de laquelle il repousse éternellement les tentations mortelles proposées par Apophis, le Serpent, le Chaos primordial.

Osiris, Dieu, fils de Dieu, sacrifié, mort et ressuscité.

Image terrestre de la mort et de la résurrection quotidienne du Soleil, par sa passion et sa résurrection, Osiris est devenu le témoin et le gage de la résurrection et de l’immortalité de l’homme. Il faut insister sur l’importance primordiale du rite de l’embaumement institué par Anubis. C’est ce seul rite qui garantit la survie et l’accès au royaume des morts, en assurant la conservation du véhicule corporel à travers les vicissitudes du temps. A l’origine, elle était le privilège des pharaons, qui seuls survivaient. Sa démocratisation ne se fit que très lentement, à travers un certain nombre de grands désordres et de révolutions.

Nous n’allons pas explorer les nombreux autres mythes égyptiens. Bien des célébrités y ont consacré leurs vies sans en épuiser la matière. Quelques aspects méritent d’être évoqués. Ils ont marqué les civilisations ultérieures. Penchons-nous donc un instant sur la façon dont les Égyptiens se reliaient eux-mêmes au cosmos, afin d’essayer de comprendre comment ils concevaient l’homme et son origine, en relation avec leur cosmogonie. Comme tous les autres êtres vivants, les hommes sont modelés sur le tour du potier divin, le Dieu Khnoum. Il n’est pas une créature d’exception dans l’univers des vivants, où il se tient parmi les dieux et les bêtes, mais sa nature complexe et consciente lui permet de se représenter les êtres et les choses. Cela lui confère sur eux un pouvoir magique qu’il exerce par des rites.

Le pharaon est le seul officiant possible puisqu’il réalise en sa personne l’incarnation de la nature divine dans la forme humaine. Pour définir l’être humain, les Égyptiens prenaient en compte de nombreux aspects de la personnalité. Il n’est pas facile de préciser lesquels. La bipolarisation simple corps âme, à laquelle nous sommes traditionnellement habitués, ne convient pas, non plus que la division ésotérique ternaire corps âme esprit. Les notions égyptiennes définissant l’individualité sont beaucoup plus subtiles.

  • Le corps matériel est la partie visible objective de l’individu.

  • Le caractère est responsable du comportement social et différencie les gens les uns des autres.

  • Le ba, (l’âme supérieure), l’échassier ou l’oiseau à tête humaine, est une fonction particulière aux vivants qui relie le réel et l’imaginaire, le passé et l’avenir, les dieux et les hommes, l’au-delà et l’ici-bas, et qui assure la continuité de la personnalité. C’est le ba des dieux qui descend dans leurs images ou les animaux sacrés qui les incarnent dans les temples, et c’est son ba propre qui réactive le Soleil chaque matin.

  • L'ombre, source vitale des passions, est indissociable du corps jusqu’à ce que la mort l’en sépare. Elle est parfois confondue avec le ba. La victoire sur la mort assure à la fois le retour de l’ombre et celui des autres éléments de la personnalité.

  • Le nom est un déterminant fondamental de l’être, propre aux dieux et aux hommes, puisque c’est le moyen magique qui permet de les appeler, donc d’agir sur leurs personnes, et de rappeler les morts à la vie. C’est pour cela qu’on transformait les noms pour les mettre en accord avec les comportements, et qu’on effaçait ceux des personnalités condamnées ou rejetées.

  • Le ka est le double (éthérique) de la personne, humaine ou divine, sa faculté d’accomplir les actes de la vie, sa force vitale immortelle. Il est parfois confondu avec le nom. Les rites funéraires ont pour principal objet de réactiver cette fonction.

  • L’akh est la nouvelle nature inconnue que prend l’homme après la mort, son fantôme lumineux d’ordre surnaturel.

  • Le cœur, que possèdent seulement les hommes et les dieux, est à la fois la mémoire qui évoque et l’imagination créatrice qui est mise en œuvre par la parole. Il est l’habitat du Dieu Sia, la connaissance, et celle de tout autre dieu particulier qui possède éventuellement l’individu. C’est aussi dans le cœur que l’on trouve le courage et la vie affective.

  • Le Iakhu, l’esprit sanctifié, le Sahu, corps glorieux, et le Nom, ne meurent pas et demeurent éternellement dans Osiris.

Pour assurer la survie au-delà de la mort, il était nécessaire de préserver tous les éléments constitutifs de la personnalité, parmi lesquels la sauvegarde du corps tenait un rôle de premier plan. L’embaumement des cadavres était une opération très importante car la survie dépendait de la ressemblance et de l’état de conservation des corps. La préparation de la momie demandait environ trois mois, à la suite desquels les funérailles officielles étaient célébrées. La momie était placée dans un ou plusieurs sarcophages fabriqués à sa ressemblance, et elle ne devait plus jamais en sortir. Elle était ensuite déposée dans un tombeau sûr, garni de tous les éléments nécessaires à la vie ordinaire, y compris les 365 statuettes des serviteurs, les répondants, qui assumaient les travaux et répondaient aux éventuelles demandes.

