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Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 5 - Les eaux du Fleuve. 

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   

Table des Matières interactive.

Or donc, lorsque son temps fut venu, l’Homme occupa la Terre.
On parle donc de l'Âge de la Glace.
L'Homme demeura.
La découverte des fossiles est un évènement récent.
Les hommes archaïques ont évolué de façon divergente.
Les hommes de Cro-Magnon sont nos ancêtres.
Au Paléolithique, les hommes enterraient leurs morts.
Leur tradition artistique soudaine a duré vingt mille ans.
Il y a beaucoup de chevaux et de bisons.
On a voulu expliquer rationnellement ces images.
Les millénaires ont coulé.
Devant nos yeux, les eaux du fleuve..
Le passé et l'inconnu ne peuvent se rencontrer.
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Les Eaux du Fleuve.

La Vie, parce qu’elle est montée de conscience,
ne pouvait continuer à avancer indéfiniment dans sa ligne
sans se transformer en profondeur.
Elle devait, comme toute croissance au Monde,
devenir différente pour rester elle-même.

(P.Teilhard de Chardin - Hymne de l’Univers).

De royaume en royaume, l’Homme a progressé
jusqu’à atteindre l’état de créature intelligente douée de raison,
oublieuse des formes antérieures de pensée.
(Jalaluddin Rumi - Soufi).

Or donc, lorsque son temps fut venu, l’Homme occupa la Terre.

Quatre ou cinq millions d’années, à l’horloge des temps géologiques, c’est extrêmement récent, mais à notre mesure biologique humaine cela se situe dans un passé très lointain. Nous allons nous pencher un moment sur ce qui s’est probablement produit depuis cet avènement, mais dans cette démarche nous allons progresser avec une certaine prudence. Au fur et à mesure que l’homme s’intellectualise, il utilise, dans sa démarche raisonnable, des représentations mentales qu’il place dans un large environnement de concepts complexes et synthétiques. Elles sont des recréations intérieures artificielles imagées, effectuées à partir de l’expérimentation qui a été faite du Monde. Au fur et à mesure que l’étendue de celle-ci s’accroît, les hypothèses se précisent et se modifient. Puisque le cerveau est une très petite partie du Monde, la connaissance qu’il construit n’est jamais complète ni définitive. Lorsque cette reconstruction est effectuée avec des matériaux incertains, récupérés sans examen attentif, assemblés dans une imagerie simpliste, conformiste, ou banale, elle peut être dommageable. Nous devons toujours nous efforcer de vérifier soigneusement la cohérence des données que nous utilisons. C’est finalement par rapport à cela que chacun de nous règle son comportement, prend ses décisions, et bâtit sa vie.

Il est donc tout à fait utile de répéter ici que les perspectives scientifiques que nous exposons sont des théories actuelles et provisoires. Rappelons-nous que Stephen W. Hawking, l’un des plus grands cosmologistes actuels, définit régulièrement ce que sont les hypothèses scientifiques, au fil des pages de ses ouvrages. " Nous devons bien comprendre ce qu’est une théorie scientifique. Dans une telle théorie, l’opinion banale voit un modèle représentatif de l’univers, ou celui d’une partie limitée de l’univers, associé à un ensemble de règles mettant en relation des quantités issues à la fois de ce modèle imagé et des observations expérimentales. Cela est une opinion bien naïve. La théorie n’existe que dans notre esprit et ne peut avoir d’autre réalité, quelle qu’en soit la signification. Les théories physiques sont toujours provisoires. Elles ne sont que des hypothèses. Personne ne pourra jamais prouver une théorie physique, parce que personne ne pourra jamais être certain que la prochaine observation, quel qu'en soit le nombre déjà effectué, ne mettra pas cette théorie en échec ".

Voyons aussi ce que nous en dit J. Krisnamurti, ce grand visionnaire spiritualiste auquel je fais référence de temps en temps. Psychologiquement, intérieurement, si ardent que soit notre désir, il n’est point de certitude, point de permanence, pas plus dans notre relation avec autrui que dans nos croyances ou les dieux de notre cerveau. Le désir intense de certitude, d’une certaine permanence, et le fait que celle-ci n’existe absolument pas, telle est l’essence du conflit, l’illusion face à la réalité. Il est infiniment plus important de comprendre notre pouvoir de créer l’illusion que de comprendre la réalité. ( Le 2/9/1961 - Gstaad. Suisse ). Observateur attentif, Krisnamurti conte aussi cette anecdote qu’il estime remarquable. Une fillette hindoue joue en s’appuyant sur un bâton. Elle arrive au bord du fleuve, regarde un instant l’eau, et lance son bâton par-dessus la berge. Puis elle s’adosse à un arbre et contemple le courant. Ce fleuve, dit-il, c’est l’inconnu. Le passé et tout ce que nous savons doit être abandonné comme cette fillette lance son bâton par-dessus la berge. (Le 9/1/1962 - Delhi. Inde)

Venons-en au sujet de ce chapitre qui raconte l’histoire des débuts de l’Homme. Il est maintenant généralement admis qu’il n’est pas trop audacieux d’imaginer que l’évolution de l’espèce humaine prend son origine à l’époque tertiaire. Elle semble ensuite s’être poursuivie à notre époque quaternaire, c’est à dire pendant les huit ou neuf cent mille ans qui nous séparent du début de cette période. Dans les derniers temps de l’ère tertiaire, le climat était chaud et humide, et il l’est resté tout au début du quaternaire. Dans nos régions européennes tempérées, la flore luxuriante revêtait des caractères subtropicaux assez analogues à ce que l’on observe de nos jours dans la Californie, l’Abyssinie, le Brésil ou l’Australie. A coté des ancêtres des espèces provençales à feuilles coriaces, on rencontrait alors en Europe des plantes qui ont émigré depuis sous les tropiques et sont devenues exotiques. La végétation était exubérante. Des prairies herbeuses s’étendaient sur les flancs élevés des montagnes. Les vastes plaines d’Allemagne et de Pologne étaient recouvertes d’immenses lacs d’eau douce et de marécages, et ces régions ressemblaient fort à l’estuaire actuel du Mississippi.

Dans l’hémisphère nord, cependant, un refroidissement général était amorcé. Il se traduisait par une relative et lente évolution de la flore, favorisant l’apparition de nombreuses espèces plus proches de la végétation actuelle, et entraînant la régression des variétés subtropicales. Celle-ci était constatée par la raréfaction progressive des palmiers dans toute l’Europe. Petit à petit les grandes forêts reculaient et faisaient de nouveau place à d’immenses prairies de graminées et de céréales. Les savanes s’étendaient dans le monde entier, les forêts de conifères et les steppes réapparaissaient en Europe, en Asie, et en Amérique.

La Méditerranée n’avait pas du tout l’aspect actuel. Elle était restée longtemps reliée au continent africain en plusieurs points. Puis une rupture se produisit qui donna naissance au détroit de Gibraltar et ouvrit le passage aux eaux de l’Océan. Un large pont de terre subsistait encore. Il réunissait l’Italie, la Corse, la Sardaigne, et la Sicile, à la Tunisie. Une autre grande mer intérieure existait également à l’est des Balkans, jusqu’aux basses vallées de la Volga et du Danube, débordant largement les zones dans lesquelles subsistent actuellement quelques-uns de ses vestiges. Ce sont la Mer Noire, la Caspienne, la Mer d’Aral, et la Mer d’Azov. En Afrique, le Sahara humide et boisé, verdoyait. Le Japon et la Malaisie étaient reliés à l’Asie. Seule l’Australie, jointe à la Nouvelle Guinée, formait un continent séparé. En France, c’était l’époque des grandes éruptions volcaniques du Cantal et du Mont Dore, gigantesques volcans dont les coulées de lave et de boue atteignaient parfois mille mètres d’épaisseur, puis celles plus modérées de la chaîne des Puys et du Velay. Elles ne prendront fin qu’au cours du quaternaire. Les Iles Britanniques étaient encore reliées au continent. On voit combien la distribution des terres de ce Monde, d’un passé bien proche, restait relativement confuse et différait localement de ce que nous connaissons aujourd’hui.

En raison des liaisons qui faisaient communiquer l’Europe et l’Afrique, la faune ressemblait à celle qui peuple actuellement les régions tropicales. On peut citer l’Éléphant méridional, l’Éléphant antique, le Rhinocéros étrusque, le grand Hippopotame, ainsi que le Mastodonte arverne. On y trouvait également la Panthère, le Lion des cavernes, l’Hyène, le Chacal, l’Ours et le Tapir. De nombreux herbivores peuplaient la savane européenne tels que les Buffles, les Cochons et les Cerfs. En provenance d’Amérique du Nord, et par une liaison américano-asiatique existant au niveau du détroit de Behring, divers équidés, proches des chevaux, se répandirent dans toute l’Europe.

Telle était la situation à la fin de l’ère Tertiaire, au Pliocène. C’est à cette époque et dans ce type d’environnement qu’on peut placer l’essentiel de l’évolution des débuts de l’humanité. On estime qu’elle avait alors déjà duré quatre millions d’années. Lorsque commença la nouvelle ère, le Quaternaire, il y a plus de six cent mille ans, au Pléistocène, l’Homme archaïque, qui s’était largement répandu sur la planète, était déjà un homme mais ne nous ressemblait pas encore beaucoup. Le vieux mot " Quaternaire " s’applique à la phase la plus courte et la plus récente de l’histoire de la Terre. Elle est essentiellement caractérisée par l’apparition de l’Homme et par la succession de périodes glaciaires séparées par les intervalles interglaciaires.

