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Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 29 - Le Jaïnisme.

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   
 

Table des Matières interactive.

Introduction.
Origine du Jaïnisme.
La doctrine et la cosmogonie jaïna.

La communauté jaïna.
Les engagements des Jaïns.

La grande onction de Bahubali.

Compléments, illustrations et liens.
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  Le Jaïnisme.

Introduction

 

 

Le Jaïnisme, les Tîrthankara, et le svastikâ 

Étrange rencontre que celle de l'antique symbole de la non-violence la plus absolue avec celui du brutal et récent mouvement nazi. Le svastikâ est une image habituelle de la destinée cyclique de l'univers dans diverses religions orientales. Pointant vers la droite, elle symbolise sa construction ou son évolution tandis que vers la gauche, elle représente son involution ou sa destruction. La svastika est encore plus importante dans le Jaïnisme où elle est un signe favorable qui représente les quatre états possibles d'existence des âmes non libérées dans le Monde, humain, animal ou végétal, céleste, et infernal. Le svatiskâ figure aussi le septième saint, Tîrthankara Suparshvanâtha souvent statufié avec une canopée de serpents au dessus de la tête. Mais les Jaïns utilisent aussi d'autres symboles, tel celui-ci, un "Aaaum" stylisé, surtout utilisé en Occident,

Les Tîrthankara sont les maîtres jaïns divinisés après avoir atteint la libération de l'âme par la résolution de leur karma. Les Jaïns assurent que 24 Tîrthankara apparaissent dans chaque cycle du temps et que le Monde a toujours existé. Dans le cycle actuel, Rishabha aurait été le premier, Ajita, le second, Pârshva, le 23ème, et Mahâvîra, le 24ème et dernier. Plusieurs livres sacrés jaïns shvetembara et digambara ont été traduits par Pierre Paul Amiel qui évoque les importantes communautés jaïnes actives actuellement hors de l'Inde, particulièrement dans le monde anglo-saxon. La main ouverte est le symbole universel du Jaïnisme. Elle porte en son centre la roue de la loi avec le mot "ahimsâ" signifiant non-violence.

  

Origine du Jaïnisme

 

 

Le Jaïnisme est un mouvement religieux indien indépendant du Bouddhisme. Cependant, comme lui, c'est à la fois une religion et une philosophie. Le Jaïnisme aurait été fondé par le réformateur Pärshvanatha, fils d’un roi de Bénarès. Parvenu à la connaissance suprême par la méditation et l’ascèse, ce prophète aurait unifié différentes chapelles et fait connaître la Loi jaïne à ses nombreux disciples, avant de se laisser mourir de faim. D'autres sources considèrent que le véritable fondateur du Jaïnisme fut son successeur, Mahâvîra, le 24e et dernier des grands guides spirituels de la tradition jaine. Il réforma la religion des Jaïns au 6e siècle avant J. C. et en durcit la discipline. Le Jaïnisme semble être antérieur à l’hindouisme. Les Véda, écritures sacrées hindouistes très anciennes, indiquent que les Jaïns sont les premiers Tirthankara, (les Maîtres divinisés). La différence essentielle entre la spiritualité jaïne et l’hindoue, c'est que le Jaïnisme est une religion sans dieu. Pour les Jaïns, le divin réside dans tous les êtres vivants mais pas dans l'inanimé. C'est un concept dualiste qui différencie JIVA, l'âme, et AJIVA, la matière. La Jiva est l’énergie sensible de la conscience, de la connaissance et de l’intuition. L’Ajiva est ce qui ne contient pas cette énergie sensible. Il y aurait actuellement 5 millions de Jaïns en Inde et dans d'autres pays.

