Accueil Livres Cahiers Florilège Galerie Carnet Auteur E-mail Copyright Plan du site Télé-chargements

 

Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 44 - JUNG - du Livre Rouge à la Fleur d'Or.

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   
 

Table des Matières interactive.

Introduction.
Le moi et l'inconscient.
L'individuation.
 Mysterium conjunctionis. (Les Symboles).

 Mysterium conjunctionis. (Le Roi et la Reine).
Le Mystère de la Fleur d'Or.

Le Livre Rouge.
Liber novus liber & secundus.
Autres aspects du Livre rouge.

Accéder aux images et illustrations du livre.
Moteur de recherche & Barre de navigation.

Les flèches vous ramènent ici
 
Outil de recherche dans tout le site, avec des mots clés - Search in all the site, using key words
Moteur spécial de recherche interne  Google ---> 

JUNG - Du Livre Rouge à la Fleur d'Or.

Introduction

 

 

Carl G. Jung naquit le 26 juillet 1875 en Suisse, et mourut le 6 juin 1961. Son père était un pasteur luthérien allemand qui lui enseigna le latin, et sa mère assez dépressive était férue de spiritisme. Après une adolescence difficile, voire douloureuse, Carl Jung s'intéressa à la philosophie, à la littérature médiévale, aux sciences naturelles et à la religion, puis devint assistant à la clinique psychiatrique de l’université de Zurich et s'y familiarisa avec le milieu psychiatrique. Il rencontra Freud en 1907, mais leurs approches divergentes de la psychologie les fit se séparer en 1910. Carl Jung se maria en 1903 avec Emma Rauschenbach avec laquelle il eut cinq enfants. Elle était également psychothérapeute et l'auteur de "Animus-Anima" et de "La légende du Graal".  Pour approfondir ses recherches et préparer son activité de psychiatre, Carl Jung voyagea souvent ce qui lui permit de connaître les États Unis et la pensée indienne, les Indiens d'Arizona et du nouveau Mexique, la Texas et la Nouvelle Orléans, Il se rendit aussi au Maghreb et en Ouganda où il découvrit le système religieux des Hopis, fondé sur la prédominance du soleil, puis il visita l'Égypte et le Soudan, les tribus du Kenya, l'Inde et y étudia la pensée orientale. Chercheur passionné, il écrivait beaucoup et on lui doit de nombreux ouvrages en particulier sur "l'inconscient collectif", "le concept d'individuation"," Psychologie et alchimie", puis l'apparition surprenante de la "synchronicité" étudiée avec von Pauli et les ouvrages traitant de la symbolique alchimique. Il fonda de son vivant deux centres de recherches, "La société suisse de psychologie pratique, en 1945" et "l'Institut C.G. Jung, en 1948" à Küsnacht où il résidait.

Carl Gustav Jung

Jung rencontra Freud  à Vienne, et exprima son accord sur l'importance du transfert dans le traitement des désordres psychiques. Il adhéra d'abord aux positions de Freud. Leur relation se consolida à partir de 1907 et les deux hommes échangèrent près de 360 lettres en huit années. Cependant, dès leurs premières rencontres, un désaccord apparut concernant la primauté donnée par Freud aux facteurs sexuels. Jung en parla dans son livre "Ma vie" : "J'ai encore un vif souvenir de Freud me disant : "Mon cher Jung, promettez-moi de ne jamais abandonner la théorie sexuelle. C'est le plus essentiel ! Voyez-vous, nous devons en faire un dogme, un bastion inébranlable." Je lui demandai : "Un bastion - contre quoi ?" Il me répondit: "Contre le flot de vase noire de l'occultisme !" Ces mots "bastion" et "dogme" choquèrent Jung, car ils  lui semblaient révéler une volonté personnelle de puissance. Ce choc altéra leur amitié. Jung comprit qu'il ne pourrait jamais adopter la position de Freud qui semblait entendre par "occultisme" tout ce que la philosophie, la religion et la parapsychologie naissante pouvaient dire de l'âme. Or, c'était justement cet "occultisme" que Jung voulait comprendre et explorer. « Mon âme, où es-tu? M’entends-tu? Je parle, je t’appelle, es-tu là ? », écrit-il en 1913 au bord du lac de Zurich. Les idées de deux hommes divergèrent donc progressivement, et Jung devait dire plus tard au Dr Bernhard Baur-Celio : " Mais il est encore une chose que je voudrais vous dire : Ce qu'on appelle exploration de l'inconscient dévoile en fait et en vérité l'antique et intemporelle voie initiatique. ../.. Seul un "chevalier" risquera "la queste et l'aventiure".  Rien ne disparaît définitivement, c'est l'effrayante découverte de tous ceux qui ont ouvert cette porte.  Mais l'angoisse primordiale est si grande ../.. qu'on n'a rien vu derrière cette porte ../.. Cette porte, toute banale, ouvre sur un étroit sentier ../.. que bien peu seulement ont suivi, ../.. qui mène au secret de la métamorphose et du renouveau. " .

Sigmund Freud (pastel IKE)

Pour Jung, le facteur religieux est une composante-même de l'inconscient qui ne peut se réduire à la simple  sublimation des pulsions sexuelles. L'inconscient ne se compose pas uniquement du passé refoulés, mais il contient les germes de toute activité créatrice. C'est une sorte de matrice, douée d'autonomie et d'action spontanée sur le conscient, capable de modifier et renouveler la personnalité entière. En observant silencieusement les rêves des patients, Jung découvrait en œuvre,  le processus d'émergence de "l'individuation". Il retrouvait aussi la marque de ce processus et de ces images dans les mythologies et légendes et dans les religions de toutes les cultures et époques de l'humanité. C'est surtout dans l'alchimie que Jung retrouva une base historique accréditant ses hypothèses d'inconscient collectif et d'archétypes. En 1913 Jung présenta au XVIIe Congrès international de médecine, à Londres, une nouvelle approche qu'il nomma la "psychologie analytique", pour la distinguer de la "psychanalyse de Freud" et de la "psychologie des profondeurs d'Eugène Bleuler". Jung y suggérait de libérer la théorie psychanalytique de son "point de vue exclusivement sexuel" en se focalisant sur un nouveau point de vue énergétique  développé par Henri Bergson. Jung y fit ensuite une intervention intitulée "Contribution au problème des types psychologiques", une nouvelle typologie de la personnalité qui était une autre façon de se démarquer de Freud. Cette conférence mit fin à la relation entre Jung et Freud, qui y vit une trahison et écrivit à Jung en octobre 1913 pour entériner leur rupture "../.. Par conséquent, je propose que nous abandonnions nos relations personnelles complètement".

Mandala

Á partir des années 1926 et 1927, en raison de sa notoriété croissante, Jung est affilié à un groupe d'analystes berlinois, dirigé par Robert Sommer et Wladimir Eliasberg, nommé Société médicale allemande de psychothérapie (Deutsche Psychoanalystiche Gesellschaft), et qui a pour but de fédérer les perspectives freudiennes, jungienne et adlérienne. Il est nommé membre d'honneur en 1930. En 1939, quoique démissionnaire, Jung fut nommé président de la Société médicale générale de psychothérapie qui devient ensuite l'Institut Göring. Installé en Suisse avant la guerre de 1940, Jung y avait écrit un ouvrage attirant l'attention sur la dangerosité de l'Allemagne. Quoique le livre ait été censuré, après guerre, eten raison de son passé, Jung n'évita pas d'être suspecté de sympathie pour les nazis. On apprit pourtant ensuite que durant la Seconde Guerre mondiale, il avait été recruté sous le nom d'« agent 488 » par les services secrets alliés et qu'il avait activement agi pour faire passer des fuyards juifs vers la Suisse. En 1944, à la suite d'un infarctus, il vécut, semble-t-il,  une NDE (Near Death Experience), une expérience de mort imminente dont il disait qu'une force invisible l'avait obligé à "revenir sur terre". C'est peut être à la suite de ces expériences que Jung dirigea sa pensée dans le domaine ésotérique. Jung y produisit des œuvres majeures dont les deux tomes de "Mysterium conjuntionis", les "Commentaires sur le Mystère de la Fleur d'or", et le fameux "Livre rouge" qui n'était au départ qu'un ensemble de six petits cahiers noirs, soigneusement calligraphiés et illustrés à la main, un recueil personnel et intime non destiné à être publié, et qui s'enrichit ensuite superbement en deux parties ("Liber novus" et "Liber secundus"). Ce sont essentiellement toutes ces recherches ésotériques qui seront présentées dans cette étude.

 

"Ce n'est pas moi qui me crée moi-même, bien au contraire. J'adviens à moi-même."(C.G. JUNG)

 

La maison avec tour que Jung avait conçue et fait construire à Küsnacht en Suisse

 

Le moi et l'inconscient

 


 

Jung étudiait la psychologie humaine et plus particulièrement l’inconscient, domaine psychique inaccessible à la pensée consciente. Il  acceptait bien  la notion freudienne d'inconscient personnel, un corpus de matériaux et d'éléments de la vie du sujet passés ou refoulés sous le seuil de la conscience. Jung postulait qu'outre cet inconscient personnel, il existait un autre inconscient, commun à l'ensemble des hommes. Le contenu de cet autre inconscient consisterait en diverses conformations psychiques préétablies indépendamment du vécu individuel. Jung pensait que ce second corpus pouvait pathologiquement se doter  d'une certaine autonomie. Il rappelait aussi que la vie psychique est une démarche orientée vers une fin. Pour réaliser cette finalité une confrontation consciente avec tous les contenus de l'inconscient lui semblait nécessaire. Chaque individu est évidemment un être particulier mais il est aussi un être social. Chacun naît avec des possibilités fort différenciées de vie personnelle et sociale, qui lui donnent sa valeur propre. Jung a donc étudié les techniques de cette différenciation personnelle par la prise en compte chez ses patients des rêves et des fantasmes qui avaient constitué chez lui les fondements de sa propre expérience. Il a constaté qu'en général, les conflits engendrés par une tension psychique se résolvaient par une régulation consciente et raisonnable, mais qu'une distorsion pathologique pouvait entraîner un transfert vers un objet de substitution ou se manifester par des fantasmes ou rêves révélateurs. Jung pensait qu'en étudiant ces manifestations, le psychanalyste pouvait en faire remonter l'élément causal au niveau conscient. Il a découvert que c'était effectivement possible pour les contenus de l'inconscient personnel, mais cela ne l'était pas pour ceux de l'autre corpus qui était donc de nature différente (comme p .e. le concept de Dieu), partagés par des groupes ou collectivités humaines, et il a appelé ce second corpus "inconscient collectif".