Alors le long voyage des morts vers l’Amenti, le pays des ombres, pouvait commencer. Le tribunal des morts était présidé par Osiris assisté de quarante-deux juges à corps d’hommes et têtes d’animaux. Le tribunal procédait à l’interrogatoire puis à la pesée du cœur devant les Maîtres de Justice, Horus et Anubis. Si l’âme répondait correctement aux questions rituelles, et si son cœur était assez léger, elle était admise au Paradis, parfois dans la barque solaire partageant sa course autour du Monde. Si elle était jugée coupable, elle descendait dans l’Enfer égyptien, obscur lieu de terribles châtiments et de multiples supplices, antique annonciateur de l’enfer de soufre et de feu des Chrétiens.

Sur les autels Égypte, il y avait des animaux vivants.

Dans son Panthéon Égyptien, Champollion explique l’habitude qu’avaient les Égyptiens de représenter leurs dieux par des animaux, (ce qui scandalisait énormément leurs visiteurs).

D’après Clément d’Alexandrie, dit Champollion, les temples égyptiens, leurs portiques et les vestibules sont magnifiquement décorés... Mais si vous avancez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue du dieu auquel il est consacré, un pastophore ou quelque autre employé s’avance d’un air grave en chantant un paean en langue égyptienne, et soulève un peu le voile comme pour vous montrer le Dieu. Que voyez-vous alors ? Un chat, un crocodile, un serpent indigène ou quelque animal de ce genre ! Le Dieu des Égyptiens parait. C’est une bête sauvage se vautrant sur un tapis de pourpre! Cette habitude, nous dit Champollion, paraissait aux yeux des Égyptiens, une chose bien simple et bien naturelle. Ils pensaient qu’il était contraire au bon sens et à la religion d’adresser des prières et des offrandes à une image purement matérielle de la divinité, et de la représenter dans le sanctuaire par un être complètement privé de son souffle créateur. C’est pour cela qu’ils choisirent des êtres vivants dont les qualités distinctives rappelaient indirectement celles que l’on adorait dans la divinité même Chaque dieu eut son animal sacré, qui devint ainsi son image visible dans tous les temples d'Égypte

Dans cet esprit, les dieux peuvent être représentés de différentes façons. Lorsqu’ils sont simplement anthropomorphes, ils portent en complément les attributs de leur divinité et le symbole qui leur est associé. C’est ainsi qu’Amon, ou Amon-Ra, est représenté par un personnage bleu avec une barbe mâle noire. Il est assis sur un trône et tient dans sa main gauche un sceptre à tête d’oiseau symbolisant la bienfaisance, et dans sa main droite la croix ansée, symbole de la vie divine. Il est coiffé de la haute coiffure royale multicolore et porte un riche pectoral et des bijoux variés.

Les dieux sont aussi représentés par des personnages dotés d’un corps humain et de la tête de l’animal qui leur est associé. Amon-Ra est alors doté d’une tête de bélier, (ou de plusieurs, jusqu’à six), et d’un disque solaire, les autres attributs restant inchangés. Le bélier était considéré comme un animal fort remarquable. Il était l’animal sacré de Thèbes où l’on trouve d’immenses allées bordées de sculptures monolithiques de béliers, Comme chef et conducteur de troupeau il devint le symbole de la prééminence et, pour cela, fut utilisé comme élément premier du Zodiaque.

Nous avons aussi vu que le bélier vivant pouvait aussi figurer le Dieu au plus secret des temples. Rappelons que c’était le ba des dieux qui descendait dans les animaux sacrés vivants des autels. A part le bélier d’Amon, les symboles animaux les plus connus sont les suivants. Le Cobra est un symbole du Dieu solaire Atoum, le Chat est la Déesse Bastet, bon génie domestique, tandis que la Chatte, (ou la Lionne), est Tefnou, déesse de Nubie. Le Chacal ou Chien noir représente Anubis l’embaumeur, le Babouin est Hapi, génie funéraire, fils d’Horus, le Faucon surmonté du disque solaire, c’est Ré le Soleil. L’oiseau coiffé du Pschent est Horus, le Crocodile est Sebek, allié du maléfique Seth, l’Ibis, (ou plus tardivement le Babouin), est Thot, identifié à Hermès, l’Hippopotame femelle symbolise Thoueris, la déesse de la fécondité, l’Oie figue Geb, le Sol ou la Terre, le Vautour représente Isis à la recherche d’Osiris, et le Taureau est Apis ou Phré, selon la couleur du disque posé entre ses cornes. Le culte d’Apis était l’un des plus anciens de Égypte pharaonique. Les dépouilles des taureaux qui le personnifiaient sur l’autel étaient momifiées et déposées dans d’énormes sarcophages réunis dans une étonnante nécropole souterraine particulière, le Serapeum de Saqqarah.

Les Égyptiens utilisaient sept cents hiéroglyphes.

Nous allons revenir un moment sur les autres expressions du génie égyptien afin de mesurer l’importance énorme des legs que cette civilisation nous préparait alors même qu’elle s’engageait dans la voie qui devait la mener à l’oubli millénaire. Parlons donc un peu de l’écriture, de l’art, des découvertes et des techniques des Égyptiens Très loin dans la préhistoire, ces peuples ont utilisé la sculpture, le dessin, la peinture, et inventé les hiéroglyphes, une forme particulière d’écriture qui est restée très longtemps mystérieuse dont la signification avait été perdue.