On parle donc de l’Âge de la Glace.

Ces événements climatiques importants ne sont pourtant pas exceptionnels, et on a pu montrer qu’ils s’étaient déjà produits antérieurement, des millions d’années plus tôt, au cours du Précambrien, du Permien, ou du Jurassique, pour ne citer que ces périodes géologiques. L’origine du phénomène reste mal connue. Différentes hypothèses explicatives ont été proposées. Elles tentent de relier les valeurs d’insolation du Globe aux caractéristiques, périodiquement variables, de son orbite autour du Soleil. Au plan scientifique, la principale difficulté est analytique. De très nombreuses incertitudes demeurent quant au nombre des oscillations climatiques, et à leur importance, qui semblent différer selon les régions considérées.

On distingue généralement quatre phases principales de glaciation, précédées et suivies de phénomènes de résonance. Elles ont été nommées glaciations de Günz, de Mindel, (ou de l’Elster), de Riss, (ou de la Saale), et de Würm, (ou de la Vistule). Ces quatre noms sont ceux d’affluents du Danube. Ils ont été appliqués aux périodes glaciaires suite aux travaux de Penck et Brückner. Les premières n’ont pas eu d’influences majeures, mais les deux dernières sont plus importantes, surtout celle de Würm. Quoique le phénomène ait été général, affectant les deux hémisphères, il a surtout été étudié en Europe. Les traces relatives à la série complète y ont été observées dans les Alpes bavaroises. Dans les pays nordiques on ne relève pas la première, et dans les Alpes françaises on ne trouve que les deux dernières. L’étude des moraines et des terrasses marines et alluviales permet d’évaluer les maxima atteints par les extensions des glaciers et les variations du niveau de la mer. La gigantesque calotte de glace recouvrait la Scandinavie, la Russie et la Pologne, la Mer du Nord, une partie de l’Allemagne, les Iles Britanniques et la Hollande. Son épaisseur était de deux mille mètres pendant la glaciation de Riss. Le front sud du glacier traversait la Manche.

En Amérique du Nord, la calotte glaciaire descendait plus bas que les Grands Lacs. La situation était analogue sur tous les massifs montagneux du Monde. Dans l’hémisphère nord, 25 millions de Km2 étaient recouverts de glace. Celle-ci immobilisait une énorme quantité d’eau qui était soustraite au cycle d’évaporation et de recyclage mondial. Le volume enlevé aux océans est évalué à 40 millions de Km3, entraînant une baisse d’environ cent mètres du niveau général des mers. Bien évidemment, au début des périodes interglaciaires, la température moyenne s’élevait. Lorsque les énormes glaciers fondaient, beaucoup d’eau revenait à l’état liquide et le niveau des mers remontait. Il ne revenait cependant pas aux lignes des anciens rivages car les glaciers avaient érodé très fortement les massifs montagneux, y creusant des vallées profondes et accumulant d’énormes masses de débris. La fonte rapide des glaces donnait naissance à des fleuves très puissants qui transportaient ces matières au loin, abaissant les montagnes, et remblayant les vallées avec les dépôts d’alluvions connus sous le nom de terrasses.

Ces phénomènes temporaires ont donc eu des conséquences durables. On constate actuellement des situations topographiques qui reflètent à la fois les fluctuations des niveaux marins et les variations dues aux soulèvements isostatiques causés par l’allégement des masses continentales usées par l’érosion. Ces basculements d’équilibrage élèvent également les terrasses. Pour les plus anciennes, il peut atteindre une centaine de mètres.

Un troisième facteur, le lœss, revêt une très grande importance dans la transformation du paysage et sa préparation à l’installation des hommes. C’est une accumulation de fines poussières calcaires friables, de couleur jaune clair, transportées par le vent. Son apparition est liée aux alternances d’épisodes glaciaires et interglaciaires. Le lœss a recouvert les reliefs eurasiens sur d’immenses surfaces, du Nord de la France jusqu’à la Sibérie et la Chine Son épaisseur est surprenante, et varie de quelques dizaines à quelques centaines de mètres. C’est sur les immenses plaines à lœss qu’ont pu d’abord s’établir les toundras, les steppes et les pairies, et beaucoup plus tard les campements de nomades, les élevages et les cultures des agriculteurs.

Les premières glaciations n’ont pas provoqué de changements très importants dans les flores et faunes européennes et américaines Dans les périodes interglaciaires, le climat chaud se rétablissait permettant le retour des populations antérieures. Mais avec arrivée de la glaciation de Würm, la situation fut profondément modifiée. Un climat froid et sec s’installa durablement. Une immense steppe glacée apparut. Les flores et les faunes anciennes reculèrent jusqu’aux régions tempérées plus méridionales. De nombreuses espèces antiques ne sont jamais revenues, telles l’Éléphant, le Rhinocéros, et l’Hippopotame. Des animaux nouveaux s’installèrent, venant des régions arctiques, Élan, Bœuf musqué, Bison, Saïga, Renne, Ours. Certaines espèces s’adaptèrent, réussissant à survivre plus ou moins durablement, en se couvrant d’épaisses fourrures, telles le Mammouth et divers rhinocérotidés.

Une partie de la faune changea d’habitat et se réfugia dans les cavernes. On y trouve les traces d’ours, de lions, d’hyènes, à coté de celles des hommes primitifs, nos ancêtres, qui ont du s’organiser pour survivre dans nos régions aux difficultés de ces temps. On ignore généralement que les lions, comme les ours, peuvent parfaitement vivre dans toutes les zones tempérées. Ils n’en ont été éliminés que par la chasse. Enfin les glaciers se retirèrent et la mer revint de nouveau. Le climat général se réchauffa. Il ressembla progressivement à celui que nous avons aujourd’hui. La forêt et la prairie réapparurent. Les faunes arctiques remontèrent au Nord ou disparurent, mais l’homme demeura. Bientôt, il s’accrochera à la terre, fabriquera des outils, cultivera le sol, sélectionnera les semences, et domestiquera le bétail.

L’Homme demeura.

Depuis la fin de l’ère tertiaire, au Pliocène, puis au Pléistocène, et jusqu’au retrait des derniers glaciers quaternaires, que nous appelons l’Holocène, les êtres qui ont précédé les hommes, et ceux-ci mêmes, ont occupé bien des régions, et ils y ont laissé des traces utilisables pour raconter leur histoire, qui est aussi la notre. Elles consistent en témoins de l’industrie humaine, outils, armes, dessins et peintures, ou en vestiges de leur existence biologique, tels les squelettes fossilisés. Pour des commodités d’étude et de raisonnement, on distingue généralement plusieurs périodes bien caractérisées dans le récit du déroulement de l’évolution qui a conduit de la forme antique, indéniablement animale, jusqu’à l’éventail du rameau véritablement humain, de la paléontologie jusqu’aux temps préhistoriques, puis à l’histoire des hommes, reconnue, écrite ou représentée.

Après la disparition des Dinosaures, à l’époque tertiaire, il y a 50 millions d’années, au début de l’Éocène, un groupe animal portait déjà les caractéristiques morphologiques générales dont nous avons hérité. La trace la plus ancienne qui nous en soit parvenue est une dent minuscule d’un lémuroïde découverte au Montana dans un terrain du Crétacé Supérieur. Dénommé Purgatorius Ceratops, cet animal aurait probablement été le contemporain des derniers dinosaures. Dans les terrains de l’Éocène, en Europe comme en Amérique, on trouve des formes lémuriennes nombreuses et bien différenciées. Le groupe des lémuroïdes, qui est encore représenté de nos jours par différentes formes telles les Aïe-Aïe, avait alors commencé à éclater en différentes branches dont l’une a abouti aux Primates.

En vérité, le tronc commun dont sont issues les branches apparentées, Lémuriens, Aïe-Aïe, Tarsiers, Platyrrhiniens, et Catarrhiniens (dont sont issus les grands Anthropoïdes, les Gibbons et les Hommes), n’a pas été découvert et reste hypothétique. Le paléontologiste Elwyn Simons, d’après de très nombreuses exhumations de fossiles de singes faites au Fayoum, fait remonter les origines du groupe extrêmement loin dans le passé. Il montre que les ancêtres des singes vrais, il y a 30 millions d’années, n’avaient déjà que deux prémolaires comme les singes actuels. Leur schéma d’organisation différait donc du modèle humain. A partir de ce constat, il imagine un ancêtre possible des anthropoïdes, hypothétique Parapithécus, qui devait posséder trois molaires et trois prémolaires à chaque demi mâchoire. Ce précurseur inconnu aurait fourni le modèle sur lequel sont bâties l’organisation de notre corps actuel et son économie générale.