Représentation conique de la structure de la psyché selon la psychologie analytique.

1. le Moi
2. le conscient
3. l'inconscient personnel
4. l'inconscient collectif
5. la partie de l’inconscient collectif qui ne peut être connue, dite "inconscient archaïque

Structuration de l'inconscient selon Jung

Réfléchissant en thérapeute, Jung imagina que les désordres psychiques provenaient d'une assimilation de l'inconscient personnel (vécu) ou importé (collectif), dans la personnalité, un processus qui a des conséquences. Jung distinguait deux profils réactifs typiques: l’extraverti tourné vers les autres et l’introverti tourné vers lui-même. Lorsque le sujet se laisse dominer par son inconscient au détriment du son état conscient, il en vient à perdre son équilibre psychique. Le conscient défaillant serait remplacé par l’activité automatique de l’inconscient. L’extraverti réagira de façon active et l’introverti de façon réactive. Selon Jung, trois types de réactions peuvent alors apparaître : 1. Le conscient peut être capable de comprendre et d’intégrer les contenus de l’inconscient et la situation va évoluer favorablement. 2. L’inconscient prend le dessus sur le conscient provoquant un état psychotique. 3. Un état intermédiaire s'établit sans compréhension réelle de la situation, ce qui crée un conflit bloquant toute possibilité d’évolution. Il est  important de reconnaître ce qui vient de l'individuel et du collectif. La différenciation rigoureuse de la psyché collective est une nécessité pour éviter la dissolution de l’individuel dans le collectif, laquelle peut provoquer une identification à une entité ou un personnage symbolique, historique ou imaginaire. Jung désigne sous le nom de "persona" le fragment de la psyché collective sur lequel l’individu peut vouloir se calquer en sacrifiant une part de son caractère personnel. Chez les anciens la "persona" désignait le masque des comédiens. « Ce masque de la "persona" dissimule ainsi une partie de la psyché collective et l’illusion de l’individualité ». Le choix du masque n’est pas neutre, il correspond à une partie du soi imprégnée dans l’inconscient.

Illustration tirée du Livre Rouge de Jung

Quand le sujet perd ses structures conscientes, l’inconscient personnel ou collectif prend la direction de l’être. Lorsqu’un individu subit la confusion de ses domaines conscients et inconscients, il imagine avoir surmonté son conflit moral (du bien et du mal) et avoir dominé ses difficultés. Il faut, et c'est important, inclure ici différentes convictions ou héritages, religieux, politiques, ethniques ou sociétaux. Le sujet se sent choisi ou supérieur, « ressemblant à Dieu, d'une certaine façon ». Jung appelle cela « l’inflation psychique ». Pour illustrer l'idée, il évoque l’identification d'individus à leurs poste ou leurs fonction en s’en attribuant les qualités. Celui qui s’identifie à sa psyché collective accepte cette inflation. Il se sent détenteur de la "vérité". Cela peut provoquer l'orgueil, la mégalomanie,  un comportement charismatique ou  prophétique. L’accès à la psyché collective induit un renouveau agréable que l'on voudra conserver, mais les vrais prophètes, dit Jung, sont rares et s'en défendent. Une autre façon consiste à devenir disciple de l'envoyé, (La vertu sans le poids du rôle). Si le sujet adhère aux contenus inconscients, cela peut produire une paranoïa ou une schizophrénie. S'il les rejette totalement, il peut être exclu de sa communauté. Il convient donc de reconstituer la persona altérée. Cela peut parfois se faire de façon régressive surtout lorsque le sujet a subi la chute de son statut social et qu'il reconstitue à ce niveau inférieur l’équilibre de sa personnalité. On connaît l'exemple récent et vrai de l'empereur de Chine devenu jardinier du palais. La reconstitution régressive de la persona peut aussi faire suite à  un transfert : Le transfert est un moyen inconscient reportant les désirs inconscients du patient sur le thérapeute. Il faut savoir que la rupture brutale d’un transfert peut déclencher une rechute aussi grave que le mal initial.

"La pierre", avec commentaires en grec ancien, mandala sculpté par Jung
représentant le Télesphore, à Bollingen, sur la rive du lac de Zurich

Le Moi conscient s'identifie d'abord avec la persona. L'ancien masque du comédien indiquait son rôle dans la pièce. Le masque issu de la persona veut convaincre les autres et nous-mêmes que notre être est individuel : il n'en est rien, il s'agit d'un simple artifice. L'identification au rôle social ou honorifique participe à la constitution de la persona. Jung affirme que la persona n’a pourtant rien de réel, elle n’est qu’un compromis entre l’individu et la société. Le masque que revêt l’individu dissimule la part de psyché collective assimilée et donne l’illusion de l’individualité, mais « personne ne peut retrancher arbitrairement de l'inconscient la force agissante et créatrice ».  Jung souligne que : «l'énergie de l'inconscient ne peut être soustraite à celui-ci que très partiellement ../.. il renferme et constitue lui-même la source de la libido dont émanent les éléments psychiques qui font notre vie ». La spontanéité inconsciente est la marque essentielle de la pensée créatrice.  L'inconscient a une activité autonome. Jung emploie le terme "d'imago" pour illustrer les images intrapsychiques que suscitent les êtres qui entourent un individu, comme de l'influence des parents sur les réactions de l'enfant. l'image inconsciente des parents devient active et dynamique au conscient lorsque ces derniers viennent à mourir. Plus le champ de la conscience est limité, plus les manifestations inconscientes lui apparaîtront extérieures. Á un niveau supérieur de développement du conscient, ces "imagines" (pluriel d'imago), s'inscriront entre le conscient et l'inconscient. Demeurant autonomes, elles entreront dans le conscient et pourront constituer une source d'inspiration, de prémonitions ou "d'information surnaturelles". En mûrissant, l’adolescent refoulera les influences reçues et « les imagines parentales », personnelles et collectives, dans son inconscient d’adulte. Ici apparaissent les notions « d'anima et d'animus ».

  

 

Un Mandala peint par Jung

L'individuation

 


 

L'homme hérite d’images virtuelles qui, dit Jung,  « sont comme le sédiment de toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale ; elles en sont le résidu structurel, non les expériences elles-mêmes ». Le masculin est adapté au féminin. Chez l'adolescent les "imagines parentaux" vont faire place à l’imago de la "femme compagne". Selon Jung, pour caractériser son genre, en devenant adulte l’homme refoule alors tout trait féminin personnel. Il choisirait donc sa compagne en fonction de sa propre féminité inconsciente refoulée, "l' imago de la femme" qu'il porte en lui. « C’est pourquoi l’homme dans le choix de la femme aimée, succombe souvent à la tentation de conquérir précisément la femme qui correspond le mieux à sa nature inconsciente. ». Ainsi sous le couvert du mariage idéal et exclusif, l’homme chercherait la protection de sa mère. Dans l'enfance, elle assurait sa sécurité et le protégeait des dangers et des terreurs nocturnes. La séparation d'avec la mère, en tant que réceptacle de l’anima du fils, constituerait donc un tournant évolutif dans la vie de l’individu. Dans la persona de l'adolescent devenant adulte, son image idéale du mâle, vient s'intégrer une «  faiblesse  féminine » un manque ressenti que Jung appelle l’anima (l'âme en latin). L’homme perçoit bien que l'anima, cette faiblesse de son conscient, l'empêche d'être le parangon de virilité qu'il affiche. Cela entraîne un complexe d’infériorité que sa femme, dit malicieusement Jung, ne manquera pas d'exploiter. Chez la femme: l’élément de compensation revêt un caractère masculin. Jung l'appelle animus, mais il souligne la grande difficulté de son étude. Il lui est déjà difficile de décrire complètement l’anima, et pour l’animus,  il avoue qu'il a bien des difficultés pour décrire quelque chose qui ne lui appartient pas. « L’anima et l’animus ne sont pas des notions métaphysiques mais bien empiriques, qu'il convient donc d'approfondir. ».