Les nombreux hiéroglyphes étaient des signes scripturaux qui avaient une double valeur d’usage. Ils pouvaient être des idéogrammes, des dessins représentant un objet concret, ou bien des phonogrammes, des dessins évoquant phonétiquement une partie d’un mot désignant une idée abstraite ou un objet concret, les déterminatifs. Les deux sont souvent combinés pour le renforcer un même message. Ultérieurement, les signes phonétiques furent réduits à vingt-quatre et constituèrent un véritable alphabet. Après l’expédition de Bonaparte, leur déchiffrement par Champollion à partir de 1822 a fait sortir l'Égypte de l’oubli millénaire.

Les réalisations de l’art égyptien constituent certainement la source la plus importante des témoignages concernant cette civilisation. Il faudrait distinguer les objets époque par époque, ce qui prendrait tout un traité. Évoquons les poteries qui ont plus tardivement été couvertes d’émail, ce qui conduisit à la découverte du verre. Il y avait aussi des objets de pierre, des grands vases et des coupes d’une grande perfection, en granite aussi bien qu’en albâtre, des accessoires de toilette et de maquillage, palettes à fards, peignes, épingles, pendentifs d’ivoire ou d’os, des bijoux et ornements de cuivre et d’or ornés de perles et de pierres fines, et des meubles en bois et en métal, lits, chaises, fauteuils, tabourets, coffres, et quelques rares tables. Les réalisations les plus spectaculaires sont aussi celles qui nous sont les plus familières. Elles sont les produits de l’architecture, et concernent les temples, solaires ou divins, les pyramides, les tombeaux des rois et des notables, les riches villas, les habitations privées, citadines et rurales, et les pauvres cités ouvrières.

L’architecture égyptienne comporte des éléments particuliers qui établissent son caractère propre, tels les colonnes dont les chapiteaux imitent la fleur de papyrus, la gorge dite égyptienne, les frises en forme de roseaux, les terrasses de pierres plates, les plafonds supportés par des voûtes parfois en arc brisé, et les décorations en ronde-bosse. A l’extérieur, on notera les stèles, les obélisques, les allées bordées d’alignements de statues animales, souvent de sphinx. Pour la décoration des temples et des tombeaux, les Égyptiens ont utilisé la sculpture, essentiellement en bas relief, et la peinture de scènes polychromes souvent associées à des hiéroglyphes explicatifs.

L’art égyptien est utilitaire, anonyme et collectif.

Comme l’architecture, la statuaire et la peinture présentent des traits remarquables caractéristiques de cet art. Nous ne pouvons prendre connaissance que de leurs caractères généraux. Au premier abord, quoique très majestueuses, les statues peuvent nous sembler statiques. Nous sommes habitués à une statuaire scénique, qui évoque un événement connu ou les actions d’un personnage célèbre, en mouvement. Il faut prendre en compte la culture différente dans laquelle s’inscrit la réalisation. La statuaire égyptienne est présentative, en ce sens qu’elle représente de face des personnages au repos, des rois majestueux ou des dieux surhumains dans une position de domination appelant des hommages. Les artistes ont été contraints de se plier à une sorte de normalisation, (que nous appelons traditionnellement la loi de frontalité), qui ne leur laissait que peu de latitude de choix parmi les poses réputées acceptables pour les statues officielles. De plus, les statues s’inscrivaient dans une conception architecturale globale dont elles devaient respecter les règles générales et les grandioses lignes d’ensemble. Il faut aussi ajouter l’influence de la religion. La statue et le monument qui la recevait devaient durer le plus longtemps possible, à travers les effets du temps. Les formes tenaient compte de cette nécessité. Les visages devaient aussi être ressemblants. La survie des personnages représentés dépendait de la longue durée de l’effigie et de la précision de la ressemblance. Aux yeux des réalisateurs des majestueux édifices, le talent, l’originalité ou la personnalité des artistes n’avaient aucun intérêt. Ils devaient seulement être de très bons artisans. L’intégration convenable dans l’harmonie globale était la seule valeur.

En Égypte, dit Platon, aucun artiste chargé de représenter une figure quelconque n’avait le droit d’imaginer la moindre chose contraire à la tradition.

Cela n’est plus vrai après la révolution amarnienne d’Akhenaton qui introduisit une nouvelle et très remarquable forme d’art.

Les Égyptiens utilisaient le dessin, la peinture, et le bas-relief pour décorer les monuments, les palais, les temples, et les tombeaux. Les scènes étaient narratives, décoratives, ou présentatives. Le dessin égyptien présente des particularités qui permettent de le caractériser. Il n’utilise ni la perspective ni les fonds colorés, et il place généralement de profil la plupart des figurations de personnages. Les artistes représentent le corps humain en utilisant une méthode systématique. C’est pourquoi on peut même penser qu’il s’agissait souvent d’une somme de recettes techniques, ou de conventions, transmises par apprentissage à des artisans qui n’étaient pas toujours des dessinateurs avertis.

La tête apparaît toujours de profil, comme le nez et la bouche, mais l’œil, renforcé d’un trait noir, est vu de face et entier.

La teinte appliquée est plate, sans ombres ni nuances. Bizarrement, le haut du torse est vu de face, et les deux épaules sont représentées. Les torses des femmes sont également vus de face. Un seul sein est représenté, de profil, sur le coté du buste.

Les jambes sont de profil, reliées au torse par le bassin vu de trois quarts. Un pagne facilite la transition. Les deux pieds, de profil, sont souvent identiques, (deux pieds gauches ou deux pieds droits selon le sens de la marche).