Au Miocène et au Pliocène, un groupe d’Anthropomorphes était assez répandu et comprenait deux branches, les Dryopithèques et les Pliopithèques. Avec une mâchoire en U et des canines importantes, l’anatomie des Dryopithèques était déjà bien caractérisée. Elle semblait montrer l’engagement d’une évolution vers des formes proches des pongidés anthropomorphes actuels, (les grands singes). Les Pliopithèques semblaient engagés dans une autre voie. Ils avaient une mâchoire en V et des canines très pointues, et correspondraient à une espèce proche des Gibbons, cependant quadrupède et vivant sur le sol. Ces candidats primitifs ne convenaient pas. Il fallait donc chercher ailleurs un autre ancêtre possible à l’hominisation. Il devait avoir une arcade dentaire arrondie en parabole, comme l’homme actuel, avec des prémolaires présentant des caractéristiques précises.

C’est d’abord en Afrique, de l’Est et du Sud, dans des terrains datés de un à quatre millions d’années, que l’on a découvert des fossiles possédant des caractères relativement adéquats, (Taung). Certains spécimens présentaient cependant un fort torus supra orbiculaire, (Forte arcade sourcilière continue), une grande crête sagittale, (Importante saillie osseuse allant du front à la nuque), et un gros bourrelet sur l’occiput. Il s’agissait d’un groupe très particulier, resté proche des singes par la morphologie crânienne, mais engagés dans la voie de l’hominisation par la structure du bassin qui permettait déjà la bipédie. En raison de la localisation de ces trouvailles, cet être a été baptisé Australopithèque.

On distingue plusieurs stades évolutifs successifs de l’espèce qui a ensuite évolué vers une hypermorphose et a disparu. A.Anamensis, (4 Ma), A.Afarensis, (4 à 3 Ma), A.Bahrelghazali, (3,5 à 3 Ma), A.Africanus, ( 3 à 2,5 Ma), A.Boisei, (2,7 à 1 Ma), A.Robustus (2 à 1 Ma). Le dimorphisme des sexes parait y avoir été beaucoup plus important que chez l’homme actuel. Chez A.Anamensis comme A.Afarensis, le mâle était bien plus grand et beaucoup plus robuste que la femelle. La véritable lignée humaine semble être apparue simultanément, il y a 2,5 Ma, en Afrique orientale. Sa forme la plus ancienne, l’Homo habilis archaïque, avait un crâne humain. La capacité cérébrale s’est progressivement accrue au fil des millénaires. Elle est passée de 550 à 850 cm3 chez Homo Habilis, puis 900 cm3 à 1200 cm3 chez Homo Erectus, jusqu’à atteindre 1100 à 2000 cm3 chez Homo Sapiens, très proche de l’Homme actuel.

Il y a un million d’années, les " Habilis ou les Erectus " africains ont utilisé les ponts qui joignaient encore l’Afrique à l’Eurasie, et ils se sont dispersés dans le Monde quaternaire débutant. Ils y ont connu des évolutions différentes. A partir de ce moment les hommes archaïques, les Archanthropiens se sont caractérisés, parfois avec des variantes comme Homo Heidelbergensis. En Europe, leurs descendants ont été appelés Néandertaliens. Hommes véritables, ils étaient relativement primitifs et ont disparu mystérieusement il y a trente mille ans. En Asie, depuis cent mille ans, les Habilis ont donné naissance à l’Homme moderne, que nous avons très modestement appelé l’Homo sapiens sapiens. Cet Homme, ni grand savant ni très sage, a occupé le Monde entier. Je vais essayer de vous en raconter les origines et la longue histoire, à partir du moment de sa dispersion, avant l’Âge de la Glace, jusqu’à ce qu’il sortit des cavernes refuges.

Mais l’Homme habitait-il réellement les cavernes ? Les Âges de Glace ne sont pas une légende, mais il faut savoir que glaciers n’étaient installés que sur une partie de la planète, sur les massifs montagneux et leurs abords, dans la zone tempérée. Dans les basses terres, et plus loin des pôles, le climat, quoique sec, était moins rude, tout à fait comparable à celui des actuelles zones tempérées voire subtropicales. Pendant le quaternaire, il y a eu des périodes très froides et sèches. Elles ont été entrecoupées de très longues périodes interglaciaires, avec un climat doux et humide, pendant des dizaines de milliers d’années. Il est tout à fait possible, d’ailleurs, que nous soyons actuellement dans une de ces longues périodes relativement chaudes, sans même le savoir. Le climat pourrait se refroidir et s’assécher dans un avenir indéterminé. Les glaciers pourraient un jour revenir, et les mers, de nouveau, s’en aller. Des régressions et des transgressions marines se sont effectivement produites dans le passé, mais elles ont eu des intensités variées et leurs amplitudes ont atteint des niveaux très différents.

La mer s’est parfois longuement installée dans des zones actuellement arides. Les rivages ont alors bénéficié d’un climat maritime pluvieux, propice à la croissance d’une végétation abondante, de forêts et de savanes, favorisant l’établissement d’espèces animales nombreuses et variées. Dans certaines régions le résultat de la disparition des glaces a été désastreux. Le Sahara verdoyant s’est asséché, la flore et la faune ont disparu. Depuis quelques milliers d’années, les moussons qui arrosaient l’Est de l’Arabie, l’ancien et très riche royaume de la reine de Saba, se sont affaiblies. La contrée est également devenue désertique. Le même processus se poursuit de nos jours. On constate l’assèchement progressif de très grands lacs, en Afrique et ailleurs, ce qui va entraîner un bouleversement du régime des pluies et de l’équilibre hydrologique des régions concernées.

Dans ces conditions climatiques, il est évident que le fragile ancêtre de l’Homme n’a habité les cavernes des lions et des ours que partiellement, à l’entrée, et dans de rares circonstances, quand il faisait très froid. Il utilisait aussi des abris sous roches et des abris artificiels à ciel ouvert. Généralement, il se tenait donc simplement dans les lieux où la vie était possible et même facile. Elle l’était souvent presque partout pour une espèce dont les facultés d’adaptation sont telles qu’on la trouve actuellement dans le Monde entier sauf aux pôles. On peut donc rechercher les traces de son passage, les fossiles, un peu partout dans les zones où l’on trouvait le gibier et les fruits dont ce chasseur-cueilleur tirait sa nourriture.

La découverte des fossiles est un événement récent.

Pendant très longtemps, sur la foi des Écritures, on a cru que la création soudaine de la Terre et de ses habitants remontait environ à six mille ans. Mais des hommes curieux se sont penchés sur la terre qu’ils travaillaient. Ils ont compris peu à peu que les couches de terrain superposées qu’ils découvraient racontaient l’histoire de la planète, enregistrée niveau par niveau. A la lumière de cette compréhension, soudain, la Terre a énormément vieilli. Après cette première révolution de pensée, il est devenu possible d’imaginer que l’Homme pouvait être bien plus ancien qu’il ne l’imaginait, et que sa propre histoire s’inscrivait dans l’histoire partagée par tous les habitants de la Terre.

Cependant, l’homme ordinaire se croyait alors créature singulière et incomparable, spécialement façonnée par Dieu, à son image. La seconde révolution de pensée fut très difficile. La découverte des origines animales et banales de son corps a été pour l’Homme un drame véritable, long et déchirant, accompagné d’un véhément refus conceptuel. Des polémiques passionnées ont opposé les différents partisans. Encore aujourd’hui, certains humains n’acceptent pas l’idée de la communauté des racines biologiques. Pourtant, depuis cent cinquante ans, et après les travaux de Darwin et Wallace puis ceux de Boucher de Perthes, les idées nouvelles ont été progressivement acceptées. Alors, et discrètement, la chasse aux fossiles a commencé. Ceux qu’on trouva à Java et en Chine, furent appelés Pithécanthropes. Mais on avait finalement découvert très peu de fossiles et les moyens de datation étaient fort incertains. Ce n’est que vers 1950 que des êtres plus récents furent réintégrés dans le schéma général de l ’évolution de l’espèce humaine. On y accepta d’abord les Néandertaliens puis, plus tardivement, les Australopithèques.

Darwin ayant affirmé, (audacieusement), dans l’origine des espèces, que l’Homme avait accompli son évolution sous un climat chaud, c’est dans les terres africaines australes que les recherches des fossiles ancestraux furent d’abord menées et que les premières découvertes furent faites des fossiles dont nous avons dit qu’ils avaient été dénommés Australopithèques. Certains sites paraissaient particulièrement prédestinés, en raison de la nature et de la disposition des terrains quaternaires qu’on y trouve. La plupart d’entre eux sont situés au long du Riff africain, qui est une immense zone d’effondrement tectonique. Elle est longue de plus de trois mille kilomètres, et s’étend du Golfe d’Aden et de l’Éthiopie jusqu’au Zambèze. Il s’agit en fait d’une cassure progressive du continent. Il se sépare en deux parties. La plus grande continue à dériver vers l’Ouest, vers l’Atlantique, et l’autre, la plus petite amorce une dérive vers l’Océan Indien. Chaque année et chaque jour, cette faille géante s’ouvre davantage, préparant la rupture définitive de l’Afrique. Elle ouvrira le chemin à l’irruption de la mer et isolera le nouveau continent.