Image tirée du Livre rouge de JUNG

Le père, avec sa fonction protectrice, constitue le réceptacle de la persona de l’enfant. Il rend socialement légitime l’être grandissant tandis la mère assure la pérennité d’appartenance au groupe, d'où les dégâts que provoque la carence d’un père ou d’une mère. On a vu que l'anima, (l'animus chez la femme) s'opposait à la persona. « Tout ce qui est inconscient est projeté ». Chez l'homme, l'anima est projetée sur une femme, qui se voit attribuer toute une série de qualités qui en réalité appartiennent au sujet. Les femmes sont des êtres « à part », dit Jung. Elles disposeraient d’un conscient différent de l’homme, et leur animus serait la source d’opinions très solides, et de fermes a priori. « Chez la femme, dit-il, les choses se présentent sous un jour différent », l'animus « est quelque chose comme une assemblée ../.. de porteurs de l'autorité ../..  qui émettent des jugements "raisonnables" inattaquables ». « L'animus est une manière de condensation de toutes les expériences accumulées par la lignée ancestrale au contact de l'homme ../..  mais pas seulement cela, l'animus est aussi un être créateur, une matrice../. ». Et si chez l’homme l’anima apparaît sous les traits idéalisé d’une femme, d'une Circé ou d'une Calypso, chez la femme l’animus apparaît sous les traits d’une pluralité de porteurs de l’autorité qui tiennent des raisonnements inattaquables. Alors que l'anima est la source d'humeurs, l'animus est la source d'opinions.  Une femme possédée par son animus est en grand danger de perdre sa féminité, tandis que tout l'anima de l'homme risque de le rendre efféminé. L'animus sera tout aussi fréquemment projeté que l'anima. Les hommes sur lesquels l’animus est le plus susceptible de se projeter seront les plus aptes à servir de réceptacle. Les opinions de l’animus seront toujours de nature collective, donc, aux yeux de l’homme, quelque chose de suprêmement irritant. Toute amusante qu'elle soit, la partialité de Jung est ici, me semble-t-il, assez révélatrice de ses problèmes conjugaux.

Mandala de l'anima Mandala de l'animus

L'individuation, (de in-divis, celui qui n’est pas divisé, celui qui est en processus de re-conjonction des opposés séparés), permet à l'être humain de devenir réellement ce qu'il est au plus profond de lui-même, c'est à dire de la réalisation du Soi. Jung disait que : « L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi des fausses enveloppes de la persona, et de la force suggestive des images inconscientes ». Ce processus spontané se déroule généralement de manière souterraine. Il commence par la nécessaire différenciation entre le Moi et l'inconscient. Il passe donc par la confrontation entre ces deux composantes de la psyché et doit aboutir à ce que le conscient devienne son principe directeur en se positionnant au centre de sa personnalité globale. « L'homme qui a conscience de ce qu'est son principe directeur sait avec quelle autorité indiscutable ce principe dispose de notre vie. ». « Si les contenus collectifs demeurent inconscients, l'individu, empêtré dans les mille liens qui le rattachent aux autres individus chez qui ils sont également inconscients, demeure inconsciemment confondu avec eux. Il ne s'est pas différencié. Il ne s'est pas individué. Il n'est pas un individu. ». « Ce qu'il faut entendre par le centre de la personnalité ../.. n'est peut-être pas aisément compréhensible../.. Imaginons-nous le conscient avec son centre qui est le Moi dans sa confrontation avec l'inconscient; cette confrontation entraîne un processus d'assimilation de l'inconscient. Nous pouvons nous représenter cette assimilation comme une manière de rapprochement entre le conscient et l'inconscient à la suite duquel le centre de la personnalité globale ne coïncidera plus avec le Moi, mais sera figuré par un point qui se trouvera à mi-chemin à mi-chemin entre le conscient et l'inconscient. ». Selon Jung, l'individuation se confond ave l'idéal chrétien originel du Royaume des Cieux "qui est en nous." L'idée de base sur laquelle s'est édifié cet idéal est que l'action et le comportement justes ne peuvent résulter que de la droiture d'esprit et d'un état d'âme sain, et qu'il ne saurait y avoir de guérison et d'amélioration du monde qui ne prennent leur point de départ dans l'individu ».

  

 

Allégorie de l'anima

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS  - Le mystère de la conjonction ( des extrêmes) -

AVERTISSEMENT

JUNG pensait fermement que les alchimistes avaient découvert empiriquement et bien avant les psychiatres modernes les problèmes posés dans la psyché humaine par les déséquilibres éventuellement advenus entre le conscient et l'inconscient. Il a publié l'état de ses recherches dans des traités énormes et très documentés, dont je vais m'efforcer de vous faire partager l'esprit. Je dois néanmoins informer le lecteur qu'il est très difficile de condenser en quelques lignes un travail de cette importance. Qu'ils veuillent bien excuser les éventuels manques ou omissions, sachant que chacun des paragraphes qui suivent représentent cinquante à cent pages du texte de JUNG.

Mysterium conjunctionis Tome 1 -  (Les symboles)

Le Mystère de la conjonction des opposés.

 

« Ce serait une impardonnable erreur, disait Jung, de ne voir dans le courant de pensée alchimique, ../.. que des opérations de cornues et de fourneaux. Certes, l'alchimie a aussi ce côté, et c'est dans cet aspect qu'elle  constitua les débuts tâtonnants de la chimie exacte. Mais l'alchimie a aussi un côté vie de l'esprit qu'il faut se garder de  sous-estimer, un côté psychologique dont on est loin d'avoir tiré tout ce qu'il y a à en tirer. Il existe une "Philosophie alchimique", précurseur titubant de la psychologie la plus moderne. Dans l'ombre de l'inconscient est caché un trésor, le "Trésor difficile à atteindre", caractérisé tantôt par une perle brillante, tantôt, comme dit Paracelse, par un "Mysterium", ce qui indique quelque chose de fascinant par excellence. Ce sont les possibilités d'une vie et d'un progrès spirituels ou symboliques qui constituent le but dernier, mais inconscient, de la régression. ». Jung a présenté l'important ouvrage qu'il a consacré au rapprochement de la psychologie moderne avec l'alchimie médiévale comme une série d'études sur la séparation et la réunion des opérations psychiques dans l'alchimie. Il y a travaillé pendant dix ans avec sa collaboratrice , Mme M. L. von Franz. Le livre commence par la présentation des composants de la conjonction et de la dualité alchimique des opposés, des symboles qui l’expriment et de leur signification psychologique. « L'essentiel de l'art alchimique, dit Jung, consiste en la séparation et la dissolution d'une part, la réunion et la coagulation d'autre part (Solve et coagula). ». La situation est analogue dans la psychologie et dans l'alchimie. On est en présence d'un état initial dans lequel des tendances ou forces opposées sont en lutte, et l'on doit ensuite engager un processus capable de ramener ces éléments à l'unité. Il faut réunir les deux époux, (sponsus et sponsa). Dans les deux cas, d'ailleurs, la situation de départ est obscure, et il convient d'en découvrir d'abord la nature, la (Materia prima). La suite, qui n'est pas plus facile, consistera à confronter les opposés en visant à en réaliser l'union durable.

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS - C. J JUNG

 Exemple de la complexité d'interprétation du texte.

Extrait du tome 1 -chapitre 3  " l'Orpheline et la Veuve" - Albin Michel - 1956

« Sache que tu possèdes un corps qui perce les corps, une nature qui contient la nature, une nature qui se réjouit de la nature. qui est appelée à coup sûr "tyriaque" des philosophes, car, comme la vipère, lorsqu'elle conçoit, coupe la tête du mâle dans l'ardeur de son plaisir, meurt en enfantant et se trouve coupée par le milieu. Ainsi l'humidité lunaire concevant la lumière solaire qui lui convient, tue le soleil et meurt elle-même, en enfantant la progéniture des philosophes; et les deux parents, en mourant, transmettent leur âme à leur fils et périssent. Et les parents sont la nourriture de leur fils. ».  -   NDLR-  Le thyriaque est un  anti-poison essentiellement à base d'opium.

Jung cite des couples d'opposés, chaleur/froid, humidité/sécheresse, vie/mort, esprit/âme, licorne/cerf, etc, qui se présentent souvent dans une structure quaternaire (les quatre éléments, les quatre âges de l'homme), sorte de croix symbolique. La signification du Mercure (spititus mercurii), en fait le principe unificateur synthétisant l'union des couples d’opposés dans ce "quaternio", en relation avec un arrière-plan chrétien. La double quaternité, l'octoade, combinant la croix simple à la croix dite de St André, représente la totalité, à la fois céleste et terrestre, spirituelle et corporelle, qui se trouve dans l'inconscient. « C'est, à n'en pas douter dit Jung, le microcosme, l'Adam mystique, l'homme primordial. C'est pourquoi, dit-il encore, dans le Gnosticisme, non seulement le "Père de Tout" est décrit comme ni masculin ni féminin mais qu'il est aussi appelé le "fond" ou "l'abîme". En sa forme physique (materia prima), le Mercure serait donc  l'homme primordial dissous dans le monde matériel, et en sa forme sublimée, la totalité restaurée de cet "Anthropos" triomphant. ». Dans la littérature alchimique, on trouve les symboles de "l'Orphelin et de la Veuve". Selon Hermès Trismégiste, le terme "Orphelin" désignerait la pierre philosophale, ainsi qualifiée en raison de sa singularité. La "Veuve" serait alors la matéria prima, la mère de la pierre, le principe alchimique féminin, Sponsa l'épouse, qui est aussi la Lune obscure, au rôle toujours néfaste ou destructeur. Elle est le symbole alchimique paradoxal de la lumière qui luit dans la nuit, mais qui blesse aussi le Soleil, rôle réalisé dans l'éclipse. Dans la tradition chrétienne, constamment présente chez Jung, la Veuve est l'Église et l'obscurcissement du Soleil, (le Lion, le Soleil intérieur), montre qu'il s'avilit à cause de la chair. Chez les Manichéens, la roue hydraulique inventée par le Fils du Père vivant, le Rédempteur, pour racheter les âmes de hommes, correspond à la "Rota" des alchimistes, et Mani, l'esclave,  était bien le Fils de la Veuve puisque racheté à quatre ans par une riche veuve, il ne connut jamais ses parents.

