Accueil Livres Cahiers Florilège Galerie Carnet Auteur E-mail Copyright Plan du site Télé-chargements

 

Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 41 - De Giordano Bruno à l'Univers vivant.

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   
 

Table des Matières interactive.

Introduction.
Biographie de Giordano Bruno.
Les apports hylozoïstes de Bruno.

Les théories mécanistes.
Commentaires et Illustrations.
Moteur de recherche & Barre de navigation.

Les flèches vous ramènent ici
 
Outil de recherche dans tout le site, avec des mots clés - Search in all the site, using key words
Moteur spécial de recherche interne  Google ---> 

De Giordano Bruno à l'Univers vivant.

Introduction

 

 

L'hylozoïsme est une doctrine philosophique qui considère que tout est vivant dans l'Univers, que toute matière est donc animée, doué de mouvement et d'âme (Celle-ci étant le principe de la vie organique et de la pensée). Elle est proposée par les philosophes grecs présocratiques et les stoïciens qui croyaient en la nécessaire existence de l'infini, mais on la retrouve un peu chez les néoplatoniciens égyptiens. Dans le monde occidental chrétien, la prédominance des théories aristotéliciennes bloqua sa diffusion jusqu'à la Renaissance. Les travaux  de Copernic provoquèrent alors sa réactivation, avec un acteur remarquable, un religieux au destin tragique Giodano Bruno dont ce cahier se propose d'exposer la pensée et qui disait "Je puis affirmer que je n'appartiens à aucun mouvement d'aucune sorte. «Académicien de nulle académie», je marche seul.". L'hylozoïsme ne disparaitra pas avec le supplice du moine, il se réactivera épisodiquement sous l'impulsion d'hermétistes modernes tels Fulcanelli et de nos jours dans le courant  de pensée du Nouvel Âge, en particulier chez les partisans de Géa, (la Terre vivante).

  

 

Biographie de Giordano Bruno

 


 

Giordano Bruno naquit en 1548 dans une famille modeste, près de Naples, aux environs de Nola, d'où son surnom de Le Nolain. Il s'appelait en réalité Filippo Bruno, et fit ses études à Naples avant d'entrer en 1565 au couvent dominicain San Domenico di Maggiore. Il prit alors le prénom de Giordano en hommage à son professeur de métaphysique, mais se révéla vite rebelle dans les domaines des sciences et des philosophies. Il s'intéressait aussi à l'hermétisme et la cosmologie.  Ordonné prêtre en 1573, il commenta Érasme, un hérétique, et se hasarda a à critiquer certains aspects du dogme, (Culte de Marie, dogme de la Trinité). Soupçonné d'hérésie, il quitta l'habit, parcourut l'Italie puis Chambéry  et gagna Genève où il embrassa le Calvinisme. En conflit avec la hiérarchie protestante, il fut arrêté et excommunié en août 1579. Il gagna alors la France par Lyon et Toulouse puis Paris où il devint le protégé du Roi Henri III qui le nomma "Lecteur royal". Il y publia quelques ouvrages puis abandonna sa charge et s'en fut en Angleterre qui l'accueillit froidement.  C'est pourtant à Londres qu'il publia les trois textes les plus importants de son œuvre, "La Cena de le Ceneri" (la cène des cendres), "De la causa, principio e uno" (la cause, le principe et l'un), "De l'infinito, universo e mondi" (l'infini, l'univers et les mondes), suivis d'autres complémentaires moraux. Rejeté, Bruno regagna Paris devenu moins accueillant. Il s'y' querella avec Fabrizzio Mordente. Menacé, Bruno rejoignit l'Allemagne en 1586, y publiant quelques ouvrages avant d'être excommunié par les Luthériens. Il se rendit alors à Venise sur l'invitation de Giovanni Mocenigo.  Mais le patricien le dénonça à l'Inquisition qui l'arrêta le 22 mai 1592, inaugurant un très long procès au terme duquel, à Rome, sur le Campo dei Fiori, le 17 Février 1600, nu et lié à un poteau, Bruno fut brûlé vif.