Le long des falaises d’effondrement du Riff, les sédiments quaternaires, accumulés sur une grande épaisseur, sont rompus verticalement. Ils sont accessibles aux chercheurs à tous les niveaux d’enfouissement. La datation des trouvailles est facilitée par la superposition des différentes couches. Depuis le début du siècle, on a découvert dans toutes ces régions des gisements fossilifères extraordinaires, parmi lesquelles il faut compter la très célèbre gorge d’Olduvaï, explorée par les Leakey. Il s’agit en fait d’un très large ravin, long d’environ 50 km, situé en Tanzanie. Il y a 1 ou 2 millions d’années, un lac salé occupait cet emplacement, bordé de forêts et de savanes. Plus tard, des torrents alimentèrent de nombreux étangs dans la région. Sur les bords du ravin, les couches de sédiments de plus de cent mètres d’épaisseur sont accessibles. Cela permet de remonter aux débuts du quaternaire. On y a d’abord trouvé de nombreux galets dont des éclats avaient manifestement été détachés volontairement, (pebble culture), laissant imaginer que c’était l’œuvre d’êtres doués d’une certaine forme de pensée.

Puis en 1959, Mary et Louis Leakey crurent y découvrir les restes de la face d’un hominidé, qu’ils appelèrent Zinjanthrope, au voisinage immédiat de ce qui semblait être les restes de son outillage. La datation isotopique, (Potassium 40 & Argon 40), de la couche volcanique immédiatement sous-jacente semblait permettre d’attribuer à ces fossiles l’âge considérable d’un million sept cent mille ans. Brusquement, l’origine des hommes reculait énormément. La durée probable de leur aventure doublait, allongeant d’autant la durée de l’époque quaternaire. L’affaire fit grand bruit, mais c’était une erreur. On découvrit plus tard que le Zinjanthrope n’était pas très évolué et que la transformation des galets était l’œuvre plus tardive d’un Australopithèque différent, plus humain que lui.

On voit ici combien les théories scientifiques sont fragiles et sujettes à de fréquentes révisions. Elles sont néanmoins utiles stimulent la recherche, préparent les esprits aux hypothèses novatrices, et ouvrent la voie à de nouvelles découvertes.

Les Leakey étaient très tenaces et restaient convaincus. En 1964, appuyés par l’autorité d’un groupe de spécialistes, ils signalèrent la découverte d’un être plus évolué que les Australopithèques. Il avait cependant été trouvé dans une couche géologique encore plus profonde que celle du Zinjanthrope. Le nouvel hominidé, plus ancien et plus " capable ", fut baptisé Homo Habilis. Ces découvertes relancèrent la question. On organisa des expéditions internationales auxquelles participèrent des chercheurs français comme le Pr. Arambourg, (déjà très âgé), et Yves Coppens, (encore très jeune). On avait découvert d’autres sites encore plus favorables comme le lac Turcana, la région de l’Afar, le site d’Hadar, et la fameuse vallée de l’Omo, située en Éthiopie. Les zones favorables y abondent. L’épaisseur des sédiments atteint là-bas jusque six cents mètres ce qui permet de remonter à quatre millions d’années. Les terrains fossilifères y sont disposés en couches inclinées qui sont séparées les unes des autres par des poussières volcaniques qui permettent de dater chronologiquement le gisement avec une assez grande précision.

Les fossiles se multiplièrent, proposant des origines de plus en plus lointaines, remontant aux environs de trois ou quatre millions d’années. (Ex. Lucy - Site d’Hadar - Éthiopie - M. Taïeb). Finalement, les Australopithèques semblent avoir vécu très longtemps en Afrique où l’on soupçonne leur présence il y a cinq ou six millions d’années. Ils y ont accompli une grande partie de leur évolution pendant laquelle leur capacité cérébrale est lentement passée de 400 à 800 cm3. Au cours du temps, ils ont présenté des aspects relativement variés. A cause des différences d’aspect constatées chez les Australopithèques, on a longtemps soupçonné l’existence synchrone de plusieurs lignées spécifiques. On s’accorde maintenant pour attribuer ces variations à un fort dimorphisme sexuel. La différence de taille entre les mâles et les femelles atteignait parfois 60%.

Les tribus d’Australopithèques étaient probablement organisées autour d’un mâle dominateur très robuste, entouré d’un groupe de femelles graciles, beaucoup plus petites. La différence de taille s’est réduite au fil des âges, mais elle semble être restée dans les têtes de nombreux mâles humains actuels comme leur est resté la tentation permanente du harem.

Les hommes archaïques ont évolué de façon divergente.

Il y a un million d’années, les Archanthropiens, habilis ou erectus, africains se sont dispersés dans le Monde quaternaire débutant. Leurs descendants européens, les Néandertaliens, étaient déjà des hommes véritables, mais restaient encore relativement primitifs. Ils ont disparu il y a trente mille ans, probablement dominés par la branche hommienne asiatique au moment de son expansion. Venant d’Asie, cette nouvelle espèce différait légèrement des Néandertaliens. Elle était cependant plus intelligente, et morphologiquement elle devait être assez identique à l’Homme moderne, Homo sapiens sapiens. Sa forme primitive est souvent appelée chez nous " l’Homme de Cro-Magnon ".

Au début du quaternaire, tous les hominidés marchaient sur leurs membres postérieurs et utilisaient des outils de pierre très rudimentaires. Pour cette raison, la période pendant laquelle ils sont apparus et ont évolué est appelée paléolithique, c’est-à-dire période de la pierre ancienne. Les Australopithèques se sont ensuite engagés dans la voie sans issue qui les a lentement menés à l’extinction. Il semble que les Archanthropes, qui vécurent parfois en même temps que les Australopithèques, constituaient une autre espèce qui a suivi une autre évolution. Elle a formé deux sous-espèces distinctes. Celles-ci pouvaient peut-être s’hybrider. Elles nous auraient alors transmis des combinaisons de gènes qui transparaîtraient parfois dans certaines morphologies surprenantes.

Dans la branche européenne disparue, les Néandertaliens nous sont bien connus. Le premier fossile, isolé et très partiel, fut découvert en 1856, avant la publication du livre de Darwin, dans une carrière de la vallée de Néanderthal, prés de Düsseldorf. On ne savait pas trop comment le dater ni l’intégrer dans la lignée humaine. Un autre spécimen, (une mandibule), accompagné d’ossements animaux, fut ensuite découvert en Belgique, en 1865. Puis trois squelettes, accompagnés d’ossements et d’outils de pierre, furent trouvés à Spy, dans la province de Namur, qui permirent de caractériser ce groupe humanoïde particulier. Les découvertes se succédèrent jusqu’à ce qu’on trouve, en 1908, à La Chapelle-aux-Saints, en Dordogne, la sépulture d’un vieillard. Elle se trouvait dans une fosse, au fond d’une caverne qui contenait des vestiges d’un repas funéraire et d’outils de pierre. Partant de la disposition soignée du corps et de la composition des objets voisins, les archéologues conclurent qu’il s’agissait bien là d’une mise en terre ritualisée. D’autres sépultures furent ensuite trouvées, dans d’autres grottes de la même région, prés du Moustier, puis dans un abri sous roche, à la Ferrassie. Dans tous les cas, les corps avaient été enterrés de façon à les protéger des prédateurs. Ailleurs, les morts avaient été déposés sur des lits de fleurs sauvages, ou recouverts d’offrandes, ce qui laisse imaginer d’émouvantes cérémonies de funérailles.

L’apparition du langage aurait précédé, peut-être d’assez loin, l’émergence du système nerveux central propre à l’espèce humaine, et contribué en fait, de façon décisive, à la sélection des variants les plus aptes à en utiliser toutes les ressources. En d’autres termes, c’est le langage qui aurait créé l’homme plutôt que l’homme le langage. Jacques Monod.

On a maintenant de très nombreux fossiles d’hommes, de femmes, et d’enfants, qui permettent de bien définir le type humain Homme de Neandertal. Il était intelligent et avait une capacité crânienne élevée, de 1200 à 1600 cm3, assez analogue à la notre. La face portait de très gros bourrelets sus-orbitaires, et des larges mâchoires avec de grosses dents, sans menton. La voûte crânienne était basse avec un front un peu fuyant. Ces êtres étaient petits, mesurant 1,50 m environ. Leur masse corporelle dépassait celle de l’homme actuel. La répartition des diverses parties de leurs corps était assez analogue à celle des Esquimaux d’aujourd’hui. Les mâles, en particulier, étaient très forts, extrêmement robustes. Ils taillaient leurs outils de pierre avec une technique particulière, très reconnaissable, qui demandait beaucoup de méthode et d’habileté. Leur industrie caractéristique a reçu le nom de Style Moustérien, en relation avec le lieu des premières découvertes.

En Europe, les Néandertaliens habitaient fréquemment dans les entrées de cavernes, mais ils utilisaient aussi des abris sous roche et des sites de plein air. Ils ont occupé l’Europe occidentale au moins à partir du début de la Glaciation de Würm, la plus froide et la plus hostile, et probablement pendant la période interglaciaire précédente. Cela fait remonter leur arrivée au-delà de 70 000 ans. Ils faisaient facilement du feu. Ils cueillaient des graines et des baies, et chassaient le Rhinocéros laineux et le Renne. De très nombreux outils de raclage permettent de penser qu’ils en utilisaient les peaux, probablement pour se vêtir et se protéger du climat rigoureux. Ils aménageaient les grottes et les abris et fermaient leurs entrées avec des roches, des branches et des peaux d’animaux. D’autres Néandertaliens vivaient sous d’autres cieux et à d’autres époques. On en a trouvé des fossiles et des traces en Afrique, au nord du Sahara, au Liban, en Israël, en Irak, en Éthiopie. Les objets fabriqués et les techniques élaborées de fabrication étaient également typiquement moustériennes, ce qui en démontre la relative unité culturelle.