Mahâvîra

Le Jaïnisme est une philosophie basée sur le principe de la non-violence. C'est l'AHIMSA, la règle éthique suprême. La règle va bien au-delà de l’abstention de toute violence. Elle requiert la sollicitude et l’amour dans le comportement quotidien. Pour les jaïns, l'Ahimsâ signifie la non violence assumée en permanence dans la pensée, dans les paroles et dans les actes. Ce principe fondamental n’admet aucune dérogation ni incitation active ou passive à la violence. Il exige une considération attentive des relations établies avec tous les êtres vivants. L’engagement jaïn influence la vie de tous les jours. Les Jaïns sont végétariens mais la pratique du végétarisme n'est qu'un principe parmi d’autres. Les Jaïns doivent être vertueux et sont tenus d'exercer une profession accordée à leur philosophie. En effet, dans le Jaïnisme, chaque pensée, chaque mot, chaque acte, est une cause qui entraîne une conséquence, un karma, une charge qui lie l'âme à la matière. La violence, l’avidité et la haine alourdissent cette charge et renforcent ce lien, tandis que la quête de connaissance et les bonnes actions, l’affaiblissent. Le but de la vie est de se libérer du lien karmique. L’âme doit se détacher de la matière et mourir en état de liberté pour sortir du cycle des réincarnations. Tous les Tîrthankara dont les statues sont honorées dans les temples auraient réalisé cette libération.

Symbole du Jaïnisme
 

La seconde règle éthique de la philosophie jaïne est l’ANEKANTAVADA. Elle incite à comprendre la relativité de ce qui est perçu de la réalité qui est trop complexe pour être envisagée d'un seul point de vue. Il faut donc l'appréhender sous divers aspects pour en prendre une certaine connaissance. Ceci implique une grande tolérance à l'égard de l'avis des autres, et les Jaïns n'imposent pas leurs opinions par la violence verbale. Les Jaïns appliquent le principe de non-violence, (ou de non-nuisance), de la façon la plus large possible. Ils ne consomment aucune chair animale, n'acceptant que les végétaux et des produits laitiers. Les plus stricts s'abstiennent aussi de racines pour ne pas blesser de petits animaux en les extrayant du sol. De nombreux moines et nonnes, et même les laïcs, prononcent des vœux d'ascétisme plus ou moins contraignants selon leur état. Cette attitude devrait les amener à une plus grande pureté et les détacher de l'avidité pour les biens matériels. Les religieux portent généralement sur eux un petit balai ou un plumeau avec lequel ils écartent la poussière et les insectes avant de s'asseoir. Les moines et nonnes sont répartis en deux écoles qui travaillent ensemble. Les "Shvetambara" sont habillés d'un simple tissu blanc. Les "Digambara" portent un petit pagne, et quelques moines, "habillés par le ciel", vivent complètement nus, même en public, pour montrer leur absolu détachement du monde terrestre.

  

Les deux groupes de moines et de nonnes jaïns en réunion. 

 

 

La doctrine et la cosmogonie jaïna

 

 

La doctrine Jaïne comporte trois fondements, les trois joyaux de la connaissance, de la foi, et de la conduite. La connaissance est l’attribut essentiel de l’âme. Elle repose sur les perceptions sensorielles qui permettent de comprendre les véritables natures de l’espace et du temps. Les âmes, éternellement vivantes, existent en nombre infini. Ces entités spirituelles habitent les organismes corporels auxquels elles sont liées. Les organismes possèdent plusieurs corps plus ou moins subtils, le corps physique des humains et des animaux, le corps de transformation des dieux et des démons, le corps de transfert qui permet à certains hommes d’agir à distance, le corps ardent qui donne l’énergie, et le corps karmique qui contient le poids du passé. L’âme peut s’incarner dans les êtres mobiles d’espèces différentes mais aussi dans des être immobiles. C’est le corps karmique, construit par les actes, qui cause la servitude de l’âme, (pure de nature), tant qu’elle est attachée à un organisme corporel, (impur de nature). Les liens de l’âme sont les passions engendrées par le karma. Pour libérer l’âme, il faut se détacher des passions, ce que permet la seule religion. A la mort, l’âme libérée de la matière karmique rejoint le sommet de l’univers. Dans le cas contraire, elle reste dans le corps karmique puis se réincarne dans une nouvelle existence, divine, humaine, animale, végétale, ou infernale.