Image alchimique du meurtre du Soleil

Pour unifier les opposés, l'alchimie doit les contempler simultanément et les rapprocher, ce qui est paradoxal. La tâche première de l’alchimie visait à mettre en harmonie l’arrière-plan féminin et maternel de la psyché masculine avec l’esprit. Le but était d’effacer le péché originel, ce que tout son art tendait à réaliser. Jung présente ensuite la doctrine alchimique des "scintillae" les "étincelles de l'âme". Ce terme d’étincelle de  l'âme, ou "scintilla", a été utilisé par Maître Eckhart, Héraclite et Simon le Mage, ainsi que dans les textes alchimiques qui la décrivent comme 'l’archaeus', le centre igné de la terre, (mâle et femelle à la fois). « Les étincelles de l'âme du Monde étaient déjà dans la chaos, dans la prima materia au commencement du monde. ». On parle ici de l'âme du monde, mais le texte affirme que ces étincelles sont multiples. On entre alors dans un développement fort intéressant. Les alchimistes considèrent que l'opposition existant entre le masculin et le féminin est majeure. Jung la compare au conflit incestueux décrit par Freud, en référence au péché originel et à l’opposition de nature entre la matière et l’esprit. Le but de l’alchimie est l’unification, celui du second est la discrimination. Le mythe alchimique du roi des mers exprime son double projet : découvrir l’or caché dans la matière et faire renaître la lumière, et donc, par la connaissance, de délivrer l'âme du corps pneumatique hors la corruption de la chair. La volonté chrétienne est de restaurer l’état originel d’innocence par l'ascétisme, la vie monastique et, plus tard, par le célibat des prêtres, Elle est donc tout à l'opposé de l’esprit alchimique. Par l'image symbolique du mariage (purement mystique) de "sponsus" (le Christ) et "sponsa" (l’Église), le Christianisme propose une solution purement spirituelle. L'alchimie lui oppose le mariage alchimique, (physique par nature), la conjonction du Soleil et de la Lune, (une solution conceptuellement presqu'incestueuse). Jung explique que ces deux tentatives échoueront parce que l’opposition des sexes doit être résolue dans l’âme de l’homme. Mais qu'entend ici Jung par l'âme de l'homme ?

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS - C. J JUNG

 Extrait du tome 1 - " la personnification des opposés" - Albin Michel - 1956

« Il n'y a rien d'étonnant en soi à ce que l'inconscient se manifeste sous la forme de projections et de symboles, puisque c'est la seule manière dont il puisse être perçu. Mais il n'en va pas de même, semble-t-il, de la conscience. La conscience, en tant que quintessence de ce qui est clairement saisi, paraît être dépourvue de tout ce qui est requis pour une projection. Celle ci n'est pas, bien entendu, un phénomène arbitraire, mais c'est un évènement qui s'impose "de l'extérieur" à la conscience, une apparence de l'objet où le sujet ne discerne pas qu'il est lui-même la source lumineuse dont la clarté fait briller le réflecteur qu'est la projection.  ».

 

Extrait du livre de Jung "Commentaires sur le mystère de la fleur d'or" -  Albin Michel -

Fragment de l'avant propos de Michel Cazenave.

 

« Il est un thème, particulièrement, sur lequel je voudrais insister, qui est la notion d'âme. A passer à côté, on passerait tout autant à côté ../.. du nœud central de toute l'expérience et de toute l'œuvre de JUNG. L'âme, pour lui, on le sait, désigne  la "globalité" de la psyché humaine, c'est-à-dire dans une conjonction majeure des opposés, de l'inconscient et de la conscience. Ce qui revient à dire qu'elle est le tiers inclus en même temps qu'elle maintient les séparations opérées.  ».

Les personnages alchimiques de ce drame sont l'Homme et la Femme, le Roi et la Reine, le Soleil et la Lune (sol et luna).  Le Moi perçoit le Soleil comme une entité bénéfique et génératrice, qualités projetées sur l’homme et l’univers. L'alchimie en fait un élément unique, source souveraine du pouvoir, à partir duquel on peut produire de l’or. Il a aussi un côté sombre, parfois nuisible. Son image est le symbole du drame matériel et psychologique qu'est le retour à la matière originelle, la prima materia. La mort du Soleil est donc nécessaire au retour à l’innocence. On constate ici encore la différence entre la dynamique alchimique ascendante (montant des ténèbres matérielles vers la lumière spirituelle) et la descente chrétienne du royaume céleste vers la terre. Les projections alchimiques reflètent l'opposition conscient/inconscient, symbolisée par le Soleil et la Lune. Le Soleil est vu comme une projection du Moi, la condition indispensable à la conscience. Jung distingue le concept du soi, atman supra personnel, totalité du conscient et de l’inconscient, et le moi, atman personnel, point de référence central de l’inconscient (ou "miroir" de l’inconscient). Le soufre alchimique (sulfur), source et fin de tout vivant, serait la prima materia du Soleil et le compagnon de la Lune. Sa nature psychique est double: ignée et corrosive, guérisseuse et purificatrice, corporelle et spirituelle, terrestre et occulte. Il consume et purifie. On l’identifie au diable et d’autre part au Christ. Ill est synonyme de la mystérieuse substance de transmutation. On retrouve le concept jungien du Soi défini comme la totalité humaine, plus grand que le moi conscient et contenant ce moi, l’ombre personnelle et l’inconscient collectif. Les alchimistes mettent en évidence l’existence psychique de l’ombre, opposée et compensatrice du conscient, image positive et structure cachée de la psyché. Le soufre symboliserait le dynamisme impulsif issu de l’ombre et de "l’anthropos" présents dans l’inconscient.

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS - C. J JUNG

 Extrait du tome 1 - " luna" - Albin Michel - 1956

« L'homme ne peut reconnaître son anima que sous une forme projetée : Il en va de même de la femme et de son soleil obscur. Si son eros est en ordre, son soleil ne sera pas alors trop sombre et le porteur de la projection signifiera peut-même une compensation utile, mais si elle n'est pas d'accord avec son eros ../.. l'obscurité de son soleil correspond à une personne masculine possédée par l'anima sécrétant une esprit inférieur aussi grisant qu'un fort alcool. .. /.. Le soleil obscur de la psychologie féminine est en rapport avec l'imago paternelle puisque le père est bien le premier porteur de l'image de l'animus. Il donne un contenu et une forme à cette image virtuelle car il est, grâce à son logos,  la source de "l'esprit" pour sa fille. ../.. L'esprit qui est profitable à la femme n'est pas un pur intellect, mais plus que cela : C'est une attitude, un esprit dans lequel on vit. ».

Contrepartie du soleil et deuxième terme de la conjonction, la lune alchimique est froide, humide, sombre, féminine, corporelle et passive. Jung expose son rôle dans le mystère des transformations, à la lumière des textes alchimiques. « La Lune est la sœur ou la fiancée, la mère ou l'épouse du Soleil. Elle est aussi le vase du soleil et le réceptacle de toutes choses (et en particulier du Soleil), parce qu'elle reçoit et verse la puissance du ciel. ». Elle permet la conception de la semence du Soleil, dan la quintessence, dans le ventre et la matrice de la nature. Si le Soleil engendre l'or, la Lune est aussi "l'argent" qui est un symbole de l'arcane "Lune". La croyance en l'influence de la lune sur la germination conduit à l'étrange conception alchimique que la lune  serait elle même une plante, une sorte de mandragore. Chez la femme, la lune correspond à la conscience et la soleil à l'inconscient, en relation avec la présence du genre opposé dans l'inconscient (anima chez l'homme, animus chez la femme). La Lune apparaît dans une position désavantageuse par rapport au Soleil ce qui souligne ses aspects néfastes. Selon Jung, cette caractérisation de la Lune montre que les alchimistes concevaient l’union du Soleil (le conscient) et de la Lune (l’inconscient) comme dangereuse et produisant des animaux symboliques venimeux, des prédateurs, ou des oiseaux de proie. Il compare le rôle alchimique de la Lune à celui de la Vierge Marie et de l’Église car, de par sa position entre les choses célestes éternelles et la sphère terrestre et sublunaire, elle partage les souffrance de la Terre. La symbolique alchimique associe souvent le Chien à l'image de la Lune, comme le Lion à celle du Soleil. Les figurations animales révèlent la volonté alchimique de souligner l'existence d'appétits sensuels dans la psyché humaine.

L'étude détaillée des propriété du sel clôt le 1er tome du "Mysterium connjunctionis". Dans l'alchimie, le sel est associé au symbolisme lunaire. Cet élément très important est le symbole de la puissance arcane. L'amertume du sel et de la mer connote la corruption et l'imperfection de la partie de l'univers qui demeure dans le chaos. De même que l'esprit du chaos est indispensable à l’ordre alchimique, l’inconscient est essentiel au fonctionnement équilibré de l’esprit humain. Dans la pensée alchimique l’âme s’élève jusqu'au le royaume de l’esprit mais ne trouve pas le salut avant de redescendre dans le centre de la terre. Cette montée et cette descente représentent la réalisation des opposés psychiques, qui entraîne leur intégration et l’accomplissement total de la personnalité. La montée et la descente à travers les sphères planétaires est interprété comme la réunion des énergies inférieures et supérieures. Dans le Gnosticisme chrétien cette transformation symbolique commence par une descente puis s'opère par l’ascension qui s’ensuit (la résurrection ). Dans la théorie alchimique le processus se déroule donc en sens contraire. Le sel alchimique est généralement associé à l’âme. C'est une substance transcendante qui coagule et transforme bien d’autres substances. Comme l’âme du monde,  il pénètre toutes les substances. Il est aussi associé à la figure du Christ (également identifié à l’âme du monde, la substance créatrice). Cette dualité de l’amertume et de la sagesse dans la signification du sel  pourrait exprimer le conflit interne de la psyché. Pour Jung, il semble que les alchimistes aient eu une bien meilleure compréhension de cette symbolique conflictuelle que ne l’ont eue plus tard les Chrétiens ; ils ont reconnu le côté sombre de la psyché et du monde tandis que l’Eglise continue d'exiger une sorte d’aveuglement lié à son dogme, en déniant à l’ombre sa place dans l’ordre du monde.