Avant l’arrivée des Néandertaliens, pendant la Glaciation de Mindel, durant l’épisode interglaciaire qui suivit, l’Europe occidentale était occupée par des hommes plus primitifs, des chasseurs qui venaient probablement d’Afrique, et qui fabriquaient de beaux bifaces de silex et des grattoirs, dits " acheuléens ". On en a trouvé des traces sur les rives de la Somme, de la Seine, et même de la Tamise, mais on sait bien peu de choses. Ces êtres ont dû coexister un certain temps avec les Néandertaliens, puis ils ont énigmatiquement disparu. Ensuite, il y a 35 000 ans, l’Homme de Neandertal disparut mystérieusement, à son tour. On pense souvent que les hommes du Paléolithique supérieur exterminèrent les Néandertaliens, mais cela n’est pas établi.

Certains archéologues sont persuadés que les Néandertaliens étaient anthropophages, (comme les Habilis et les Erectus, et les peuplades primitives, découvertes au 18ème siècle). Fréquemment, les ossements humains trouvés sont grossièrement amassés et mélangés à des déchets culinaires. Ils portent ce que les spécialistes appellent parfois des marques bouchères. Les os longs sont souvent calcinés et brisés pour en extraire la moelle, et ils ont été raclés. Les crânes sont cassés et ouverts pour en extraire le cerveau, et ils ont également été grattés avec soin. On a même trouvé un éclat de silex à l’intérieur de celui d’Arago XXI, l’Homme de Tautavel.

Vers 1860, on découvrit en Dordogne, dans une grotte des Eysies, une sépulture contenant un groupe d’ossements bien conservés. Il comportait le crâne d’un homme âgé d’environ 50 ans, le squelette d’une femme enceinte, et ceux de deux autres hommes. Deux corps portaient la marque de blessures partiellement cicatrisées. D’autres sépultures furent ensuite découvertes ailleurs. Les corps étaient souvent placés en position fœtale et accompagnés de bijoux, comme dans la Grotte des Enfants en Italie. On y trouva les restes embrassés d’une femme et d’un enfant. La femme portait un bracelet au poignet et la tête de l’enfant portait quatre rangs de perles, probablement cousues autour d’un bonnet.

Les hommes de Cro-Magnon sont nos ancêtres.

Nous les appelons Homo Sapiens, ou Hommes de Cro-Magnon. Ils ressemblaient beaucoup à l’homme moderne. Ils étaient peut-être un peu plus massifs, avec des mains et des pieds très larges. Leur taille approchait 1,80 m. Ils différaient donc des Néandertaliens par l’aspect physique. Il avait également une autre culture, des techniques plus efficaces, presque industrialisées, des armes perfectionnées, et un outillage différent, plus spécialisé.

Il y a trente-cinq mille ans, la culture moustérienne disparut simultanément, à peu prés partout, en Europe et ailleurs, sans que l’on puisse établir que l’apparition des Cro-Magnon ait été synchrone. L’apparition des techniques ultérieures, plus modernes, dont nous parlons, n’a pas suivi la même chronologie. Elles sont généralement rattachées à l’installation des nouveaux venus, mais il semble que les anciennes techniques moustériennes de production d’éclats aient perduré dans les déserts et les régions écartées, au moins sous une forme mêlée aux nouvelles. La branche des Néandertaliens s’éteignit donc progressivement à ce moment, mais l’Homme moderne n’apparut pas toujours aussitôt. Parfois les deux cultures et les deux technologies semblent avoir été présentes aux mêmes endroits et aux mêmes époques, mais on constate aussi de très longs intervalles dans la succession des deux peuplements.

Afin de clarifier l’étude et de schématiser rapidement la succession des étapes de l’aventure humaine en ces temps d’usage des pierres, taillées ou polies, on distingue habituellement plusieurs grandes périodes d’après leur profondeur stratigraphique.

  • Le paléolithique inférieur, comprenant le Chelléen ou Abbevilléen, l’Acheuléen, et le Clactonien. C’est une époque très primitive, utilisant des rognons de silex cassés dits bifaces. Elle est associée aux Homo habilis et erectus.

  • Le paléolithique moyen, avec le Lavoisien et le Moustérien. Cette époque porte la marque des techniques néandertaliennes. On y utilise des outils véritables, en pierres soigneusement taillées et débitées en lames.

  • Le paléolithique supérieur, caractérisé par l’apparition des parures, et des objets en os. Mais ce qui marque le plus cette époque est l’éclosion d’un sens artistique remarquable, dont les réalisations nous étonnent encore aujourd’hui. Elle marque l’arrivée des hommes de Cro-Magnon.

  • Le mésolithique, qui est une époque de transition. On voit apparaître des outils plus nombreux et plus spécialisés, des débuts de polissage et des productions artistiques grossières.

  • Le néolithique, pendant lequel apparaît la pierre soigneusement polie, la poterie cuite au feu, et divers progrès qui se poursuivirent au moins jusqu’à la découverte des métaux.

Nous abandonnerons ici l’examen des stades primitifs qui correspondent aux premiers stades de l’évolution psychique et physique de l’humanité. Nous allons nous pencher sur les trois dernières époques, les plus proches de nous et les plus riches en témoignages, et nous abordons donc maintenant l’histoire de l’Homme de Cro-Magnon, qui est le vrai début de notre propre histoire. Celle-ci ne s’est pas faite en un jour. Des évaluations basées sur des critères géologiques placent l’engagement progressif de la dernière phase glaciaire vers 120 000 ans avant nos jours. Le début du paléolithique supérieur daterait alors de 50 à 70 000 ans. On distingue plusieurs grandes périodes en son sein. Pour les commodités détaillées d’étude, divers stades technologiques ont été finement caractérisés. Ils ne sont cependant pas présents partout.

Citons néanmoins pour mémoire.

  • L’Aurignacien, inférieur, moyen, et supérieur.

  • Le Solutréen, inférieur, moyen, et supérieur.

  • Le Magdalénien, dernière culture des périodes glaciaires.

Nous pourrions passer plus de temps dans l’examen attentif des diverses technologies qui ont marqué ces différents stades. C’est là un travail qui peut surtout passionner les spécialistes. Il semble cependant plus intéressant de parler des aspects beaucoup plus particuliers que sont les rites funéraires, peut-être initiatiques ou religieux, la fabrication de parures et de bijoux et, surtout, les très remarquables productions artistiques, sculptures, gravures, modelages, art pariétal, (dessins et peintures).

Avant de parler de ces expressions culturelles préhistoriques, il faut poser quelques bases. Au début du paléolithique, un climat relativement doux régnait sur l’Europe et l’Amérique du Nord. Il devint progressivement, et par à-coups, beaucoup plus sévère. Les populations qui vivaient à l’air libre durent se réfugier dans des cavernes, en expulser les dangereux occupants, et se couvrir, donc fabriquer des vêtements. La chasse et la pêche devinrent plus aléatoires. Les conditions plus difficiles d’existence nécessitèrent l’invention d’armes et d’outils plus performants. Les premiers progrès dans l’outillage sont constatés dés le Moustérien, avec le début de l’utilisation d’objets fabriqués en os plutôt qu’en pierre. Ils correspondant à l’arrivée du froid. C’est au Magdalénien que les perfectionnements de la technologie de l’os acquirent tous leurs développements. ( Pointes d’armes diverses, harpons, poinçons, aiguilles avec chas, spatules, hameçons, propulseurs ). On faisait aussi en os de précieux bâtons coudés, ornés, et percés d’un trou. Ils semblent avoir été des outils à produire le feu par friction, ( Ce sont probablement des manivelles servant à mettre en rotation rapide une baguette flexible sur un socle en bois dur ). D’autres matériaux, bois de renne et ivoire, furent également utilisés, tant pour la fabrication d’outils délicats que pour la production de parures et d’objets d’art mobiliers. On voit aussi apparaître la technique du modelage en argile et une importante utilisation de l’ocre rouge.

La localisation de la culture du paléolithique supérieur est extrêmement large. On répertorie environ cent vingt sites dans la seule Europe méridionale, mais il y en a bien d’autres ailleurs, par exemple en Afrique du Nord, Afrique australe, Asie. Dans l’Europe de l’Est, pays de steppe, où les cavernes calcaires manquent, les hommes durent survivre en plein air. Ils chassaient le mammouth et ils utilisèrent ses os et ses défenses pour établir les charpentes de leurs huttes couvertes de peaux.

Les hommes du Paléolithique enterraient leurs morts.

Un aspect caractéristique de cette culture est la pratique d’un rituel funéraire. Dans la Grotte des Enfants, citée plus haut, on trouva d’autres sépultures d’enfants dont les corps portaient des souvenirs de vêtements garnis de nombreuses coquilles percées.