Le Cosmos jaïn

L'ancienneté de la religion jaïne a laissé tout le temps nécessaire à l'élaboration d'une cosmogonie extraordinairement complexe et structurée. Ici,  l'espace est intemporel et composé de deux régions concentriques. Comme une immense enveloppe indéfinie, un non monde ultra cosmique vide et illimité entoure le cosmos où sont localisés tous les êtres matériels ou animés, et où vivent aussi les âmes. Ce cosmos intérieur est lui-même composé de trois mondes distincts superposés. Le supérieur est un merveilleux monde céleste. Le médian est le lieu matériel où vivent les hommes, les plantes, les animaux et les puissances stellaires. Le ténébreux monde inférieur est rempli d'horreurs indescriptibles. Le temps régit le monde médian des hommes et des astres qui tourne en reproduisant indéfiniment des conditions périodiques analogues. Dans chacune de ces périodes, le Jaïnisme distingue deux phases, l'une ascendante dans le bonheur et l'autre descendante dans le malheur, avec chacune six degrés. Nous sommes aujourd'hui dans le Kali-Yuga, à la fin du 5ème degré de la phase descendante, l’âge de discorde et d’hypocrisie. Au cours de cet âge de fer, la véracité, la pureté, la clémence, la miséricorde, tous les principes de spiritualité, la mémoire, la durée de vie et la force physique vont en se dégradant progressivement jusqu’à disparaître presque complètement à la fin du cycle. Le 6ème et dernier degré sera pire.

Les trois mondes jaïns autour du Mont Mérou

Le monde inférieur s'enracine sous le monde médian des hommes. Il comprend sept régions superposées d'étendues croissantes avec la profondeur. Des espaces importants les séparent. Ces lieux ténébreux sont épouvantables, tantôt glacés, tantôt brûlants. Ils sont peuplés d'êtres horribles ou misérables et de particules animales et végétales dont la situation est en relation avec le poids de leur Karma. Dans les régions les plus élevées vivent des entités néfastes qui peuvent gagner le monde médian des hommes. Les plus profondes sont des lieux infernaux peuplés par les âmes des criminels. Le monde supérieur commence très au-delà des étoiles. Il compte de nombreuse régions de pure beauté.  Elles sont éclairées d'une brillante lumière. De merveilleuses divinités y habitent, qui échappent aux lois temporelles. Leur taille diminue avec la hauteur où elles siègent. La première zone compte douze étages (kalpa) dont certains sont doubles. Comme les communautés terrestres, ces domaines divins sont régis par des princes et leurs épouses, leurs conseillers, leurs cours, et même leurs armées. Les divinités des kalpa inférieurs vivent dans le luxe et la volupté mais le renoncement aux désirs croit avec l'élévation dans les étages. Deux régions suivent également découpées en plusieurs étages progressivement purifiés. Enfin, la coupole du monde supérieur est le lieu de séjour des âmes libérées.

Le Monde Médian

Entre ces deux extrêmes le monde médian est un immense disque qui tourne autour du Mont Méru. C'est là que vivent les hommes et les Génies stellaires avec les astres qu'ils gouvernent. Les continents centraux ou lointains sont séparés par des océans. Le continent central circulaire est appelé "Jambûdvïpa". les différentes espèces humaines vivent dans une partie de ce lieu. C'est au sud que se trouve l'Inde, le "Bharatavarsha" dont les frontières sont peuplées de barbares. Au delà habitent d'étranges races humaines d'une beauté surprenante qui vivent librement à l'abri des lois karmiques. Mais en Inde, ces lois régissent l'existence difficile des hommes qui doivent y gagner leur délivrance. Dans ce monde vivent aussi de très nombreux animaux et végétaux divers ainsi que d'innombrables animalcules et particules dont certaines attendent encore leur première expérience karmique. Des divinités le parcourent parfois, venant des mondes supérieurs ou inférieurs pour y répande le bien et le mal. D'autres y résident de façon permanente, comme les dieux locaux avec toutes leurs cours, ou les dieux régissant les merveilleux chars des astres. Les cinq classes de dieux stellaires existent tous en double, et les deux membres tournent autour du Mont Meru à l'opposé l'un de l'autre. Ainsi, au Nord comme au Sud de la montagne , au matin comme au soir, on ne voit jamais qu'un soleil ou qu'une lune à la fois.