Giordanno Bruno

"La Cène ou le e Banquet des Cendres’’ est le premier des trois grands dialogues métaphysiques de Giordano Bruno, dans lequel il expose ses conceptions cosmologiques.  Il y défend l’hypothèse copernicienne au cours d’un banquet organisé ‘‘en son honneur’’ par les docteurs anglais le 14 février 1584, jour des Cendres".

Le procès de Bruno tient son origine de l'accusation de Mogecino qui comportai des argument théologiques multiples, (mépris des religions, refus des dogmes de la Trinité e de la transsubstantiation, blasphème contre le Christ, croyance en la métempsycose,  pratique de la magie, négation de le virginité de Marie, critiques des docteurs de l'Eglise, séjours répétés dans des pays hérétiques, entre autres). Mogecino rappelait aussi les précédentes condamnations prononcées par l'Inquisition et évoquait les affirmations de Bruno concernant l'infinitude et l'éternité de l'Univers et la multiplicité des mondes. Bruno tenta de séparer les arguments théologiques des affirmations philosophiques( ou cosmogoniques). Il se prêta même à un simulacre de repentir, mais Rome avait obtenu son extradition, et il y fut donc transféré. De nouvelles accusations furent portées en 1593. Le procès traina en longueur. Sommé d'abandonner ses théories cosmogoniques, la Nolain persista. Tous ses écrits furent alors censurés, et le Saint Office l'invita à abjurer sur des bases mal connues. Bruno accepta mais incomplètement. Repoussant la soumission totale, il refusa toujours de reconnaître son hérésie et de revenir sur sa conception de l'Univers. Le tribunal lui accorda un délai de quarante jours pour abjurer, mais Bruno ne céda pas. Le 20 janvier 1600, le pape Clément VIII ordonna qu'il soit jugé comme hérétique formel, impénitent et persistant. La sentence fut lue publiquement par le cardinal Madruzzi. Condamné à la dégradation de ses ordres et expulsé de l'Église, Bruno était renvoyé devant une cour séculière, hypocrisie qui signifiait obligatoirement la mort sur le bûcher. Tous ses ouvrages furent mis à l'index. Ceux que détenait l'Inquisition furent publiquement brûlés. Le 17 Février 1600, langue coupée, une planchette enfoncée dans la gorge, Bruno fut livré au feu du bûcher.



Livres brûlés

D'autres libres penseurs partagèrent plus ou moins le terrible sort de Giordano Bruno. On peut citer ses compagnons d'enfermement comme Francesco Pucci également emprisonné, torturé et exécuté comme hérétique, ou Thomaso Campanella  qui critiquait également les thèses surannées d'Aristote. Le plus célèbre est certainement Galilée (Galileo Galilei), un astronome italien que le grand duc de Toscane avait nommé mathématicien de la cour. Avec sa petite lunette astronomique, il prouva que Copernic avait raison en rejetant le géocentrisme au profit de l'héliocentrisme. S'opposant résolument aux vues de Galilée, le Saint Office de Rome publia un édit contre Copernic en 1616. En 1623, le pape Urbain VIII autorisa Galilée à écrire un livre comparant les systèmes de Ptolémée et de Copernic. L'Inquisition lui avait précédemment interdit de défendre les théories de Copernic et Galilée fut donc mis en jugement. En juin 1633, il fut condamné à la prison à vie pour grave suspicion d'hérésie. Ses écrit furent censurés et il fut interdit aux éditeurs de publier ses travaux passés ou futurs. Cette condamnation fut commuée en mise en résidence surveillée, d'abord chez l'archevêque de Sienne puis dans sa propre maison d'Arcetri, près de Florence où il acheva sa vie. Un autre penseur, Lucilio Vanini connut le même destin que Bruno. Il avait étudié la philosophie et la théologie à Rome, et le droit à Naples et poursuivit ses études à Padoue où il entra dans les ordres. Il se rendit en Suisse, en Hollande, en France et en Angleterre. De retour en Italie, il tenta d’enseigner à Gênes, puis retourna en France pour se disculper de l’accusation d’athéisme. Il se retira ensuite à Toulouse où il enseigna. Du Capitole au Parlement de Toulouse, on s’inquiéta des troubles à l’ordre public et de son influence sur la jeunesse. Arrêté en novembre 1618 par l’Inquisition, il fut accusé d'athéisme et d’avoir des mœurs contre-nature. Convaincu de blasphème, impiété, athéisme, sorcellerie et corruption de mœurs, Lucilio Vanini fut condamné à avoir la l angue coupée, à être étranglé puis brûlé, et le 9 février 1619, sur la place du Salin, où il subit la sentence en hurlant horriblement.