L’aurore apparaissait !

L’aurore apparaissait ; quelle aurore ! Un abîme
D’éblouissement , vaste, insondable, sublime ;
Une ardente lueur de paix et de bonté !

(Victor Hugo - d’Ève à Jésus )

En ce qui concerne la paix et la bonté, l’aurore n’est pas encore arrivée, même de nos jours. Néanmoins, au Paléolithique supérieur, l’art joua indéniablement un rôle très important dans ses expressions graphiques telles le modelage, la gravure, le dessin et la peinture. Ce sont les seules formes qui sont parvenues jusqu’à nous. Nous avons cependant des indices permettant de penser que d’autres formes d’expression étaient pratiquées, telles la musique et la danse. Des peintures rupestres, plus tardives, dans le Tassili, montrent des danseurs en action. Vingt millénaires séparent ces représentations africaines des activités artistiques dont les témoins ont été retrouvés en Europe, surtout en France et en Espagne, seuls pays dans lesquels existent des cavernes calcaires propices à la conservation des œuvres.

La première difficulté surgit lorsque les archéologues tentent de dater l’art magdalénien, et particulièrement les peintures rupestres. Cela ne peut être fait qu’en les mettant en relation avec les fossiles et les objets découverts dans les niveaux archéologiques fouillés par les chercheurs. Les uns ou les autres manquent la plupart du temps. On s’accorde actuellement pour situer son apparition il y a trente mille ans, en lui donnant une durée probable d’environ vingt mille ans, jusqu’à la fin de la dernière glaciation. C’est une période à la fois très ancienne et très longue, pendant laquelle beaucoup d’événements se sont produits.

En raison du considérable étalement dans le temps, associé à la très large dispersion dans l’espace, on pouvait s’attendre à une grande variabilité dans les réalisations. Ce n’est pas vraiment le cas. Les artistes, les styles, et les façons ont énormément changé au fil des siècles et selon les lieux, mais les œuvres retrouvées montrent l’utilisation réitérée d’un système figuratif relativement constant, sans variation importante des méthodes et des thèmes au travers de l’écoulement des millénaires.

Leur tradition artistique soudaine a duré vingt mille ans.

Il semble que l’on soit en présence d’une tradition artistique qui produisit un seul développement homogène et unilinéaire pendant des dizaines de milliers d’années. C’est dans cette extraordinaire constance et en cette durabilité exceptionnelle que résident les plus grandes difficultés d’interprétation. Une nouvelle difficulté est rencontrée lorsque l’on considère l’immédiate perfection des réalisations. On est bien en face d’une apparition soudaine et non d’un perfectionnement progressif. Il ne semble pas y avoir eu d’apprentissage graduel entre les niveaux profonds et ceux plus récents. Malgré les différences de qualité constatées, normales car elles sont le fait d’artistes différemment doués, les techniques sont d’emblée achevées et conventionnelles. On a envisagé que leur mise au point a été progressive, et qu’à son début, elle a été momentanément réalisée sur des supports périssables, bois ou peau, avant d’adopter des supports permanents. C’est possible, mais non certain.

La découverte de l’art des cavernes entraîna les mêmes grandes incompréhensions que celle des fossiles. Les premiers découvreurs rencontrèrent une très vive opposition. Le marquis de Sautuola, avec la grotte d’Altamira, au Nord de l’Espagne, fut même accusé d’avoir employé un peintre madrilène pour exécuter des faux sur les murs de la caverne. On ne lui rendit justice qu’après sa mort. Les incrédules ne furent enfin convaincus que lorsque l’on montra que certaines peintures étaient partiellement recouvertes de dépôts archéologiques ou calcaires, anciens mais datables et plus récents qu’elles.

Les objets de l’art magdalénien européen sont partagés en deux catégories. L’une concerne les petits objets portatifs décorés, armes, outils, figurines, galets peints. L’autre comporte les objets non transportables, tels les gravures et peintures, ( et accessoirement quelques sculptures et modelages ), trouvés sur les murs des cavernes, des abris sous roche, ( très rarement sur des dalles extérieures ).

Les objets de la première catégorie, les portables, ou mobilier, comportent surtout des menus objets en os, en ivoire, ou en bois de renne, gravés, et des galets peints. Ils sont assez nombreux et posent déjà des problèmes. Citons la tête de biche gravée sur os, trouvée à Altamira, dans un dépôt solutréen relativement ancien. Une autre tête, tout à fait identique fut trouvée dans la grotte d’El Castillo, gravée sur la paroi. Les deux gravures durent être exécutées à la même époque par le même artiste. Cela est une découverte réellement très rare. D’autres objets sont des figurines d’os ou d’ivoire représentant des animaux et parfois des humains. Dans ce cas la plupart des représentations concernent des femmes nues. Certaines statuettes sont très jolies, de formes douces, fort finement sculptées, tandis que d’autres, telles la Vénus de Lespugue ou celle de Willendorf, exagèrent démesurément les caractères sexuels secondaires. Une figurine en os, trouvée en Sibérie, représente un homme vêtu d’une sorte d’anorak fait de peaux. Une autre gravure très exceptionnelle, réalisée sur un os plat, représente un bison démembré dont ne subsiste que la tête avec la colonne vertébrale disséquée. Deux pattes sont posées devant la bête. Plusieurs hommes, de part et d’autre, semblent participer à un partage traditionnel ou à un banquet.

Dans la seconde catégorie, les objets fixes consistent essentiellement en représentations d’animaux très nombreuses, très réalistes et très détaillées. On trouve assez peu de figurations humaines, peintes ou gravées, tout au moins sous forme explicite, ce qui n’exclut pas une évocation symbolique. Cela est certainement le résultat d’une volonté délibérée des artistes. Il y en a cependant un certain nombre, comme la " Vénus de Laussel ", qui représente une femme nue, (exagérément dotée et portant une corne de bison dans la main), profondément gravée en relief dans du calcaire, ou comme le très célèbre " Sorcier de la grotte des Trois Frères ", en Dordogne, qui semble plutôt être une créature composite. Il y a aussi des mains humaines, positives et négatives, assez nombreuses.

Les trois technologies de base employées pour réaliser ces représentations sont la peinture, la gravure, et le bas-relief, utilisées seules ou en combinaison. La peinture a été très abondamment utilisée. Il faut reconnaître qu’elle était, sur le plan technique, la méthode la plus facile. Souvenons-nous que les outils utilisables pour graver et sculpter la pierre calcaire ou les os, étaient d’autres pierres, des silex éclatés, et non pas des ciseaux et des burins sur lesquels on pouvait frapper avec un marteau. La réalisation d’un grand bas-relief aux volumes profonds, qui peut nous sembler aujourd’hui maladroitement exécuté, a dû nécessiter des efforts considérables. Il représentait probablement un sommet de l’art des cavernes.

Comparativement, l’application de peinture était bien plus facile. Le décalque de mains, négatives par la technique du pochoir, ou positives par celle de l’impression, l’était encore bien plus. Pour s’éclairer, les peintres utilisaient de petites lampes de pierre, à huile ou à graisse, dont on a retrouvé quelques exemplaires, et des torches résineuses. Les pigments utilisés étaient naturels, blanc de calcite, ocre jaune, rouge, brun, de toutes nuances, oxydes colorés, noir et violet de manganèse. Si des teintes organiques ont été utilisées pour d’autres couleurs, elles n’ont pas subsisté et ne sont pas parvenues. Les peintures sont souvent polychromes, parfois rehaussées d’un contour gravé. Les dessins sont très souvent superposés sur certains panneaux, alors que d’autres panneaux voisins restent libres et complètement vierges. Différentes façons ont été relevées. Elles vont du simple tracé digital des contours jusqu’à la peinture décorative extrêmement détaillée reproduisant les couleurs des pelages et les particularités remarquables des différentes espèces.

Les animaux représentés appartiennent généralement à la faune du Pléistocène supérieur. Ce sont de grands herbivores, bisons, chevaux, bœufs sauvages et parfois bœufs musqués, bouquetins, rennes, cerfs et cerfs géants fossiles, rhinocéros laineux, mammouths et parfois éléphants antiques. On y trouve aussi quelques carnivores, ours et lions des cavernes, des poissons et quelques oiseaux. Chose importante, on relève également des signes énigmatiques nombreux, répétitifs et standardisés, tectiformes, penniformes, ou autres, qui sont peut-être des symboles annonçant l’invention de l’écriture.

Il y a beaucoup de chevaux et de bisons.

Ce sont les animaux les plus fréquents dans ces peintures. La représentation des chevaux est généralement très fidèle et très soignée, au point que l’on peut parfaitement identifier les espèces. Les images sont souvent colorées. On trouve des chevaux entièrement noirs, d’autres bruns ou bicolores, ou même magnifiquement pommelés avec une abondante crinière. Plus de vingt-deux modèles différents de chevaux ont été relevés dans l’ouvrage de P.Ucko et A.Rosenfeld. Les bisons ont un profil caractéristique, avec une nuque bossue, assez marquée par rapport à un arrière-train effacé. Ils sont également représentés avec beaucoup de détails et une perspective assez conventionnelle. Ils sont souvent associés à des aurochs ou des bœufs sauvages. Dans certaines représentations, les détails des colorations, tête noire et corps brun très foncé pour les mâles, brun clair avec une bande pâle sur le dos pour les femelles, ainsi que la forme particulière des cornes, ont permis de se faire une idée assez précise de l’aspect qu’avaient dans le passé ces espèces disparues. Les bœufs musqués sont bien plus rares.