Le Monde des Hommes

Le continent central circulaire du monde médian est le "Jambûdvïpa", ou "Île du Pommier rose", c'est-à-dire l'Inde. Au Nord et au Sud du Mont Méru central, il est partagé en sept régions par des chaînes de montagnes courant de l'Est à l'Ouest. Les rivières qui en descendant vont se jeter dans l'océan circulaire qui entoure le continent. Le Jambûdvïpa, le Monde des Hommes, est soumis aux lois du temps et à celles du karma. L'écoulement du temps dans ce monde est comparable à la rotation d'une roue dont les périodes analogues, appelées "éons" ou "kalpa", se suivent en se répétant indéfiniment.  Chaque Kalpa comporte deux phases de chacune six degrés. L'humanité passe d'abord progressivement de la félicité la plus élevée à la misère la plus noire. La roue continue de tourner et la destinée reprend son cours en sens inverse, conduisant les hommes du malheur total au bonheur complet. Au cours de chacune de ces très longues phases, de  nombreux personnages dits "éminents" apparaissent. Parmi ceux-ci, on compte vingt-quatre prophètes, les "Jina", (vainqueurs) ou "Tirthankara", (ou traceurs de gué) qui sont des guides sur le chemin de délivrance. S'y ajoutent douze "Souverains universels", vingt-sept paladins ainsi que des législateurs. En ce cinquième âge qui est le nôtre, nous irions aujourd'hui vers la fin d'une phase descendante ce qui explique l'état misérable du Monde.

  

Cosmogonie Jaïna détaillée
 


 

La communauté jaïna

 


 

Le Jaïnisme est la plus ancienne "religion philosophie" du monde. On a découvert dans la vallée de l'Indus des statues jaïns qui datent de plus de 3500 ans avant notre ère. Ses principes n'ont pas changé depuis 5000 ans. Son influence en Inde demeure importante. Le Jaïnisme s'efforce d'y faire disparaître le système des castes, il s’oppose à l’esclavage, il propose un statut pour les intouchables et essaye de rendre les individus plus autonomes à l'égard des superstitions. Zélateurs de la non violence, les Jaïns ont inspiré la politique de Gandhi. Ils n’ont jamais essayé d'imposer leurs principes par la force contrairement aux autres grandes religions, et ils acceptent tous ceux qui voudraient y adhérer. L'appellation "Jaïn" vient du sanscrit Jina dharma, la religion des Jina, c'est à dire des vainqueurs, des humains dont l'âme a remporté la victoire. Tout le monde peut devenir un Jina. Il y a deux catégories de Jina. On distingue les Jina ordinaires, qui sont simplement soucieux de leur salut personnel, et ceux qui ont atteint la connaissance suprême et  montrent aux autres la voie de la libération. Ces guides spirituels sont appelés "Tirthankara". Les Jaïns ne croient pas en un dieu créateur, et le monde serait incréé et éternel. Cependant, ils ne sont pas athées. Ils croient que les seules véritables formes divines sont des êtres qui ont réussis à libérer leurs âmes. Et une âme libérée devient un dieu.

Le texte hindi de salutation "Jay Jinendra" signifie "Victoire à ceux qui ont dominé leurs sens"