Concernant Galilée, le jugement de l'Inquisition ne fut annulé qu'en 1992 !!.
Concernant Giordano Bruno,
à l’occasion du 400ième anniversaire de sa mort. le cardinal Poupard a exprimé le 3 février 2000, les regrets de l’Eglise devant les bûchers de l’Inquisition, et affirmé nettement leur incompatibilité avec la vérité évangélique. Mais il a cependant confirmé que Bruno ne serait pas réhabilité, déclarant que "Indépendamment de la peine capitale qui lui fut imposée, sa condamnation pour hérésie, se présente encore comme pleinement motivée". Le Saint-Siège maintenait donc la validité théologique de la condamnation. Et donc, si Bruno revenait aujourd’hui avec les mêmes convictions, il ne serait plus condamné à mort mais il serait encore condamné.

Ces trois procès, apparemment similaires, recouvraient des situations fort différentes. En dépit du parallélisme des destins de Bruno et de Vanini, ce dernier fut essentiellement condamné en raison de sa conduite licencieuse. Âgé et affaibli, Galilée ne fut jamais torturé et se soumit assez facilement aux exigences de des juges en renonçant publiquement à ses convictions coperniciennes. Ce n'est que sur sa tombe que fut tardivement inscrite la célèbre épitaphe qu'il ne prononça jamais."Eppur si muove" (Et pourtant elle tourne). Mais, Giordano Bruno fut soumis aux conditions dites "stricte" d'interrogatoire, euphémisme cachant la torture du patient, étiré très douloureusement par suspension, devant un greffier qui notait tout, y compris ses supplications et ses cris.  Bruno persistant dans sa conception de la Trinité, de l'Incarnation et celle des mondes innombrables, l'Inquisition lui fit  une "Sommation" dans laquelle on relève les propositions d'abjuration suivantes. 1/ Identification de l'Âme du Monde et de la Matière Première avec les deux principes éternels des choses. 2/ Correspondance de l'Effet infini avec la Cause infinie. 3/ Conception de la relation âme universelle et âme individuelle. 4/ Interprétation de la loi de génération et de corruption. 5/ Adhésion à la théorie de Copernic.  6/ Assimilation des Anges à des Astres. 7/ Attribution à Terre d'une âme sensible et rationnelle. 8 /Non-identification de l'âme à la forme du corps humain. S'y ajoutèrent la définition de l'Esprit Saint comme Âme du Monde et la croyance aux préadamites (des hommes qui auraient existé avant Adam). Le Nolain se défendit fort adroitement et le Saint Office corrigea ses demandes sans que nous sachions dans quelle forme. Bruno ne se soumit que partiellement, persistant dans ses convictions essentielles. Au terme de l'ultimatum posé par le tribunal, il déclara ne pas être disposé à la rétractation et affirma n'avoir tenu ni écrit aucun propos hérétique. Quand la condamnation fut prononcée, il adressa aux juges cette phase. "Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter.

  

Les apports hylozoïstes de Giordano Bruno

 

 