Les cervidés, en plus faible nombre, comptent également plusieurs espèces. Le cerf commun est le plus fréquemment représenté, parfois avec des bois manifestement excessifs. On trouve aussi des rennes, un cervidé disparu, le Mégaloceros ou cerf géant, qui avait de très grands bois palmés, (comme les petits bois des daims), et d’autres familles, bouquetins, chamois, quelques carnivores, et quelques oiseaux et poissons. Quelques représentations concernent des animaux inconnus, ou des êtres imaginaires ou mythiques, créatures composites, rassemblant les traits caractéristiques de plusieurs espèces. Il y a aussi des représentations humaines en nombre relativement faible, (Cependant moins qu’on ne l’a dit ), et beaucoup de mains de tailles diverses, parfois des pieds, en impressions négatives, cernées de couleur, ou positives, souvent de couleur rouge ou brune, rarement noire, blanche ou jaune. Un ou plusieurs doigts manquent parfois, ou sont plus courts.

Il est souvent difficile de déterminer si une figure animalière donnée fait partie ou non d’un groupe ou d’un panneau d’ensemble, car aucune ligne de base n’est posée et aucun arrière-plan végétal ou paysager n’est jamais représenté. Les représentations groupées sont souvent orientées différemment, debout, penchées, et même renversées. Elles sont fréquemment superposées, et on ne trouve aucune véritable convention cohérente d’échelle. C’est pour cela qu’on a pu dire que la caractéristique majeure de cet art résidait dans l’absence de scènes, et qu’il était donc inutile d’y chercher le récit d’un épisode vécu. C’est ce que cherchaient les premiers interprètes qui imaginaient par exemple des compositions présentant des épisodes de chasse ou de combats. Plus tard, ces interprétations ont été critiquées, et on en est venu à considérer que les panneaux eux-mêmes étaient l’objet cherché. Ils n’avaient rien à raconter car ils constituaient en fait les scènes dont on regrettait l’absence.

On a voulu expliquer rationnellement ces images.

La première théorie élaborée fut celle dite de l’art pour l’art. L’art paléolithique n’aurait eu qu’un rôle purement décoratif, Il était destiné à rendre le cadre de vie plus agréable, et il n’était en aucune façon lié à une recherche métaphysique ou une activité religieuse. Cette théorie simpliste ignorait parfaitement les difficultés d’accès des œuvres réalisées et les constants rapports établis par les sociétés primitives entre l’homme et les espèces vivantes, (ou les phénomènes naturels). Ces rapports débouchent sur des systèmes de croyances et des pratiques de comportements qui constituent l’ossature structurante des religions entretenues par ces sociétés. On pourrait citer la croyance en la séparation du corps et de l’âme, (constatée par les rêves), le culte des ancêtres et surtout le totémisme et le système de clans.

Il ne tuera pas cet animal, il est son frère et il sait son nom.

La seconde théorie, élaborée par Reinach, fut celle de la magie sympathique. Elle était appuyée par des arguments tendant à établir l’existence de liens entre l’art paléolithique et des pratiques magiques, en particulier celles reliées à la chasse et à la fécondité. La plupart des représentations concernent des animaux comestibles. Les localisations sont difficiles d’accès. Les pratiques de magie sympathique sont largement répandues chez les peuplades primitives actuelles. On voit que les convictions de Reinach se réfèrent à des parallèles ethnographiques établis entre les sociétés primitives récemment découvertes, par exemple celles des aborigènes australiens, et les sociétés paléolithiques. Tout en admettant secondairement un aspect totémique accessoire, il transposait fondamentalement les pratiques des premiers aux seconds en posant l’hypothèse de la permanence des comportements évolutifs, demeurant identiques à travers le temps et l’espace.

L’abbé Breuil est une autre personnalité dont les opinions ont grandement influencé l’étude de l’art paléolithique. Cependant ses travaux ont porté bien plus sur l’inventaire et la datation des œuvres que sur la recherche de leur interprétation. Il adopta assez facilement les thèses de Reinach tout en reconnaissant que la signification était peut-être totémique, fétichiste ou religieuse.

" Quand nous visitons une caverne, nous pénétrons dans un sanctuaire où se sont déroulées des cérémonies sacrées ".

Breuil élargit la théorie de Reinach, en y ajoutant des interprétations relatives à la présence occasionnelle d’animaux féroces, et surtout en prenant en compte le mobilier et les éléments découverts dans les abris sous roches et les sites d’habitat à ciel ouvert. Il assimila certains signes associés aux figures à des représentations de flèches ou d’armes. Une contribution intéressante de l’abbé concerne l’identification de signes géométriques tectiformes, dont la signification fut largement débattue. Breuil la reliait à son approche religieuse de l’art des cavernes, et il y voyait une évocation des esprits ancestraux.

Autre figure importante de l’exploration des cavernes ornées, le comte Begouen interprétait les peintures de la même façon que l’abbé Breuil. Il travailla beaucoup plus sur les tectiformes, et proposa de nouvelles hypothèses, supposées plus réalistes, concernant les traces matérielles laissées par les pratiques magiques éventuelles et la façon dont les rites étaient pratiqués. C'est ainsi qu’il proposa de voir la représentation véritable d’un sorcier dans la figure anthropomorphe de la grotte des Trois Frères, qu’on nomma ensuite " Le Sorcier ".

Une nouvelle révolution de pensée survint vers 1945. Elle fut l’œuvre d'un jeune ethnologue passionné de préhistoire, André Leroi-Gourhan, auteur de la " Préhistoire de l’art occidental ". Il écrit. La matière que j’ai utilisée, est constituée par les deux mille cent quatre-vingt-huit figures d’animaux réparties en soixante six cavernes ou abris décorés que j’ai étudiés.. Par ordre de fréquence, j’ai pu compter six cent dix chevaux, cinq cent dix bisons, deux cent cinq mammouths, cent soixante-seize bouquetins, cent trente-sept bœufs, cent trente-cinq biches, cent douze cerfs, quatre-vingt-quatre rennes, trente-six ours, vingt-neuf lions, quinze rhinocéros, huit daims mégacéros, trois carnassiers imprécis, deux sangliers, deux chamois, six oiseaux, huit poissons, neuf monstres.

Cette citation établit la méthode d’André Leroi-Gourhan. Il se base prioritairement sur des analyses chiffrées précises et des statistiques. Il part d’une conviction, celle que des œuvres artistiques analogues rencontrées dans des cultures différentes n’impliquent pas des causes identiques et n’ont pas les mêmes significations. Il n’admet pas les comparaisons ethnographiques utilisées précédemment. Il postule que toute interprétation doit d’abord se fonder sur les œuvres paléolithiques elles-mêmes, leur analyse statistique et la compréhension de leur répartition topographique. Leroi-Gourhan distingue la présence de zones différentes et bien caractérisées malgré les tracés variés des différentes grottes. Il les classe en trois catégories, et y constate des associations constantes qui paraissent porter un message significatif.

 

  • Les parois dégagées ou centres d’un panneau. Elles portent plus de 80% des bisons, aurochs, chevaux, et signes pleins.

  • Les parois marginales de transition ou de passage. Elles supportent plus de 78% des bouquetins et des mammouths.

  • Le fond, dernier diverticule ou marge extrême de panneau. Ils montrent 75 à 80% des cerfs, félins, ours et rhinocéros.

Si le message existe réellement, il doit respecter une syntaxe pour être compréhensible. Trois modes étaient possibles.

  •  
  • Le mythogramme, ou disposition des figures symboliques autour d’un point central comme cela est réalisé dans un tableau.

  • Le pictogramme, ou alignement dans un ordre chronologique d’une succession des figures racontant une histoire.

  • L’écriture, mode dans lequel les figures représentent des unités symbolisant des éléments du langage verbal.

 

Partant de considérations raisonnables, le chercheur considère qu’il s’agit de mythogrammes. Reste à les interpréter. Si nous admettons que les anciens hommes du paléolithique avaient élaboré une image cohérente du Monde, elle aurait pu engendrer des pratiques magiques destinées à assurer la maîtrise des événements extérieurs. Les œuvres pourraient être des restes accumulés de ces pratiques, et témoigneraient d’opérations magiques successives, non reliées entre elles.

Mais les grottes ont pu être utilisées comme un décor, c’est-à-dire un cadre conventionnel au sein duquel se déroulait traditionnellement quelque chose, ceci pouvant éventuellement être l’expression renouvelée d’un mythe, d’un rituel métaphysique, ou l’amorce d’une religion. On considérerait alors un cadre superstructurel, un modèle général sur lequel la société paléolithique pouvait établir tout un ensemble détaillé et varié de préceptes moraux ou comportementaux, aussi bien que des opérations pratiques, magiques ou religieuses. Dans ce cas, les superpositions et les associations s’expliquent, en particulier par l’affectation traditionnelle des différentes zones aux expressions convenues. Reste à réfléchir sur le contenu des assemblages de figures, masculines et féminines, de chevaux, de bisons ou d’aurochs, d’animaux associés, et de signes concomitants. Souvenons-nous que ces assemblages ont perduré pendant vingt mille ans, ce qui est une durée incroyablement longue pour un système de représentation mythique.