Le pied de la jambe du second plan passe parfois au premier plan par un croisement conventionnel impossible et étonnant.

Les bras sont dessinés sur toute leur longueur, quelle que soit l’attitude. Lorsque les personnages sont en action, les dessinateurs hésitent et attachent parfois les deux bras à la même épaule, ce qui est assez curieux et déforme l’image.

Les mains sont à plat, les cinq doigts écartés. Comme pour les pieds, il y a souvent deux mains identiques, toutes deux droites ou gauches, selon les cas.

Les dieux de l'Égypte étaient bleus comme ceux de l’Inde.

Les hommes sont généralement colorés en ocre rouge et les femmes en ocre jaune, les vêtements sont souvent blancs, les cheveux sont noirs. La plupart des représentations des dieux sont colorées en bleu vif, comme en Inde, avec des vêtements et des accessoires traités dans d’autres couleurs. Les ressuscités sont colorés en vert.

Cette façon très spéciale de dessiner les personnages se retrouve d’ailleurs loin de l'Égypte, dans des fresques sumériennes et assyriennes anciennes. Cela démontre clairement l’existence de relations très précoces entre ces civilisations. Les conventions sont les mêmes mais les personnages sont représentés en conformité avec les caractères des peuples concernés.

  • A Sumer, les personnages ont la tête rasée et sont vêtus d’une sorte de jupe à franges, les soldats, (en uniforme), portent un bonnet ou un casque et un long manteau.

  • En Assyrie, les soldats de peau claire portent de longues barbes frisées comme leurs cheveux, et des vêtements, ou des armures écailleuses.

  • En Égypte les personnages sont de peau brune ou ocre jaune, avec des cheveux noirs et des vêtements blancs.

On voit donc bien que les décorateurs de tous ces pays utilisaient un ensemble de règles rigides et précises qu’ils appliquaient systématiquement de façon parfois irrationnelle ou maladroite. Nous pourrions penser qu’à ce degré, il s’agissait presque d’une forme d’écriture et que ces conventions de dessin stylisé étaient fortement marquées par les techniques utilisées pour tracer ces autres tracés conventionnels que sont les hiéroglyphes.

Malgré toutes ces contraintes, appliquées très rigoureusement en Égypte, les scènes représentées sont restées extrêmement vivantes, détaillées, et très décoratives. Lorsqu’elles sont présentatives, elles nous présentent encore aujourd’hui les pharaons et les dieux dans toute leur puissance, avec leurs attributs. Les scènes descriptives nous montrent tout le petit peuple qui menait sa vie quotidienne, laborieuse et attachante, à l’ombre des palais grandioses et des temples majestueux, et elles nous éclairent sur les habitudes et les mœurs des différentes époques.

Elles nous racontent aussi l’histoire des exploits, des guerres, des victoires et des conquêtes de grands pharaons, des reines, des princes et des princesses qui les entouraient. Nous y trouvons, hélas, les évocations fréquentes des tortures et des massacres rituels de prisonniers, accomplis de la main même du pharaon. Ils étaient courants à l’époque et ils ne seront suspendus, (momentanément), que sous le court règne du pacifique Akhenaton et de Néfertiti qui tentèrent d’instaurer le culte monothéiste du Dieu solaire Aton.

Les prisonniers étaient toujours fort cruellement traités. Très étroitement enchaînés, ils étaient amenés devant l’autel et présentés au dieu du Soleil, puis le roi commençait lui-même le massacre, parfois au glaive, mais plus généralement à la massue ou au casse-tête. Nous gardons encore des évocations actuelles des instruments de ces meurtriers privilèges du pouvoir dans les bâtons de commandement des maréchaux et les sceptres des empereurs et des rois.

Enfin, il faut absolument citer les admirables scènes décoratives de l’époque post-amarnienne, œuvres de très grands artistes. Ils ont travaillé à la décoration des tombeaux et réalisé de merveilleux chefs-d’œuvre, en particulier dans les panneaux décoratifs animaliers des tombes officielles, et même civiles privées du Moyen Empire, à partir de la révolution d’Akhenaton.

Les pyramides étaient des constructions sacrilèges.

Il n’est pas possible de parler de l'Égypte, de ses temples, de ses palais et de ses tombeaux, sans évoquer ces monuments gigantesques et énigmatiques, que sont les Pyramides. Universellement connues, elles sont devenues le symbole du pays. L’élévation de ces pyramides semble avoir été, à l’origine, un acte sacrilège, commis par le roi en opposition à l’autorité des pontifes. Ceux-ci célébraient, dans chaque temple, le culte sacré de Ré face à un autel pyramidal caché, appelé Benben, devant lequel ils accomplissaient les sacrifices. Les pyramides royales sont des imitations publiques et ostentatoires des Benben cachés des prêtres. La plus ancienne, la pyramide à degrés de Saqqarah, dans le désert proche de Memphis, date de la 2ème Dynastie. Elle aurait été élevée par le roi Djoser et son architecte Imhotep. Ses dimensions sont déjà appréciables, puisque ses terrasses successives s’élèvent jusqu’à soixante mètres de hauteur. Elle était accompagnée d’un temple à colonnades et d’une autre pyramide dédiée au Dieu. Les rois d'Égypte étaient traditionnellement enterrés dans de grands mausolées rectangulaires en terre crue, les mastabas. Imhotep innova en superposant des mastabas de pierre, de tailles décroissantes, jusqu’à constituer la première pyramide à degrés.