L'activité des Jaïns tend à briser le cycle des réincarnations de l'âme dans des formes corporelles. Pour cela, ils doivent appliquer le principe de la non violence afin de détacher les mauvaises particules karmiques de leur âme. Libérée, elle sera promise à une infinité de bonheur, de connaissance, de perception, et de pouvoir, devenant ainsi un dieu. Pour travailler à cette libération de l’âme, il faut suivre des principes, ou vœux. Il y a deux sortes d'engagements. Les fidèles laïques prononcent de petits vœux, en fonction de leurs possibilités, et les religieux, moines et nonnes, prononcent de grands vœux qu'ils appliquent avec une grande rigueur. Le Jaïn s’engage à respecter cinq interdits, ne pas nuire aux êtres vivants, ne pas mentir, ne pas voler, ne pas manquer à la chasteté, ne pas s’attacher aux biens matériels. "Ahimsâ", le principe de non violence envers tous les vivants, conduit à ne pas manger de viande, de poisson, ni même de miel, ne pas porter de cuir, de fourrure, de soie ou autre matière nécessitant la mort d' un animal. Il ne faut pas tuer les insectes dérangeants, éviter de les écraser en marchant ou qu'ils se noient dans un seau, ou qu'ils se brûlent sur une bougie. etc.. Les ascètes balayent le sol avant de marcher ou de s'asseoir pour ne pas écraser de petits insectes. Certains se couvrent même la bouche d’un tissu blanc pour ne pas risquer d’en avaler. "Ahimsâ" est le vœu premier des Jaïns.



L'Achârya Mahâprajna, chef religieux des Shvetâmbara Terâpanthis

Le principe de non violence est préconisé par beaucoup de religions mais les jaïns en prescrivent la stricte application. Les vœux suivants découlent du principe d'Ahimsâ. Le second, "Satya", engage à ne pas mentir,  ni s'égarer dans la fausseté, et réfléchir avant de parler pour ne pas blesser par ses paroles. "Asteya" est le vœu de l’honnêteté, ne pas voler ni prendre ce qui n’a pas été donné. "Brahmacharya" concerne la sexualité. Pureté sexuelle pour les laïques et chasteté pour les ascètes. Le viol, la pédophilie, la zoophilie sont contraires à l’Ahimsâ. "Aparigraha" interdit l'avidité et toute forme d’attachement pour l’argent et les biens matériels, et même pour les personnes. Par extension, c’est le vœu de restreindre les possessions qui attirent jalousie et violence. Tous ces vœux conduisent à vaincre la nature matérielle par le travail spirituel. Quatre vertus supplémentaires sont conseillées, "Maitri", l'amitié envers tous les êtres vivants, "Pramoda", la joie de rencontrer des êtres plus avancés, "Karunâ" la compassion pour les malheureux, "Mâdhyasta", l'indifférence envers la discourtoisie subie. Dix vertus générales doivent être pratiquées, l'indulgence, la sensibilité, la droiture, la pureté, la loyauté, la sobriété, l'austérité, le renoncement, le détachement, et la chasteté. Ces principes purificateurs sont à appliquer avec rigueur tant pour alléger le karma propre de chacun que pour celui des autres.

Un Jaïn est disciple d’un maître spirituel, "Âchârya", d'un Gûrû ou d'une Gûrûnî". Le "Sangha" actuel (communauté jaïne) est celui de Mahāvira. Il se compose des Sādhus (moines), des Sādhvis (nonnes), des Shrāvakā (hommes laïcs), des Shrāvikā (femmes laïques). Le Jaïnisme a connu divers schismes qui ont engendré plusieurs sectes. Le dernier a séparé les Digambara et les Svetâmbara qui interprètent différemment la même doctrine. Les Digambara (vêtus de ciel), considèrent la nudité (historique) comme absolument nécessaire à l'obtention du salut. Les Svetâmbara (vêtus de blanc), assurent qu'elle n'est pas essentielle. Les Digambara disent que la femme doit renaître sous la forme d'un homme pour obtenir la libération. Les Svetâmbara affirment qu'elle est capable de la même réalisation spirituelle. Les Digambara pensent qu'un ascète omniscient peut se passer de nourriture, (inacceptable pour les Svetâmbara). D'autres différences mineures concernent l'histoire du Jaïnisme, la parure de statues ou la nourriture des ascètes. Les moines Svetâmbara mendient partout leur nourriture. Les Digambara la prennent debout, dans la paume des mains, issue des seules maisons où leur pensée secrète (sankalpa) est satisfaite. Les ascètes Svetâmbara peuvent posséder quatorze objets utiles. Les Digambara n'en possèdent que deux, un balai à plumes de paon (picchi) et un pot à eau en bois (kamandalu).