" Mais, dit André Leroi-Gourhan, s’agit-il de l’expression du contenu d’un mythe. Ne s’agirait-il pas plutôt du contenant? Dans l’immense durée considérée, le même cadre figuratif a pu exprimer des concepts métaphysiques différents et des mythes progressivement transformés ".

Il montre qu’avec les quatre vivants, l’aigle, le lion, le taureau, et l’homme, on a l’exemple moderne d’un thème figuratif apparu à l’Âge de Bronze et conservé jusqu’à nos jours, quoique chargé de significations différentes, au fil du temps, et qui servit vingt religions jusqu’aux évangélistes chrétiens.

" Il est en effet possible d’atteindre par la démonstration une raisonnable certitude du fait que les hommes du Paléolithique, vingt millénaires avant la fin de la dernière glaciation, ont versé dans leurs images de bisons et de mammouths, des sentiments qui répondaient à ce qu’est pour nous la religion, mais rien ne nous permet d’emblée de restituer comment ils pensaient cette religion. Notre pensée, issue des développements des civilisations classiques, a évolué dans un sens tel qu’il est difficile de comprendre sans effort la pensée même des Australiens qui sont pourtant encore vivants. A plus forte raison est-il hasardeux de construire des croyances d’hommes qui ont vécu des millénaires avant l’apparition de l’écriture ".

A la position de Leroi-Gourhan, il faut absolument associer la démarche d’Annette Laming-Emperaire. Elle est très analogue, quoiqu'elle distingue subtilement les œuvres réalisées dans l’obscurité des cavernes de celles exécutées à la lumière du jour dans les abris sous roches, et qu’elle renverse les représentations symboliques masculines et féminines. En raison de leur proximité conceptuelle, on couple souvent les études relatives aux deux novateurs.

Résumons ici les points qui leur paraissent acquis. La caverne est intégrée au schéma fondamental, et ses accidents naturels sont exploités. Il y a concomitance dans la présence des chevaux et des bovidés, et l’on constate un couplage constant avec la présence des signes masculins et féminins. La présence d’une polarisation sexuelle est évidente. Elle offre toutefois une particularité d’abstraction car aucune scène d’accouplement n’est connue, et les animaux ne portent pas leurs caractères sexuels primaires. Concernant l’interprétation qui pourrait être faite de ses travaux, André Leroi-Gourhan reste toutefois prudent. Je vous propose d’utiliser sa propre conclusion pour clore l’exposé de sa théorie.

" On peut, pour obtenir la couche la plus profonde du dispositif religieux paléolithique, ajouter à ce schéma fondamental, (femme-homme, bovidé-cheval), la présence pratiquement constante d’un animal complémentaire. A un niveau plus élevé transparaîtraient des concepts d’assimilation de scènes à des signes, tels la blessure à la main de la femme, etc.. En conclusion, les thèmes qui se dégagent de l’art paléolithique sollicitent plus directement la psychanalyse que l’histoire des religions... On aurait pu s’attendre à trouver dans l’analyse globale des documents, ce qui constituerait le substrat de la pensée métaphysique. Celle-ci et la magie opératoire ne peuvent apparaître qu’après l’implantation du décor. C’est le rôle de la recherche future que d’établir sur les variantes, leur image nuancée de la religion paléolithique ". ( Pr. André Leroi-Gourhan - Deux extraits de l’article sur " La religion des cavernes " dans Science et Avenir N° 228 ).

Les millénaires ont coulé.

 

La Terre s’est réchauffée. Et, il y a dix mille ans, les hommes ont abandonné tout à la fois les cavernes et les traditions culturelles qu’elles contenaient. Puis le fleuve du temps a tout emporté dans les mystères du passé. Mais le temps avait oublié des témoins de l’Âge de Pierre dans un recoin perdu du Pacifique Sud. Pauvres en géographie, l’île de Nouvelle Guinée nous est très mal connue. Elle est cependant la plus grande des îles, après le Groenland et l’Australie, qui doivent être considérés plutôt comme de continents. Pour information, voici les surfaces de ces immenses terres lointaines.

La Nouvelle Guinée 785 000 Km2
Bornéo 736 000 Km2
Madagascar 592 000 Km2
Le Groenland 2 170 000 Km2
L’Australie 7 686 000 Km2

En 1930, trois chercheurs d’or découvrirent, dans le centre de la Nouvelle Guinée, une grande population de Papous, ignorée jusqu’alors. Elle comptait un million de personnes, dont 250 000 dans une seule vallée. Complètement coupés du reste du monde, et quoique nos contemporains, ils en étaient restés à l’âge de pierre. Tout au long de leur expédition, les chercheurs ont tourné un film. Celui-ci a été montré cinquante ans plus tard aux acteurs des deux groupes qui sont encore vivants.

Il s’agit de First Contact, un document australien de Bob Connely et Robin Anderson. Les hommes primitifs derniers anthropophages connus d’alors, parlent maintenant anglais et sont intégrés dans notre monde actuel. Ils racontent comment ils vécurent les événements de la rencontre, leurs impressions, leurs terreurs, surtout devant les avions, et leurs souvenirs. Pour un temps ils ont pris les explorateurs blancs pour la réincarnation des ancêtres. Puis le chef explora les latrines et reconnu le caractère simplement humain des visiteurs. Le contact devint alors meurtrier lorsque le chef décida d’attaquer l’expédition pour s’approprier les équipements. Les sagaies affrontèrent les fusils inconnus. Les anciens se souviennent des péripéties du combat et même des prénoms de leurs proches tués pendant la bataille.

Le film est un étonnant raccourci de l’évolution. Ces hommes ont parcouru en cinquante ans, avec une accélération cinq cents fois plus rapide, le chemin que les autres firent en vingt-cinq mille. Chose tout à fait surprenante, ils ont assez bien supporté l’épreuve. Ce sont cependant des hommes actuels. Il ne faut pas les confondre avec ceux du paléolithique, ni faire de comparaisons hâtives car vingt millénaires les séparent. Le document montre aussi les mœurs tristement humaines, de ces primitifs qui n’hésitaient pas à tuer pour se procurer ce qui leur faisait envie.

Puis les hommes modernes ont effacé ces derniers oublis du temps. La rivière de la vie et celle du temps se sont réunies jusqu’à constituer ce grand fleuve qui emporte le Monde. Lorsque notre conscience nous permet parfois d’aborder sur ses rives, nous regardons, hypnotisés, ses eaux couler, et nous ne savons plus très bien si le fleuve descend vers nous, ou si nous en remontons le cours. Dans la réalité, cependant, toutes les eaux vont à la mer.

Devant nos yeux, les eaux du fleuve,
de l’avenir, par le moment présent, vont au passé,
inévitablement.

Krisnamurti ressentait fortement tout cela. Retrouvons ces perceptions super conscientes d’avant l’aurore, telles qu’il les exprima dans des notes rédigées de façon fortuite dans ses dernières années de sa vie.

Sensation de clarté insolite, exigeant toute l’attention. Le corps sans mouvement aucun, d’une immobilité complète, sans effort et sans tension. Un phénomène curieux se déroulait à l’intérieur de la tête. Un fleuve superbe et large coulait, ses eaux abondantes puissamment comprimées entre de hautes masses de granit poli. Sur chaque rive de ce vaste fleuve, la roche était étincelante, aride à toute plante, au moindre brin d’herbe. Il n’y avait rien d’autre que le roc brillant, se dressant jusqu’à des hauteurs défiant le regard. Le fleuve avançait silencieux, sans un murmure, indifférent. Cela se produisait réellement, ce n’était pas un rêve ni une vision ou un symbole à interpréter. Cela avait lieu, là, sans aucun doute. Ce n’était pas le fruit de l’imagination. Aucune pensée n’aurait pu inventer cela, c’était trop immense et réel pour qu’elle puisse le concevoir. L’immobilité du corps et le mouvement de ce grand fleuve coulant entre les parois granitiques du cerveau, tout cela a duré une heure et demie, exactement. Par la fenêtre ouverte, les yeux pouvaient voir l’aurore naissante. On ne pouvait se tromper sur la réalité de ce qui avait lieu ". (J. Krisnamurti - le 8/8/61 - Gstaad, Suisse).

Conclusion

Voilà un petit peu de tout ce que l’on peut dire des origines.
Nous allons nous arrêter ici sur la conclusion d’une méditation de Krisnamurti, laquelle peut aussi inviter la nôtre.

Le passé et l’inconnu
ne peuvent se rencontrer.
Aucun acte, quel qu’il soit,
ne peut les rassembler.
Aucun pont ne les relie,
Aucun chemin n’y conduit.
Ils ne se sont jamais rejoints
et ne se joindront jamais.
Le passé doit cesser pour que puisse être
cet inconnaissable,
cette immensité.

( J.Krisnamurti - le 23//1/62 - Delhi. Inde ).

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