Au début de la 4ème dynastie, vers ~2750, le roi Snéfrou fit élever la première vraie pyramide, aux arêtes rectilignes. Destinée à devenir le gigantesque Benben-Tombeau du roi, elle est située dans le désert au sud-ouest de Memphis. Elle mesure deux cent dix mètres de côté pour une hauteur de quatre-vingt-dix mètres. Les pharaons avaient pris goût aux pyramides. Ils avaient appris à les construire très solidement et leur donnèrent des tailles gigantesques. Ils en élevèrent au total soixante-neuf qui furent toutes pillées, à l’exception de celle de Kheops dont le tombeau légendaire ne fut jamais retrouvé. Les descendants de Snéfrou voudront tous dépasser leur ancêtre. Son fils Khoufou, (Kheops), va faire plus grand. Il choisit un emplacement situé de l’autre coté du Nil, et y fait élever une pyramide quasiment indestructible, la plus grande de toutes. Elle mesure deux cent trente mètres de côté et cent quarante-six mètres de haut, ce qui en fait l’œuvre la plus énorme des quarante-cinq siècles suivants, y compris jusqu’au 19ème siècle. Kheops semble avoir été un tyran autoritaire. L’historien grec Hérodote, qui fut longtemps la référence obligée relativement à l'Égypte et qui transcrivit en grec tous ces noms égyptiens, considérait que Kheops avait été très arrogant envers les dieux. Il semble que ce jugement ne portait pas sur le benben géant et sacrilège qu’était sa Pyramide mais qu’il concernait une tentative avortée du roi pour interdire les sacrifices humains.

Khaf-Ré, (Khephren pour les Grecs comme pour nous), le frère de Kheops, qui lui succède, va ruser et élever sa pyramide sur un plateau dépassant de trois mètres la base de l’autre, si bien qu’elle semble encore plus haute. C’est aussi Khephren qui fit élever à Gizeh le grand Sphinx, image de sa puissance impitoyable. Menkaou-Ré, (Mykérinos), le fils de Kheops a également construit sa pyramide. Elle est cependant moins élevée de moitié que celles de ses prédécesseurs. Les prêtres du Soleil d’On ont réagi à ces provocations royales et ont réussi à chasser les pharaons sacrilèges. Ils s’installèrent ensuite sur le trône en fondant la dynastie des Prêtres Pharaons. La tradition fut momentanément rétablie, et l’on recommença à construire des temples au dieu solaire, avec des benben pyramidaux à l’intérieur. Les Pyramides sont à la fois les plus anciens et les plus grands édifices construits dans l’antiquité. Cela constitue le premier des nombreux mystères qui leur sont associés. Il faudrait aussi parler des tombeaux et des temples, mais nous ne sommes pas dans un traité d’égyptologie. Nous ne pouvons ici aborder superficiellement que quelques-uns des aspects remarquables de cette étonnante civilisation.

Akhenaton et Néfertiti, fous d’un seul Dieu.

Aménophis IV, ~1375/~1354, fils d’Amnophis III, épousa la princesse Néfertiti, et prit au début de son règne le nom mystique d’Akhenaton. Il engagea l'Égypte dans une extraordinaire révolution en abolissant le culte d’Amon et de tous les autres dieux secondaires. Il établit le culte exclusif d’Aton, le disque solaire resplendissant. Abandonnant la capitale traditionnelle, Thèbes, il fonda l’immense Akhet-Aton, l’Horizon du Soleil, (Tell El-Amarna). Voici par exemple le début de l’une de leurs prières.

Ô toi, Dieu Unique
A coté de qui il n’en est point d’autre..
..Salut à toi, Disque du jour,
qui créas l’Homme et le fais vivre !
Faucon au plumage tacheté,
qui vint à l’existence pour s’élever lui-même,
sans avoir été engendré !

Affrontant eux aussi l’hostilité et la résistance des prêtres, Akhenaton et Néfertiti engagèrent l'Égypte dans un culte résolument monothéiste, prônant les valeurs de mérite individuel, de tolérance et de liberté, et pratiquant la douceur du comportement. Accessoirement cette attitude eut un grand retentissement artistique et aboutit à des formes d’expression plus naturalistes et décoratives qui donnèrent un nouvel essor à l’art égyptien. Sous ce règne d’engagement mystique et de modération, les possessions extérieures de l'Égypte tombèrent aux mains de ses ennemis. Le gendre d’Akhenaton lui succéda très jeune, sous le nom de Toutankhaton. Sous l’influence du général Ay, il prit ensuite le nom de Toutankhamon à la mort d’Akhenaton. Il revint alors dans la capitale thébaine et rétablit le culte officiel d’Amon, effaçant tant que faire se pouvait tous les témoignages de l’existence de son prédécesseur hérétique, y compris sur les fresques et les inscriptions des temples et des tombeaux. Mort très jeune, Toutankhamon est surtout célèbre par le trésor immense et le contenu de sa tombe trouvée inviolée par Howard Carter et Lord Carnarvon en 1922. On se demande quelles fabuleuses richesses contenaient les tombes des grands pharaons.

Un certain officier général.