  

Remarquez la couronne sur le vase

Mysterium conjunctionis  tome 2 - (L'union du Roi et de la Reine)
Le Mystère de la conjonction des opposés.

 


 

Le symbole du Roi, du couple royal et de la royauté expriment souvent une figure archétypique, y compris dans l'image chrétienne du Christ Roi. C'est du Roi que découlent la vie et la prospérité des sujets. Le symbole de la Trinité peut y être associé. Dans la littérature alchimique la plus reculée, le Roi est identifié au Soleil, au Dieu Père, ou même à l’Or philosophique (qui se révèle lorsque l’âme se libère du corps). Les textes ultérieurs le présentent comme un facteur de perfectionnement par sa naissance ou sa renaissance, ce qui sous-entend sa mort préalable. Comme la psyché masculine dont il est l'image, le Roi a un coté obscur qui affaiblit son rayonnement. Le roi doit être sacrifié et mourir. Il ressuscitera avec une force nouvelle. C'est par la mort que l'identification au Dieu Père est définitivement confirmée. L’idée de l'épuisement du Roi dans le péché, puis de sa mort est fort ancienne. On la retrouve aussi dans le mythe du Graal. Finalement son coeur se dissout en eau. Dans les écrits anciens, la dissolution dans l'eau (aqua permanens), était déjà considérée comme un phénomène spirituel plus que physique, union psychique des deux opposés. Dans les textes ultérieurs, la renaissance conduit à un état moral et spirituel supérieur au delà d'une transformation simplement physique. Afin de pénétrer dans le royaume de Dieu, le Roi doit retourner à l’état initial et chaotique de "massa confusa", où tous les éléments sont en conflit. L'alchimie dépeint la métamorphose du Roi qui passe d'un état imparfait à une nature saine, parfaite, intégrale et incorruptible. La séparation a lieu dans l’isolement. Une phase de mort et de décomposition complète précède la renaissance. Ce paradoxe comme de nombreux autres caractérisent la pensée alchimique, attachée au principe de la bipolarité des choses. Psychologiquement le vieux Roi est identifié à la conscience, et son anima redevient créatrice quand il se renouvelle. La psychologie n'est pas contrainte comme l'alchimie d'expliquer les phénomènes psychiques en termes théologiques; elle peut donc faire entrer les figurations religieuses dans le domaine des éléments psychiques sans toucher à leur contenu théologique.

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS - C. J JUNG 

Extrait du tome 2- " la métamorphose du Roi" - Albin Michel - 1982
Allegoria Merlini (citée parJung)

« Le Roi demanda à être placé dans une chambre chaude où il pourrait, en  transpirant, éliminer l'eau (qu'il avait demandée).  Cependant, lorsque ses serviteurs ouvrirent la porte de la chambre, il gisait comme mort. On appela les médecins égyptiens et alexandrins ../.. Les Égyptiens déchirèrent alors le Roi en tout petits morceaux,  broyèrent ceux-ci, les mélangèrent avec leurs médecines "humidifiantes" ../.. et remirent le Roi dans la chambre chaude, comme auparavant. Au bout de quelques temps, ils le sortirent n'ayant plus qu'un faible reste de vie.  Voyant cela, les spectateurs éclatèrent en lamentations. Hélas ! le Roi est mort ! Les médecins les rassurèrent disant qu'il était simplement endormi ../.. Quand ils le sortirent une nouvelle fois, il était réellement mort. Mais les médecins dirent. Nous l'avons tué afin qu'il devienne meilleur et le plus fort dans le monde après sa résurrection ../... Après cela, les Alexandrins tuent à leur tour le Roi, découpent le corps qu'ils traitent avec des sels et de l'huile, passent le tout au feu, le fondent puis filtrent le liquide. Et le Roi revient à la vie de nouveau, encore plus ardent au combat.  ».

Au premiers temps du Christianisme, la figure du Christ reflétait l'archétype primordial de l'homme intérieur. Mais, pour les Gnostiques, "l’Anthroposs",  est l'homme accompli, non pas le rédempteur. La finalité des épreuves décrites dans l'alchimie diffère de celles de la passion du Christ. Le but du sacrifice alchimique, c'est la propre rédemption du Soi, symbole d'un combat psychique pour atteindre la totalité.  Jung fait souvent référence à l'arrière plan chrétien de la culture occidentale. Il étudie évidemment les croyances de l’alchimie et du Christianisme dans les aspects de la psychologie médicale et du conflit entre conscient et inconscient.  Il établit que certains patients ont des besoins spirituels qui impliquent l’analyste au plan théologique. Jung voit, dans la renaissance du Roi, le symbole de l’intégration de la psyché consécutive à l’acceptation consciente des contenus inconscients, or, le symbole féminin de la Lune/mère renvoie à la Vierge/mère dans le domaine psychologique inconscient des Chrétiens. Il envisage les croyances alchimiques et  chrétiennes avec un regard de psychologue thérapeute, concernant le conflit entre le conscient et l'inconscient. La compréhension en profondeur du symbolisme archétypique contenu dans le dogme chrétien est fort utile lorsque le patient montre un intérêt évident pour les problèmes religieux ; ses besoins spirituels exigent alors que l’analyste s’implique dans des questions purement théologiques. Jung évoque aussi l'idée étonnante d'un Christ symboliquement androgyne, unissant en sa personne, (en son âme), comme Adam, le masculin et le féminin, en une unité indissoluble. Comme la mort et la renaissance du Roi, la figure du Christ représente alors la réunion du conscient et de l’inconscient, dans laquelle une totalité unifiée est constituée.  « Les faits montrent, dit Jung, que l'union de éléments antagonistes est une expérience irrationnelle que l'on peut tranquillement qualifier de mystique, à condition d'entendre par ce terme une expérience que l'on est en droit de réduire à rien d'autre et à laquelle on ne doit en aucune manière refuser l'authenticité. ».

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS - C. J JUNG 

Extrait du tome 2- " le rotundum, tête et cerveau" - Albin Michel - 1982

« Le concept de psychisme n'existait pas au Moyen Âge, dans le sens où nous l'employons aujourd'hui. Disons même qu'il n'est pas aisé à l'homme cultivé de notre époque de comprendre la réalité du psychisme ou la réalité de l'âme. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le Moyen Âge ait éprouvé des difficultés plus grandes encore à concevoir quelque chose d'intermédiaire entre "l'esse in re" (être en réalité), et "l'esse in intellectu solo" (être dans l'intellect seul). La solution était l'être " métaphysique". L'alchimiste se trouvait donc en quelque sorte dans l'obligation de formuler ses données quasi chimiques en termes métaphysiques. ».

Tout comme le conscient et l'inconscient apparaissent opposés l'un à l'autre, mais s'unissent en fait dans l'humain, les figures du Roi et de la Reine constituent une espèce d'unité. La Reine correspond à l'anima et le Roi à l'esprit, celui-ci dominant toutefois le conscient. L’aspect négatif de la reine (l’anima/inconscient) n'apparaît qu'à travers l’influence qu’elle exerce sur le sujet conscient, en soutenant et renforçant le Moi au détriment de la persona. Il en est de même des figures mythiques d’Adam et Eve quand elles expriment la relation des opposés. Adam est l’arcane, (la substance mystérieuse et transformatrice), "la materia prima", l'argile originelle. Il est l'homme intérieur primordial, que la kabbale appelle "Adam Kadmon". Chez les Gnostiques, dit Jung, il symbolise la relation amoureuse entre le "noûs" et la "physis". Symbole du Soi, il représente la totalité de la psyché, manifestant par là même la divinité cachée. La tradition judaïque en fait la première des huit incarnations du vrai prophète, la dernière étant le Christ.  Mystère du monde, Adam aurait reçu de Dieu la parfaite connaissance des choses naturelles. Néanmoins, sa nature est double. D'une part créature parfaite, plus rayonnante que le Soleil, il est aussi de nature obscure et terrestre, d'où son nom (adamah = la terre). C'est aussi le vieil Adam qui réunit les aspects purs et impurs de l’univers. Il doit se renouveler, mais, dit Jung, tandis que dans les mythes et doctrines la réalisation parfaite de l'unité psychique parait être une fin accessible, cette union psychique idéale n’est jamais atteinte dans le domaine du réel. Il existe diverses représentations symboliques de la tête et du cerveau dans les symbolismes alchimiques et chrétiens. Dans l’alchimie, la substance arcane, le corps rond, le cerveau, le siège de forces infernales aussi bien que divines, est associé à l’or. Et dans le Cantique des cantiques, le noir visage de la Sulamite se dore comme le Soleil et sa sombre chevelure luit comme la Lune lorsqu'elle rencontre le Bien Aimé, signifiant ici la fusion du sponsus et de la sponsa en un état parfait, une figure unique, l'enfant du Soleil et de la Lune.