Dans la recherche de son salut, l'âme est paralysée car elle est emprisonnée dans son association avec la matière karmique du Monde. Le cheminement vers sa libération passe par la "Ratnatrayamarga", une triple voie marquée par le concept remarquable de "Justesse". La JUSTESSE, c'est la qualité de ce qui est juste, exact, pertinent, parfaitement approprié à son intention. Il est demandé aux Jaïns d'avoir "la foi juste", d'être convaincus de la justesse des principes fondamentaux du jaïnisme, d'être exempt de perversité, de soutenir les principes jaïns, de détourner les gens des superstitions, d'être exempt d’orgueil. Ils doivent aussi avoir "la connaissance juste", celle des principes jaïns acquis par l’écoute et la lecture des écritures, en les comprenant correctement et avec l’ouverture d’esprit convenable. Il leur faut enfin mener "la conduite juste" en parfait accord avec la foi et la connaissance justes. Il leur faut encore distinguer la conduite imparfaite des laïques et la conduite sans réserve  des ascètes qui essayent de réaliser présentement leur salut. Seule la vie en religion conduit à la Délivrance (moksha). Á sept ans et demi, un enfant peut entrer en noviciat pour devenir moine. Il est ensuite consacré. Les cheveux rasés, il revêt la robe monastique, reçoit un nouveau nom, prononce les cinq vœux et entre dans un groupe  pour pratiquer la Loi, sous la stricte direction d'un Gûrû ou d'une Gûrûnî.

  

Entrée d'un temple Jaïn

 

Les engagements des Jaïns

 


 

Le moine Jaïn est itinérant, se tenant dehors sauf pendant la mousson. Il ne possède qu'une pièce d’étoffe qu’il ne doit ni laver ni réparer, un bol à aumône, et un plumeau pour écarter les insectes  (Certains mettent un bandeau devant la bouche). Ses journées comptent quatre périodes, réservées chacune à une occupation précise, étude, méditation, tournée d’aumône, sommeil. Il doit étudier les textes rituels et les formules convenues. Il ne mange que le jour pour éviter d'avaler des moucherons. Les repas journaliers sont soumis aux prescriptions de jeûne. Le moine doit confesser ses défaillances et les racheter par des pénitences. Membre de la communauté, il doit y pratiquer l’entraide et dispenser son soutien spirituel aux laïcs. Ceux-ci sont étroitement intégrés à la communauté et astreints, eux aussi, à l’observance de vœux. Tout Jain s’engage à respecter les cinq interdits, ne pas nuire aux êtres vivants, ne pas mentir, ne pas s’approprier le bien d'autrui, être chaste, ne pas s’attacher aux biens matériels, et de plus ne pas manger de nuit. Pour les religieux, ces cinq interdits sont des vœux majeurs extrêmement rigoureux. Les laïcs assurent la vie matérielle des religieux, construisent et entretiennent des temples, et soutiennent les déshérités, y compris les animaux vieux et malades qu’ils recueillent dans des hospices spéciaux.

Le Temple Jaïn de Ranakpur
 

Le laïc n’est soumis qu’à des vœux mineurs, mais sa vie n'est pas facilitée pour autant. Ceux-ci sont en effet complétés par sept règles de moralité. Le laïc s’interdit toute action inutile ou risquée et limite ses activités dans l'espace. Il s’imposer la modération et médite plusieurs fois par jour. Il limiter ses occupations. Il jeûne le jour et veille la nuit au moins deux fois par mois. Il distribue toutes sortes d’aumônes. La vie du laïc progressant en perfection rejoint ainsi la vie religieuse. Certains Jaïns pratiquent le culte des statues des Jina (Maîtres) et allument une lampe devant elles. Les cultes plus élaborés comportent des rites journaliers effectués dans un temple. Certains jaïns ne révèrent pas les statues,  préférant la méditation et les prières silencieuses.  Le culte peut prendre de nombreuses formes. Il existe un rite du bain de la statue (snatra puja) qui symbolise celui du Tirthankara nouveau-né fait par les êtres célestes, que l'on peut faire chez soi. Il y a aussi une pratique comprenant une série de prières destinées à ôter les karma. Les Jaïns ne vénèrent pas un Dieu éternel auquel ils ne croient pas. Le culte concerne seulement les grands êtres qui ont atteint la Divinité par eux-mêmes. Il ne font pas de sacrifices ni d'offrandes quelconques ni de prières dans le but spécifique d'en obtenir des faveurs. 