En langue égyptienne, un enfant se dit mose. Ce vocable se rencontre fréquemment dans des associations comme Amon-mose, et dans des noms humains comme Ahmose, (Ahmosis), Thoutmose, (Thoutmosis), ou Remose, (Ramsès). Ce constat, joint à d’autres considérations très pertinentes tirées d’une savante exégèse de la Bible, a conduit certains auteurs à proposer de donner une origine égyptienne au Moïse des Hébreux, et d’en faire un familier du pharaon, prince ou général.

Sigmund Freud a vigoureusement relancé cette idée. Parmi les arguments qu’il a avancés, on trouve l’association des vocables Aton, (Égyptien), Adonis, (Syrien), et Adonaï, (Hébreu). On remarque aussi que Hébreux pratiquaient la circoncision laquelle était une coutume égyptienne, (comme l’établit Hérodote, et comme on la trouve décrite sur un bas-relief de Saqqarah). Flavius Joséphe, un historien juif du 1er siècle, écrivait déjà que Moïse était un général égyptien. A la fin de la révolution amarnienne, tandis que Néfertiti allait finir tristement ses jours à Akhet-Aton après la mort d’Akhenaton, Moïse, devenu renégat, aurait alors choisi de quitter l'Égypte en emmenant quelques tribus sémites nomades qui adhéraient au culte d’Aton, ainsi qu’un groupe de fidèles égyptiens qui devinrent les Lévites, lesquels n’étaient pas réellement Hébreux. (AT - Nombres I,49).

Si Moïse fut bien un Égyptien,
et s’il donna aux Juifs sa propre religion,
Ce fut celle d’Akhenaton, la religion d’Aton.

Selon Sigmund Freud, il y aurait eu deux Moïse. Le premier, le général égyptien, conduisit les mystiques et pacifiques tribus du Sud à la rencontre des conquérantes tribus du Nord conduites par le second, le gendre guerrier de Jethro, le prêtre hébreu du désert midianite. Cette thèse iconoclaste trouve aujourd’hui l’accord de très nombreux chercheurs.

Le grand Alexandre.

Après le rétablissement du culte d’Aton par Toutankhamon, (et le départ des Hébreux et de Moïse), l’anarchie s’installa et l’empire fut partagé. C’est bientôt le début de ce que nous appelons la Basse Epoque, quoique nous évoquions actuellement des faits qui se sont déroulés il y a trois mille ans. On peut en résumer un peu l’histoire. Deux lignées de pharaons et de grands prêtres occupent alors le trône. L’empire reprend des forces et se lance à la reconquête de la Palestine, avec le pillage de Jérusalem. Puis l’anarchie se réinstalle. Sous les rois Couchites, c’est même la décadence. Les Assyriens s’en rendent rapidement compte et Assourbanipal prend la ville de Thèbes, assurant la domination assyrienne pendant plus d’un siècle. On assiste ensuite à une époque de renaissance et d’expansion sous les rois Saïtes qui reprennent la Syrie et la Palestine. Un roi Saïte, Nekao, fait même creuser un canal mettant le Nil en communication avec la mer Rouge. Mais les Égyptiens sont défaits par Nabuchodonosor qui prend la Syrie et la Palestine et déporte les Juifs à Babylone. Égypte conserve cependant l’île de Chypre. Après la bataille de Péluse, l'Égypte est conquise par Cambyse II et passe sous la domination perse.

Trois cents ans avant notre ère, un conquérant macédonien, Alexandre dit le Grand, vainc les Perses et se fait reconnaître comme le Fils d’Amon, au sanctuaire de l’oasis de Siouah. En conséquence, il devient le seul roi légitime de l'Égypte Il fonde la ville et le port d’Alexandrie. Ses conquêtes s’étendent jusqu’aux frontières de la Chine. A sa mort, l'Égypte a déjà bien changé. Un des généraux d’Alexandre, Ptolémée 1er, fait construire la célèbre bibliothèque et le musée. Il établit la dynastie tragique des Lagides, marquée par une succession ininterrompue de combats, de victoires, de défaites et d’assassinats politiques pour s’assurer le contrôle des diverses possessions d’Alexandre. Son successeur construit le fameux phare d’Alexandrie. Pendant ces alternances de prospérité et de décadence, les Romains investissent progressivement l’empire. A l’entrée de César dans Alexandrie, la bibliothèque est incendiée et les 700 000 manuscrits qu’elle contenait partent en fumée. La dynastie touche à sa fin. Cléopâtre, la dernière reine égyptienne, qui avait fait assassiner son frère et époux Ptolémée XII, gouverne un temps avec son fils Ptolémée XV, dit Césarion, le fils de César. Après le suicide d’Antoine, son époux, et l’assassinat de Césarion, sur l’ordre d’Octave, la reine se fait mordre par un aspic. Par la victoire d’Actium, Octave-Auguste fait passer l'Égypte, pour un temps, sous la totale domination romaine.

Cléopâtre

Elle eut le courage de regarder en face
son pouvoir écroulé, et, le visage calme,
elle prit bravement les serpents redoutables
et absorba, de tout son corps, leur noir venin,
avec une intrépidité grandie
 par la mort qu’elle avait choisie.

(Horace).

Hermès Trismégiste.