 

La conjonction alchimique, dit Jung, est sans aucun doute l'image primitive de ce que nous appelons aujourd'hui "combinaison chimique".  Mais les anciens adeptes lui donnaient un autre sens. Quand ils parlaient d'une union des deux natures, au sujet d'un alliage de métaux ou d'un amalgame, ils pensaient à une aventure amoureuse engendrant un "composé spirituel". La conjonction alchimique exprimait une conception universelle du monde tant intérieur qu’extérieur de l’homme. La description alchimique du commencement du monde peut aussi représenter l’état primitif de la conscience au seuil de sa différentiation en affects représentés par les quatre éléments. Chaque archétype y représente un aspect du Moi, centre premier symbolisé dans l’alchimie par la pierre ou le Microcosme. Le symbolisme alchimique de la mort volontaire et de la réunion des opposés correspond au processus d’individuation en psychothérapie. La dissolution et la séparation des composants figurant ici une dissociation de la personnalité qui est perçue comme une sorte de mort. L’étape suivante de l’individuation, la réunion de l’esprit et du corps, est symbolisée par la figure des noces alchimiques. L'homme qui vient à connaître cette totalité doit traduire cette improbable réunion dans la réalité par la connaissance de soi qui permet de savoir qu’on est plutôt que qui on est. De ce savoir surgira la connaissance de Dieu, des autres êtres et de l’univers. Pour y accéder, l’alchimiste prépare le "caelum" permettant d'obtenir la "quintessence", une substance supposée signifier le royaume du ciel sur terre. L'alchimiste imaginait librement cette magique et mystérieuse procédure chimique. La préparation du "caelum "figurait la projection de contenus psychiques sur des substances chimiques. La finalité de ce rite était la recréation du principe de vie, ce qui, en psychologie correspond au processus d‘individuation. La méditation alchimique, une confrontation avec l’ombre, n'est pas philosophique ou religieuse. Elle correspond à la mise en relation psychique avec l’inconscient. La conception alchimique de la connaissance de soi correspond à sa définition en psychologie. On y parvient au moyen d’une union des contraires d’où jaillit un troisième terme au-delà des opposés.

MYSTERIUM CONJUNCTIONIS - C. J JUNG 

Extrait du tome 2- " La vision alchimique de l'union des opposés." - Albin Michel - 1982
Physica Trismegisti, de Dorn (citée parJung)

« Au commencement, Dieu a créé Un monde. Il l'a divisé en le nombre Deux : le ciel et la terre. Á l'intérieur est caché un troisième principe médiateur, l'unité originelle qui participe des extrêmes. Ceux ci ne peuvent rien être sans le troisième, et ce dernier ne peut rien être sans les deux autres. Ce troisième principe est l'unité originelle du monde, "le vinculum sacrati matrimonii" (le lien du mariage sacré). Mais la division en deux était nécessaire "pour faire passer le monde unique de l'état de potentialité dance lui de réalité". La réalité consiste en une multiplicité de choses. Mais Un n'est pas encore un nombre. Deux est le premier nombre avec lequel commence la pluralité et donc la réalité.  ».

 

Le grand mandala cosmique,
 premier mandala dessiné par JUNG,
décorait le mur de son bureau
dans sa tour de  Küsnacht

Commentaire au Mystère de la Fleur d'Or (1929)

 


 

Le "Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or" ne constitue pas le couronnement de la part ésotérique de l'œuvre de Jung, mais pourrait bien en être l'un des fondements. C'est en effet en 1928 que Richard Wilhem, un missionnaire protestant en Chine, demanda à son ami de faire un commentaire psychologique sur une traduction du Yi King qu'il se proposait de publier. Le psychiatre se passionna pour le traité qui confortait sa propre réflexion, et il entreprit aussitôt de le mettra à la portée des esprits occidentaux. Il étudiait depuis quinze ans les processus de l'inconscient collectif et ne trouvait pas de comparaisons historiques valables pour épaules ses thèses. Les seuls analogies gnostiques qui auraient pu l'aider n'avaient guère laissé de traces que dans les lointains et douteux rapports des hérésiologues chrétiens. Le texte de Wilhem l'aida à sortir de cet embarras. Il n'y vit au début qu'un texte taoïste. Quand il en découvrit plus tard le caractère alchimique, il perçut que l'alchimie médiévale constituait le chaînon qu'il cherchait entre la Gnose et sa propre approche moderne de l'inconscient collectif. Jung ressentait profondément l'étrangeté de ce texte chinois, mais il ne s'agissait pas pour lui, de substituer une approche orientale empirique à la stricte méthode occidentale de recherche scientifique de la connaissance. Il pensait puéril de tourner le dos à la science et de se borner à imiter pitoyablement les méthodes supposées mener à l'extase orientale. La Théosophie lui paraissait exemplaire de cette méprise. La méthode ne devrait être qu'un chemin car tout dépend de celui qui l'utilise. Avouons simplement, disait-il, que nous comprenons mal l'immense portée psychologique du détachement du Monde professé dans le Yi King, ce livre qui fonde la trame millénaire de la pensée et de la sagesse chinoise. L'intellect devient un ennemi de l'âme quand il veut capter le lumineux héritage de l'esprit. Et il en demeure incapable puisque l'esprit vivant intègre toujours le coeur et que c'est unitairement qu'il aspire au dépassement des limitations humaines.

Jung appelle "l'inconscient collectif" le substrat commun que la psyché possède au-delà des distinctions culturelles ou sociales, de même que le corps humain révèle une anatomie commune par de-là toutes les différences ethniques Cette psyché inconsciente ne contient aucun contenu susceptible de devenir conscient, mais des dispositions instinctives communes à toute l'humanité. Elles suffisent pour répondre aux besoins d'une nature relativement constante. Plus la conscience et la volonté deviennent autonomes, plus cet inconscient se trouve renvoyé à l'arrière plan. Finalement, la psyché peut en arriver à une sorte de liberté prométhéenne engendrant parfois un déséquilibre dangereux. C'est un peu le sens des paroles du Yi King: "Lorsque le Yang atteint sa plus grande puissance, la force obscure du Ying croît à l'intérieur de lui, car à midi la nuit commence, le Yang se brise et devient Ying". La tradition chinoise n'a jamais  séparé violemment les opposés mais conseillait au contraire de les concilier. C'est la "nirdvandra" des Hindous, la voie libre d'opposés. Que faire pour prendre cette libre voie? Un vieil adepte prétendait que "Si l'homme de travers utilise le moyen juste, le moyen juste opère de travers". En tant que médecin, disait Jung, autant que j'ai pu m'en rendre compte, les malades qui réalisaient ces progrès libérateurs ne faisaient rien; ils laissaient simplement les choses advenir. Le "laisser advenir", l'action non agissante est ainsi devenue pour Jung, la clé qui ouvre les portes menant à la voie. "Dans le domaine psychique, disait-il, il faut pouvoir laisser advenir". C'est un art véritable, souvent incompris. L'encombrant conscient des Européens ne cesse d'intervenir, de nier, de corriger, et la tentation d'agir est chez eux, constante. Il vaut mieux accueillir tout ce qui arrive avec l'élargissement de la conscience que cette acceptation apporte. Et il est infiniment plus simple d'imiter cette voie chinoise du "laisser advenir" en effectuant le retournement d'attitude qui convient.

L'unification des opposés à un niveau supérieur n'est pas, selon Jung, une affaire rationnelle ni une question de volonté, mais un processus psychique de développement qui s'exprime par des symboles. Ces productions de l'imagination (souvent des pensées), peuvent aussi se traduire par des dessins, essentiellement sous formes de "mandalas", des cercles plus ou moins magiques. Ce sont des images en forme de fleurs, de croix, ou de roues, souvent caractérisées par le chiffre quatre ou la croix. Dans le mystère de la fleur d'or du grand Tao,  la fleur est la lumière et la lumière est le Tao.  La fleur peut être représentée vue d'en haut comme un ornement, ou latéralement comme une fleur sur une plante. Les mandalas la représentent donc avec une structure concentrique de luminosité croissante de la périphérie obscure jusqu'au centre, la bulle germinale, la lumière blanche centrale, le "visage", le point créateur.  C'est tout l'ensemble allant de l'obscurité à la lumière qui représente le Tao. Le symbolisme de cette progression est évident : l'obscur enfante le lumineux, l'inconscient devient conscient sous l'effet d'un processus de vie et de croissance. Ainsi naît, dit Jung, l'unification de la conscience et de la vie. La nature humaine et la conscience (sing) sont symbolisées par la lumière dont l'intensité va croissant. Leur caractère est Yang. A la vie (ming) correspond l'extension progressive de l'image. Son caractère est Yin. Le mandala réunit les deux dans une évidente harmonie. Il faut ici noter que dans la culture orientale, la progressions se fait toujours à partir du centre.  Le Tao est donc mouvement. D'ailleurs le graphisme qui sert à l'écrire réunit deux caractères, le premier signifiant la "Tête", et le second, le verbe "aller", le tout pouvant être interprété comme le "chemin conscient". Remarquons aussi que la forme circulaire exprime l'idée de circulation. la roue tourne, le soleil est vivifié, dit Jung, le Tao commence à opérer, l'action s'inverse en non-agir et le centre soumet les puissances périphériques.

 

Noter la présence d'un cercle protecteur dans de nombreux mandalas.