La base essentielle de la religion jaïne est l'ascèse comportementale qui conduirait à la libération de l'âme. Dans la communauté jaïne, les laïcs demeurent étroitement reliés aux ascètes. L'état laïque prépare à celui d'ascète. Les règles prescrites pour les laïcs et pour les ascètes ne diffèrent pas en genre, mais en degré. Les seconds doivent les pratiquer de façon rigoureuse. Lorsque qu'un laïc a observé convenablement les règles et franchi les étapes coutumières, il est qualifié pour devenir un ascète. Son admission est une cérémonie d'ordination appelée diksha. L'étape ascétique prescrit un complet renoncement au monde. Le seul objectif devient la libération totale de l'âme (moksha). L'ascète abandonne toute entrave, (y compris les vêtements  pour les seuls moines Digambara). Les moines Svetambara et toutes les nonnes portent des vêtements très simples, blancs ou orange. Par le respect des vœux monastiques et la pratique des jeûnes, mortifications, études et méditations, les moines essayent de se débarrasser des charges du karma pour échapper à l’esclavage de la transmigration.  L’ascèse jaïne comporte douze sortes d'ascèse, six externes et six internes, et les Jains distinguent quatorze niveaux de qualification spirituelle au sein desquels les individus s’élèvent mais peuvent aussi redescendre au niveau inférieur.

L'examen des austérités montrent la rigueur du déni de soi que les ascètes ont à mener. Jeûner, c'est manger moins que suffisant, ou n'accepter la nourriture qu'à certaines conditions gardées secrètes, renoncer chaque jour à un aliment plaisant ou non cuit. Les ascètes s'exercent constamment à jeûner et ont élaboré une technique efficace au point d'accepter le jeûne absolu lorsque la mort arrive. Même les laïcs peuvent être autorisés à jeûner jusqu’à en mourir. L'ascète s'assoit ou dort dans un lieu retiré et mortifie son corps. Il pratique la confession, le repentir, le respect, la modestie, l'assistance aux autres ascètes, l'étude des écritures du Canon, l'abandon de l'attachement au corps et la concentration de l'esprit. La méditation est l'exercice spirituel le plus important. L'ascète doit aussi pratiquer un certain nombre d'observances propres. Les ascètes digambrara observent les vingt règles coutumières avec une rigueur progressive. Ils y ajoutent la nudité, l'arrachage manuel périodique des cheveux, l'interdiction de se baigner, l'obligation de dormir sur un sol dur, l'abstention de se laver les dents, l'obligation de manger debout et l'interdiction de manger plus d'une fois chaque jour. Les grands Maîtres auraient conseillé la modération dans l'application de ces dures règles de conduite qui reflètent la rigidité dogmatique du Jaïnisme.