Pendant la période gréco-romaine, les Lagides ont gouverné le pays avec intelligence, mais ils sont restés des étrangers. De leur volonté d’intégration sont nés des cultes syncrétiques tendant à réaliser des synthèses entre les dieux grecs et les équivalents égyptiens, ainsi que des cultes à Mystères comme en Grèce. Ptolémée 1er introduisit le culte de Sérapis qui fut lié à ceux d’Apis, le Taureau solaire, et de Ptah, puis fusionna avec celui d’Osiris. On l’assimila à Hadès, Asclépios, Poséidon, Dionysos. On en fit même un Dieu suprême sous le nom de Zeus-Sérapis. Thot, l’Ibis, le Babouin, le dieu intellectuel, fut identifié au dieu latin Mercure et au dieu grec Hermès sous le nom d’Hermès Trismégiste. (Il fut aussi associé à Anubis et s’appela alors Hermanubis).  Hermès Trismégiste est une personnalité religieuse remarquable, née de cette rencontre de l’Hermès grec, le messager des dieux, psychopompe guidant les âmes dans l’autre monde, et du Thot égyptien, l’inventeur de l’écriture, seigneur des sages, maître du culte de la magie et des savoirs cachés, qui conduit aussi l’âme des défunts vers le tribunal infernal.

C’est une sorte de sacrilège, quand on prie Dieu,
de brûler de l’encens et tout le reste.
Car rien ne manque à celui qui est lui-même
toutes choses ou en qui sont toutes choses.

(Hermès Trismegiste - Corpus.Hermeticum - Asclépius).

Plusieurs recueils lui sont attribués dont le Corpus Herméticum, très célèbre ouvrage ésotérique d’une grande antiquité. Il contient Asclépius, un livre connu depuis le 9ème siècle, qu’on repère déjà au 5ème. Il décrit l’origine et la chute de l’Homme. On aurait retrouvé des fragments du Corpus Herméticum dans l’un des manuscrits de Nag Hammani.

Or le Noûs, Père de tous,
étant Vie et Lumière,
enfanta un Homme semblable à lui,
dont il s’éprit comme de son propre enfant.
Car l’Homme était très beau,
reproduisant l’image de son Père.
et Dieu lui livra toutes ses œuvres.

Alors l’Homme qui avait plein pouvoir
sur le monde des mortels et les animaux sans raison,
se pencha à travers l’armature des sphères,
et il fit montre à la Nature d’en bas
de la belle forme de Dieu.

La Nature sourit d’amour
car elle avait vu les traits de cette forme
merveilleusement belle de l’Homme
se refléter dans l’eau, et son ombre sur la terre
Pour lui, ayant perçu cette forme à lui semblable
présente dans la nature et reflétée dans l’eau,
il l’aima et voulut habiter là.
Ce qu’il voulut, il l’accomplit,
Et il vint habiter la forme sans raison.

Alors la Nature, ayant reçu en elle son aimé
l’enlaça toute et ils s’unirent
car ils brûlaient d’amour.
Et voila pourquoi, seul de tous les êtres,
l’Homme est double, mortel de par le corps,
immortel de par l’Homme essentiel.

(d’après Hermès Trismégiste - Le Pimandre).

Le Phare d’Alexandrie brille encore.

L'Égypte fascinait les Romains. Beaucoup d’entre eux, même des empereurs, voudront "s’égyptianiser", se prenant à ses mystères. Dés l’affaiblissement du pouvoir romain, le monothéisme emporté par Moïse revient sous la nouvelle forme du Christianisme, et concurrence les cultes établis. Des communautés s’organisent et s’affrontent pour défendre des philosophies nouvelles.  La Tradition égyptienne, les Cultes romains importés, la Gnose, le Christianisme naissant, et divers courants qualifiés d’hérétiques opposent leurs vérités relatives et leurs certitudes absolues.

  • Basilide d’Alexandrie, (gnostique), enseigne qu’il y a trois cent soixante cinq ordres d’anges entre les hommes et Dieu

  • Carpocrate est un gnostique platonicien amoraliste qui s’oppose aux lois du Monde, création des anges déchus.

  • Valentin dit qu’un démiurge inférieur a créé le Monde et que les spirituels seuls seront libérés par Jésus pour rejoindre le Plérome divin.

  • Origène, gnostique orthodoxe, écrit de nombreux traités dogmatiques et ascétiques, et il établit un système du Christianisme intégrant des idées néoplatoniciennes.

  • Évagre le Pontique, ermite, s’aligne sur Origène, et voit certains de ses ouvrages condamnés et détruits.

  • Clément d’Alexandrie professe une gnose parfaite en opposition aux gnoses dites hérétiques.

  • Arius fonde l’Arianisme qui nie la consubstantialité du Père et du Fils, et rejette la Trinité Père-Fils-Esprit.

  • Les traditionalistes au pouvoir réagissent énergiquement.

  • L’empereur Dèce tente de rétablir les cultes romains traditionnels. On martyrise beaucoup, y compris le pauvre Origène déjà condamné par les Chrétiens.

  • Les Chrétiens se réfugient dans le désert de Thébaïde, et se font anachorètes ou ermites.

  • Antoine, dit le Grand, y subit ses tentations célèbres, et fonde l’ermitisme. C’est le début du monachisme chrétien.

  • Pacôme établit l’essentiel des règles des monastères. Macaire l’Ancien est un anachorète du désert en Basse Égypte Thaïs, courtisane convertie, entre au monastère.