Lors de la rencontre avec le conscient, l'action de l'inconscient collectif peut entraîner la dissolution de la conscience. Cela explique la présence d'un cercle protecteur dans le mandala. Les contenus inconscients activés sont assimilés par le conscient en prenant la forme d’idées. Il est fort dangereux de nier l’existence de l’inconscient, tant pour l’individu conduit à la névrose, que pour les nations ainsi menées aux pires psychoses collectives.  les concepts d’animus et d’anima de Jung diffèrent des homologues présentés par Wilhelm. Le conscient que Wilhelm traduit par "animus", rendu par le caractère  "houen", est le principe masculin (Yang), une âme de souffle supérieure qui s’élève après la mort, en devenant "chen", esprit ou dieu. Il appelle "anima", "po" le principe féminin (Yin) qui descend après la mort, devenant "kouei", génie ou parfois fantôme. Cette séparation post mortem montre que la philosophie chinoise reconnaissait deux facteurs distincts mais unis dans la psyché humaine. "Bien qu'à l'origine, ils soient une seule chose dans une essence unique, opérante et véritable, ils sont deux dans la résidence du créateur". Pour clarifier les choses, Jung, embarrassé, propose se substituer le terme Logos à celui de cet animus masculin qui illustre les caractéristiques universelles et impersonnelles de la psyché masculine contrastant nettement avec l’anima feminin. Pour l'animus de la psyché féminine, il utiliserait le mot "Eros". Le "Logos" signifierait la différentiation, la clarification, la discrimination et la séparation, et l’Eros, l’entrelacement et la relation. Le Tao tout entier croît à partir de l'individu. La confusion primitive d’indifférenciation entre le sujet et l’objet ne peut être résolue tant que l'on conserve une identification avec ses parents, ses affect et préjugés, et sa résolution exige que l’on tienne compte autant des exigences de l’inconscient que du conscient. La conscience occidentale n'est en aucune manière universelle, elle est historiquement, religieusement et géographiquement conditionnée. Jung voudrait donc que ses recherches sur la psyché contribuent à jeter un pont de compréhension intérieure et spirituelle entre l'Orient et l'Occident.

Mandala de la synchronicité

Dans un discours prononcé à la mémoire de son ami Wilhelm ainsi que dans la préface de l'édition anglaise de son livre, et parlant des oracles du Yi King, Jung aborda un sujet qui lui est cher et qu'il appelle "Principe de synchronicité".  C'est un thème qu'il a par ailleurs approfondi avec son ami Wolfgang von Pauli, physicien autrichien spécialiste en mécanique quantique et prix Nobel de physique. Paoli et Jung souhaitaient explorer les ponts entre la physique fondamentale et la psychologie. En 1952, ils produisirent en commun un ouvrage intitulé "Synchronicité comme principe de connexions a-causales", livre dans lequel ils schématisaient les quatre lois fondamentales de l'unus mundus (l'unique monde).  En dépit de l'éloignement de leurs disciplines, ils parvinrent à cette déclaration commune : « La psyché et la matière sont régies par des principes communs, neutres, qui ne sont pas, en soi, identifiables. ». La synchronicité est alors déterminée comme ce qui manque pour aboutir à une compréhension unitaire de la psyché et de la physis. Jung a défini la synchonicité sur deux plans en distinguant d'abord les phénomènes repérés dans sa pratique parce qu'ils étaient porteurs de sens pour les sujets concernés. L'autre plan considéré était celui de la coïncidence d'un état psychique avec un état éloigné dans le temps. Dans les deux cas, aucune relation causale ne pouvait être trouvée. Jung avait donc avancé dès 1897 que "l'âme peut être conçue comme une intelligence indépendante du temps et de l'espace". La notion de synchronicité est manifeste, y compris sur le plan psychique, quand deux évènements apparaissent clairement liés entre eux, mais de de façon acausale (sans  qu'aucun soit consécutif à l'autre). Au fil des développements de Jung, ceci aboutit au "Principe de Mach" qui énonce que "La totalité de l'univers est présente à chacun de ses endroits et à chacun de ses moments".  « Bien moins qu'une abstraction, le temps serait donc plutôt un "continuum concret"  renfermant des conditions fondamentales pouvant se manifester simultanément dans un parallélisme acausal. ».

  

 

La Fleur d'Or peinte par Jung en 1929
(d'après un dessin de l'une de ses patientes)

 

 

Le Livre Rouge

 


 

En 1913, un peu avant la première guerre mondiale, Jung, déjà bien connu comme psychiatre, connaît une période dépressive. Âgé d'environ 38 ans, sa vie et ses recherches sont marquées par le doute et la quête de sens. C’est au cours de cette période difficile, qu’il commence à rédiger son Livre Rouge. Le Livre Rouge rassemble les notes et les dessins les plus intimes que C. G. Jung aient réalisés. Il témoigne des tensions qui l’habitent à l’époque et documente sa confrontation avec l’inconscient, qui s’accompagnera parfois de rêves terrifiants et d’expériences personnelles douloureuses. Pendant seize ans, il consignera ces rêves et ces fantasmes dans un volume qu’il illustrera lui-même.  Ce qui s'est alors passé été interprété de diverses façons, comme une maladie créative, une descente aux enfers, un combat avec la folie, une sublimation narcissique, une transcendance, une crise de la quarantaine ou une perturbation interne reflétant les souffrance engendrée par la guerre. Quoi qu'il en soit, il apparait que Jung se soit alors égaré dans le chaos de sa propre psyché. Il était hanté par de sombres visions et entendait des voix intérieures l'interpeller. Il s'inquiétait de ces vivions parfois horribles et se sentait selon ses propres termes, "menacé par une psychose» ou «gagné par la schizophrénie." Il dira plus tard de cette période de sa vie, de ce qu'il appelait "confrontation avec l'inconscient", qu'il se sentait comme drogué à la mescaline. Il a décrit ses visions comme provenant d'un "flux incessant" qu'il comparait à une chute continue de pierres sur sa tête, d'orages, de lave en fusion. "J'ai eu souvent à m'accrocher à la table", rappelait-il, "pour ne pas m'effondrer."

Illustrations tirées du Red Book

Le Livre Rouge est de journal de bord de la traversée entreprise par Jung dans les profondeurs de sa psyché, le compte-rendu extraordinaire de sa "confrontation personnelle avec l'inconscient". Cette phase cruciale de sa vie, durant laquelle il nota tous ses rêves et  ses visions, allait aboutir à ce qui sera l'essence même de son œuvre. L'exploration extrême des profondeurs et le débat avec l'inconscient seront pour lui la source d'inspiration fondamentale de sa volonté d'essayer de déchiffrer la complexité de la psyché, ainsi qu'un puissant moteur pour la réalisation de ce projet. S'il avait été un patient psychiatrique ordinaire, Jung aurait été poussé à ignorer ce qui se passait dans sa tête, mais, en tant que psychiatre, il a plutôt tenté de faire tomber le mur séparant son moi rationnel de son psychisme. Pendant environ six ans, Jung a voulu empêcher son esprit conscient de bloquer ce que son inconscient voulait lui montrer. Entre les rendez-vous avec ses patients, après le dîner avec sa femme et ses enfants, quand il avait un peu de liberté, Jung s'asseyait dans son bureau et laissait survenir en lui les pensées et hallucinations, (qu'il appelait "imaginations actives"), afin, disait-il, "de saisir les fantasmes qui s'agitaient en ses profondeurs". Il écrivit plus tard dans son livre Souvenirs, rêves et pensées :  "Je savais que je devais me laisser sombrer avec elles vers le bas". Ce qu'il écrivait alors n'avait plus le détachement ni l'impartialité habituelle de ses rigoureux  essais universitaires sur la psychiatrie. Ces écrits devenaient une sorte de jeu fantasmagorique mené par le désir qu'avait Jung tout à la fois de tracer une voie hors de son marécage intérieur, mais aussi d'en ramener une partie des richesses découvertes.

En effet, Jung enregistrait tout ce qu'il percevait.  Il d'abord tout noté dans une série de six petits cahiers noirs. Il a ensuite analysé ses phantasmes et les a explicités en les reportant dans un style prophétique et solennel dans un grand livre relié en cuir rouge. Le livre détaille sans pudeur ni honte le long voyage psychédélique parcouru dans son propre esprit, une progression vaguement homérique faite de rencontres avec des gens étranges qui se déroulent dans un curieux décor onirique. Écrit en allemand, il comprend 205 grandes pages pleines de calligraphies élaborée et d'images peintes qui sont en fait des tableaux extraordinairement détaillés et très richement colorés. L'ouvrage final ressemble étonnement à un manuscrit du 15e ou 16e siècle. Il a fallu d'innombrables heures de travail pour recopier le texte original à l'encre de Chine en écriture gothique sur du parchemin, et l'enluminer de lettrines et de cabochons, en insérant les gouaches entre les pages. Jung a travaillé sur son livre, qu'il appelait simplement "le Livre Rouge" pendant seize années, c'est à dire bien longtemps après la fin de sa crise existentielle, mais il ne l'a jamais terminé. En 1930, il décida soudain de l'interrompre au milieu même d'une phrase. Cependant, il s'en inquiétait souvent, se demandant si sa publication éventuelle serait comme ayant un caractère scientifique par ses pairs ou bien s'il valait mieux l'oublier dans un tiroir. Jung demeurait pourtant sans équivoque à cet égard. "Toutes mes œuvres, toute mon activité créatrice, on s'en souviendra plus tard, est venue de ces fantasmes initiaux et de ces rêves". En fait, Jung a gardé le Livre rouge soigneusement enfermé dans un placard de sa maison de Küsnacht dans la banlieue de Zurich. Quand il est mort en 1961, il n'avait pas laissé d'instructions précises sur ce qu'il fallait en faire.

 

L'édition française du Livre rouge exposé au musée Guimet en 2011
ll se pourrait au Jung ait trouvé l'une de ses sources d'inspiration dans
 le Livre rouge de HERGEST dont le manuscrit conservé à Oxford,
est le premier texte évoquant le Graal.
 