La prière

Les Jaïns vénèrent les Tîrthankara car ils les considérent comme des "traceurs ou réalisateurs du gué" qui permettent aux humains, hommes et femmes, de franchir l'océan des transmigrations en libérant leurs âmes. Il ne les prient cependant pas afin d'éviter de troubler leur béatitude avec des problèmes terrestres inopportuns. Les Jaïns prient leurs divinités particulières ainsi que d'autres empruntées à l'Hindouisme, parmi lesquels Indra, Ambikâ, Padmâvatî, Sarasvatî (déesse de la connaissance), Lakshmî (déesse de la prospérité), Ghantâkarna (protecteur contre les mauvaises influences), Nâkoda, Bhomiji, Ganesh, Bâbubali (dieu d'amour de force et de beauté), etc.. Dès leur lever et à toute occasion, ils récitent le grand mantra "Namokâr mantra ou Namaskâr mantra"  que voici. "Namo Arihantânam", je salue les Arhats  (les vénérables). "Namo Siddhânam", je salue les Siddha (les âmes libérées). "Namo Âyariyânam", je salue les Âchârya (les maîtres spirituels). "Namo Uvajjhâyânam", je salue les Upâdhyâya (les précepteurs). "Namo loe savva Sâhûnam", (tous les ascètes dans le Monde). "Eso pañcha namokkâro savva ppanâsano" (cette quintuple salutation efface tous les péchés), "Mangalam cha savvesim padhamam havai mangalam" (de toutes les choses favorables, c'est vraiment la plus favorable).

  

Cérémonie Jaïne
 

La grande onction de Bahubali

 


 

Le plus célèbre des lieux de pèlerinage jaïns en Inde du Sud est celui de Shravana Belgola, au Karnataka. La colossale statue debout du prince Bahubali s'élève en haut d'un escalier de 620 marches sur une colline de 145 mètres. Elle mesure 22 mètres de haut et 8 mètres de large. Ce monolithe fut taillé il y a mille ans dans un énorme bloc de granit. Un temple à galeries l'entoura ensuite. C'est la plus grande des statues de Bahubali existantes en Inde. Dans les temples jaïns, les statues sont rituellement entièrement lavées chaque jour. Ce rite quotidien n'est effectué que sur les pieds de cette gigantesque sculpture. Cependant, tous les douze ans, un grand échafaudage est construit afin d'arroser copieusement la statue d'un mélange d'eau et d'offrandes colorées diverses. Avec chants et danses, des centaines de milliers de fidèles assistent à ces cérémonies. Les dernières ont eu lieu en 1993 et 2006. Au décès du roi Bhârata, ses fils Bahubali et Bharat désiraient tous deux la couronne. Pour éviter la guerre, on la remplaça par un combat entre les frères. Bahubali fut vainqueur mais s'en repentit. Troublé par ce combat, il décida d'abandonner le royaume pour se consacrer à l'ascèse jusqu'à atteindre l'illumination spirituelle. Et ce valeureux Siddha demeura debout, nu, pendant des mois, dans une contemplation continue, de sorte qu'une vigne s'enroula autour de son corps.

Des moines digambara lavent les pieds de la statue de Bahubali
(Veuillez noter le plumeau qui ne les quitte jamais)
Cliquez les images ci-dessus ou dessous
pour accéder à la page de la grande onction (dite Festival)

Les bains de la statue à la grande onction de Bahubali
 

 

 

Compléments, illustrations et liens.

Lampes devant les statues des Jinas

Décor dans le Temple jaïn de Ranakpur

Symboles médiévaux du Jaïnisme

 

Représentation Jaïne naïve
de la déesse Lakshmi (la prospérité)

Des femmes jaïnes en pèlerinage aux pieds
de la statue géante de Bahubali

 

Un lien vers plus d'informations sur les sous-sectes jaïnes

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La Divine Comédie Amour, Désir, et Théosophie Le Graal chez Richard Wagner La Foi des Cathares Les antiques religions à Mystères 
Cahier 36 Cahier 37 Cahier 38 Cahier 39 Cahier 40
Les Dieux Grecs La Religion des Romains L'Homme incréé La réincarnation selon Platon Plotin et le Néoplatonisme
Cahier 41 Cahier 42 Cahier 43 Cahier 44 Cahier 45 
De Giordano Bruno à l'Univers vivant Robert Fludd et la Rose+Croix Krisnamurti et l'inconcevable "Otherness" J.C. Jung - Du Livre rouge à la Fleur d'Or La Gnose et les Gnostiques
Cahier 46 Cahier 47 Cahier 48 Cahier 49 Cahier 50
L'Illusion de la Connaissance Orphistes et Pythagoriciens Contes  Persans et Soufi  La Kundalini et les Chakras

Bégards, Béguines et Turlupins

 

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