Après la mort de Dèce, tué par les Goths, l'Église revient en force. Denys d’Alexandrie succède à Origène. Il écrit des lettres pastorales dogmatiques. Anatase réfute les doctrines ariennes. Cependant, dans l’immense nécropole d’Alexandrie, décorée à la romaine, les défunts sont enterrés comme les anciens Égyptiens On place traditionnellement sur leurs légers sarcophages des images peintes à leur ressemblance pour assurer leur survie éternelle. A la fin du 4ème siècle, l’Empire d’Occident s’écroule. Il ne subsiste que l’Empire d’Orient. L’empereur s’installe à Byzance et l’agitation des idées se poursuit.

  • Nestorius, hérésiarque chrétien, croyait en la séparation des deux natures dans le Christ.

  • Les Monophysites croyaient à l’unité de nature du Christ incarné, ce qui donna naissance à l’Église Copte aujourd’hui toujours vivante.

  • Le Patriarcat d’Alexandrie réagit fanatiquement vers l’orthodoxie. Cyrille établit la doctrine de l’incarnation, base du dogme chrétien, et fait condamner Nestorius.

  • Théophile applique les consignes de l’empereur chrétien Théodose, et fait saccager les temples pharaoniques et marteler les inscriptions. La grande bibliothèque d’Alexandrie, partiellement reconstituée, est stupidement incendiée par les Coptes. 200 000 manuscrits, une grande partie des vraies sources de l’Histoire antique, s’en vont en fumée.

Les Chrétiens sont assez pyromanes. Ils semblent avoir été obsédés par l’enfer, le feu, les bûchers et les autodafés, (de livres ou d’hommes). Les livres de l’époque étaient copiés à la main, en très peu d’exemplaires. Lorsqu’ils étaient brûlés, les idées qu’ils portaient étaient détruites. Les idées mystiques de ceux qui furent condamnés par l’Église, comme Origène, ne nous sont généralement connues qu’au travers des textes de condamnation.

Puis vint l’Islam.

En 617, l'Égypte est conquise par les Perses. Elle est libérée par Héraclius, en 629, mais son nouveau destin se prépare ailleurs. En l’année 642 de notre ère, les conquérant arabes, conduits par le général Amr, envahirent de nouveau l'Égypte Ils la mirent sous le contrôle des califes Umayyades de Damas puis des Abbassides de Bahgdäd. Une autre histoire commença alors, celle de l'Égypte de Saladin. La population adopta progressivement la langue arabe et l’Islam, en restant très momentanément relativement tolérante aux autres cultes.

O mécréants ! Je n’adore pas ce que vous adorez,
Et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore,
Et je n’en suis pas à adorer ce que vous avez adoré,
Et vous n’en êtes pas à adorer ce que j’adore.
A vous votre religion, et à moi ma religion !

(Coran - Sourate 109)

Petite barre de navigation


Navigation locale - Tous les cahiers
 

Cahier 1

Cahier 2 Cahier 3 Cahier 4 Cahier 5
La fantasmagorie sensorielle La traversée du miroir noir Poussières d'étoiles De boue, de sang, de peur, de désir Les eaux du fleuve
Cahier 6 Cahier 7 Cahier 8 Cahier 9 Cahier 10
Les rayons ardents du Soleil Le phare ruiné d'Alexandrie Des flambeaux dans la nuit Une soif inextinguible La conscience et la liberté
Cahier 11 Cahier 12 Cahier 13 Cahier 14 Cahier 15
Je refuse donc je suis Ombres et Lumières Les derviches tourneurs La Rose Croix L'Homme triple
Cahier 16 Cahier 17 Cahier 18 Cahier 19 Cahier 20
Le Cosmos est-il vivant ? La vie mystérieuse Le Bardo Thödol tibétain La Bhagavad Gītā Le Shintô japonais
Cahier 21 Cahier 22 Cahier 23 Cahier 24 Cahier 25
Le Tao Le mythe de l'Arche de Noé Zoroastre et les Pârsîs De la Gnose aux Cathares Le Cao Dai
Cahier 26 Cahier 27 Cahier 28 Cahier 29 Cahier 30
La Quête du Graal Le Vaudou Cosmos et Microcosme Le Jaïnisme Hermès Trismégiste
Cahier 31 Cahier 32 Cahier 33 Cahier 34 Cahier 35
La Divine Comédie Amour, Désir, et Théosophie Le Graal chez Richard Wagner La Foi des Cathares Les antiques religions à Mystères 
Cahier 36 Cahier 37 Cahier 38 Cahier 39 Cahier 40
Les Dieux Grecs La Religion des Romains L'Homme incréé La réincarnation selon Platon Plotin et le Néoplatonisme
Cahier 41 Cahier 42 Cahier 43 Cahier 44 Cahier 45 
De Giordano Bruno à l'Univers vivant Robert Fludd et la Rose+Croix Krisnamurti et l'inconcevable "Otherness" J.C. Jung - Du Livre rouge à la Fleur d'Or La Gnose et les Gnostiques
Cahier 46 Cahier 47 Cahier 48 Cahier 49 Cahier 50
L'Illusion de la Connaissance Orphistes et Pythagoriciens Contes  Persans et Soufi  La Kundalini et les Chakras

Bégards, Béguines et Turlupins

 

Navigation générale

Retour Suite Livres Florilège Cahiers Galerie Carnet Musique Auteur Copyright
Contenu du Site Liens utiles Page d'accueil

 

Donnez, s'il vous plait, votre avis sur la présentation et le contenu de cette page en utilisant le lien ci-dessous. Merci.

Accès Email

Haut de page