2 pages du Livre Rouge de Hergest
Images reproduites avec l'aimable autorisation de
 "The Principal and Fellows of Jesus College, Oxford"
 (Document référencé sous l'index "Jesus College MS 111")
Reproduction interdite par le Jesus College

Lien vers le Livre rouge de Hergest de la bibliothèque du Jesus College  Oxford University
 

 

 

Liber novus & Liber secundus

 


 

Le Livre Rouge comprend plusieurs parties qui s'enchaînent : "Le "Liber Novus" dévoile la crise vécue par Jung qui craignait même la folie. Apparaît ensuite le personnage d'Elie qui deviendra Philémon.  Dans le "Liber Secundus", son cheminement intérieur semble se complexifier et s'apaiser. Dieu réapparaît, Jung revient vers le christianisme et les religions, et commence à donner un sens nouveau à sa vie. Il retrouve progressivement la voie de son unification. Il y a de très nombreuses illustrations dans le Livre Rouge, sous de multiples formes et formats. Jung écrit et peint difficilement sur des parchemins et au début, dans le Liber Novus, ses dessins sont un peu maladroits et de petits formats. Dans le Liber Secundus, la seconde partie du Livre Rouge, les illustrations sont plus nombreuses, les dessins deviennent réalistes et s'agrandissent en pleine page. Certaines images illustrent ou reformulent les idées du texte, mais d'autres en sont éloignées ou sans rapport évident avec lui. C'est que Jung choisissait alors de laisser venir a lui l'inspiration artistique du moment. Dix-huit pages présentent de beaux mandalas en couleurs, inspirés de ceux du Tibet, avec des thèmes plus ou moins "gnostiques", et des caractères runiques.  Á la fin du livre second, Jung écrit: "Il faut que je reprenne les choses à un moment du Moyen-âge, à l’intérieur de moi-même (…) "Je dois repartir aux débuts, à ce moment où les moines ermites ont disparu". Il dit aussi :"Les années durant lesquelles j'étais à l'écoute des images intérieures constituèrent l'époque la plus importante de ma vie, au cours de laquelle toutes les choses essentielles se décidèrent. Car c'est là que celles-ci prirent leur essor et les détails qui suivirent ne furent que des compléments, des illustrations et des éclaircissements. Toute mon activité ultérieure consista à élaborer ce qui avait jailli de l'inconscient au long de ces années et qui tout d'abord m'inonda". Ce fut la matière première pour l'œuvre d'une vie.

Illustrations tirées du Red Book

Illustration tirée des "Sept Sermons aux morts" de JUNG

Jung lui-même a longtemps hésité à publier son livre. Il en a retravaillé occasionnellement le texte, comme s'il envisageait une parution, et il a aussi consulté des amis ou des proches à ce sujet, mais il n'en n'a rien fait et n'a pas laissé d'instructions avant sa mort, se bornant à demander que le Livre Rouge, son manuscrit si somptueusement calligraphié et orné,  demeure dans la famille. Les héritiers ont protégé le "trésor familial" dans un coffre-fort, sans même en autoriser la consultation. C'est finalement l'universitaire britannique Sonu Shamdasani qui a su convaincre les héritiers que le risque d'une édition non-autorisée existait et qu'il conseillait d'autoriser d'en faire une édition soignée, respectueusement traduite et annotée. Cette idée a finalement été acceptée par la famille de Jung,  d'où la parution en 2009 des versions allemande et anglaise. Une édition française est maintenant disponible. Le Livre Rouge (Liber Novus) demeure une pièce majeure de l'œuvre de Carl Gustav Jung, élaborée entre 1914 et 1930. Une troisième partie du Livre rouge, reprise d'un manuscrit non calligraphié a été retrouvée dans les archives de Jung. Il y dialoguait avec les morts. Cela permit de redécouvrir l'un des textes les plus étranges de Jung, "les Sept Sermons aux Morts"  qui a été intégrée à l'édition sous le sous-titre "Épreuves". L'exemplaire original du Livre Rouge a été exposé au musée Guimet, en 2011,  dans le cadre de "l'exposition Le Livre Rouge de C.G. Jung". Tous ces textes et illustrations autorisent un nouveau regard le cheminement et le travail et du psychanalyste qui était aussi un artiste de talent. Jung a également peint sur un parchemin distinct un grand mandala superbe et complexe qu'il a intitulé "Système du Monde dans sa Totalité" et qui symbolise l'ordre général du monde dans ses différentes fonctions et tensions opposées, représentant à la fois le microcosme de la psyché humaine et son insertion dans le macrocosme cosmique.  Mais Jung n'était pas que peintre et dessinateur. Il y avait plusieurs de ses sculptures de pierre dans le jardin de sa maison de Küsnacht dont les murs de la tour était décorée de tableaux tirés de son livre.

 
Le grand mandala du Microcosme

 


 

Aspects du Livre rouge - Liber Novus - versions anglaise et française

 


 


 

Commentaires et iconographie.


 
Voir des pages du Le livre rouge .
Liber novus -Page 66 Liber novus - Page 143

Cliquez ici pour voir 24 grandes images du Liber secundus - Livre Rouge de C G JUNG

L'édition française du fac simile du Livre rouge de Jung a fait l'objet d'une exposition spéciale
au Musée des Arts Asiatiques en 2011 (Musée Guimet)

Lien avec le livret de l'exposition du livre au musée Guimet


Citations de Carl Jung

 

Il est bien difficile d'être simple.

Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l'apathie en mouvement.

Qui regarde dehors rêve. Qui regarde à l'intérieur se réveille.

Ce n'est pas en regardant la lumière qu'on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité.

La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.

Les gens feront n'importe quoi, peu importe l'absurdité, afin d'éviter de faire face à leur propre âme

La chose la plus terrifiante, c'est de s'accepter soi-même.

Soyez ce que vous avez toujours été.

Il ne s'agit pas d'atteindre la perfection, mais la totalité.

En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas.
 Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être

 

Accéder ici à d'autres citations


Les rêves

En fait, les rêves sont des produits de l'âme inconsciente;

ils sont spontanés, sans parti pris,

soustraits à l'arbitraire de la conscience.

Ils sont pure nature, et, par conséquence,

d'une vérité naturelle et sans fard;

c'est pourquoi ils jouissent d'un privilège sans égal

pour nous restituer une attitude conforme

à la nature fondamentale de l'homme,

si notre conscience s'est éloignée de ses assises

et embourbée dans quelque ornière ou quelque impossibilité.

-

Méditer ses rêves, c'est faire un retour sur soi-même.

Au cours de ces réflexions,

la conscience du moi ne médite pas sur elle seule;

elle s'arrête aux données objectives du rêve

comme à une communication ou à un message

provenant de l'âme inconsciente et unique de l'humanité.

On médite sur le Soi et non sur le Moi

sur ce soi étranger qui nous est essentiel, qui constitue notre socle

et qui, dans le passé, a engendré le moi;

il nous est devenu étranger, car nous nous le sommes aliéné

en suivant les errements de notre conscience."

-

C-G Jung

 

Petite barre de navigation


Navigation locale - Tous les cahiers
 

Cahier 1

Cahier 2 Cahier 3 Cahier 4 Cahier 5
La fantasmagorie sensorielle La traversée du miroir noir Poussières d'étoiles De boue, de sang, de peur, de désir Les eaux du fleuve
Cahier 6 Cahier 7 Cahier 8 Cahier 9 Cahier 10
Les rayons ardents du Soleil Le phare ruiné d'Alexandrie Des flambeaux dans la nuit Une soif inextinguible La conscience et la liberté
Cahier 11 Cahier 12 Cahier 13 Cahier 14 Cahier 15
Je refuse donc je suis Ombres et Lumières Les derviches tourneurs La Rose Croix L'Homme triple
Cahier 16 Cahier 17 Cahier 18 Cahier 19 Cahier 20
Le Cosmos est-il vivant ? La vie mystérieuse Le Bardo Thödol tibétain La Bhagavad Gītā Le Shintô japonais
Cahier 21 Cahier 22 Cahier 23 Cahier 24 Cahier 25
Le Tao Le mythe de l'Arche de Noé Zoroastre et les Pârsîs De la Gnose aux Cathares Le Cao Dai
Cahier 26 Cahier 27 Cahier 28 Cahier 29 Cahier 30
La Quête du Graal Le Vaudou Cosmos et Microcosme Le Jaïnisme Hermès Trismégiste
Cahier 31 Cahier 32 Cahier 33 Cahier 34 Cahier 35
La Divine Comédie Amour, Désir, et Théosophie Le Graal chez Richard Wagner La Foi des Cathares Les antiques religions à Mystères 
Cahier 36 Cahier 37 Cahier 38 Cahier 39 Cahier 40
Les Dieux Grecs La Religion des Romains L'Homme incréé La réincarnation selon Platon Plotin et le Néoplatonisme
Cahier 41 Cahier 42 Cahier 43 Cahier 44 Cahier 45 
De Giordano Bruno à l'Univers vivant Robert Fludd et la Rose+Croix Krisnamurti et l'inconcevable "Otherness" J.C. Jung - Du Livre rouge à la Fleur d'Or La Gnose et les Gnostiques
Cahier 46 Cahier 47 Cahier 48 Cahier 49 Cahier 50
L'Illusion de la Connaissance Orphistes et Pythagoriciens Contes  Persans et Soufi  La Kundalini et les Chakras

Bégards, Béguines et Turlupins

 

Navigation générale

Retour Suite Livres Florilège Cahiers Galerie Carnet Musique Auteur Copyright
Contenu du Site Liens utiles Page d'accueil

 

Donnez, s'il vous plait, votre avis sur la présentation et le contenu de cette page en utilisant le lien ci-dessous. Merci.

Accès Email

Haut de page