Nous ne parlerons pas ici des conflits dogmatiques ouverts avec les autorités de l'Église romaine (Esprit Saint, Trinité, Vierge Marie, Jésus, et..), mais seulement de ce qu'a apporté, à son époque, la pensée de Bruno à la connaissance humaine. Ce n'était pas un savant astronome comme Copernic ou Galilée, mais un petit moine épris de philosophie et de théologie, chercheur de vérité sincère mais fier. Il avait été formé à la façon de son temps, il n'avait pas de lunette astronomique, et son discours ne se fondait pas sur l'expérience pratique, mais se construisait de façon logique sur une succession de raisonnements menés à partir de ce qu'il croyait être vrai ou faux. C'est ainsi que malgré l'exceptionnelle importance des concepts qu'il a élaborés en ce qui concerne l'immensité de l'univers et la multiplicité des mondes, ses développements sont parfois restés bloqués par les acquis de sa formation initiale (les quatre éléments par exemple). Une seule vision de Monde était alors "autorisée", en conformité avec la parole biblique, la modèle de Ptolémée, relayé par Aristote. La Terre, centre du Monde, serait entourée de sphères concentriques mobiles entraînant les astres qui l'éclairent (sauf celle des étoiles qui est fixe).  Un astronome polonais, Nicolas Copernic équipé d'une petite lunette astronomique observa las phases de la planète Vénus et en déduisit une hypothèse révolutionnaire. Il postula que le centre du Monde était le Soleil, non plus la Terre. On ne sait ni où ni comment Bruno connut les livres de Copernic, mais il en tira une certitude encore plus étonnante, il pressentit que l'univers était infini, que son centre était à la fois partout et nulle part, et qu'il était peuplé de mondes innombrables. Il en déduisit que la sphère des étoiles fixes n'existait pas, qu'elles étaient des soleils lointains entourés d'autres mondes ressemblant à la Terre. Bruno n'était pas panthéiste, et rationnellement ne pouvait concevoir la coïncidence de deux infinis. Et il distingua bien son Dieu transcendant de l'Univers.

Citations tirées de ses principaux livres

1 / "Ce n'est point dans un seul soleil que Dieu est glorifié, mais dans d'innombrables soleils ; pas dans une seule terre , un seul monde, mais dans des milliers de milliers, je veux dire dans une infinité de mondes". 

Giordano Bruno - (L'infini, l'Univers et les Mondes)

2 / Le monde est infini : aucun corps ne s'y trouve dont on puisse dire dans l'absolu qu'il occupe une position médiane, ou extrême, ou intermédiaire entre ces deux termes ; on ne peut le dire que relativement à d'autres corps et à d'autres termes appréhendés à cet effet.

Giordano Bruno - (La Cène des Cendres)

3 / "Si la terre a des sens, ils ne sont pas semblables aux nôtres ; si elle a des membres, ils ne sont pas semblables aux nôtres ; si elle a de la chair, du sang, des nerfs, des os et des veines, ce n'est pas comme nous ; si elle a un cœur, il n'est pas semblable au nôtre. 

Giordano Bruno - (La Cène des Cendres)

4 / "Je dis que Dieu est tout infini, parce que tout en lui se trouve dans le monde en son entier et totalement dans chacune de ses parties, au contraire de l''infinité de l'univers, laquelle est totalement dans le tout, et non dans ces parties finies".

Giordano Bruno - (L'infini, l'Univers et les Mondes)

Contre l'affirmation ptoléméenne de l'existence d'un monde unique dont notre terre était le centre, et contre la théorie copernicienne qui mettait le Soleil au centre de cet unique monde concentrique, Bruno a fondamentalement posé l'hypothèse d'un univers infini peuplé de mondes innombrables.  Il distingua deux modes d'infini, ce qui est dans l'infini, les mondes considérés chacun avec ses caractéristiques particulières, de ce qui est de l'infini, les mondes considérés dans leur totalité, c'est à dire l'univers total. Il pensa prouver que cet univers était immobile et unique, puisque étant infini, il ne laissait donc nulle place où aller et où puisse être quelque autre entité que lui même. Il lui assignait un forme sphérique dont le centre est partout et la circonférence le centre nulle part, chaque monde étant donc à la fois au centre et aux limites de l'univers, (ce qui est un concept très actuel). Bruno affirma aussi que les astres sont des êtres vivants, certes d'une autre nature que celle des les hommes mais jouissants de leurs capacités propres et de leur formes spécifiques de conscience. C'est en ce sens qu'il les appelle animaux (du mot latin anima, l'âme). Rappelons que les Néoplatoniciens énonçaient déjà que les astres étaient les corps des dieux. Citons ici un dialogue entre Jamblique et Porphyre, "Les dieux-astres ne sont pas enveloppés par leurs corps, ce sont eux qui les enveloppent, ils ne se convertissent pas vers leurs corps, ce sont leurs corps qui se convertissent vers eux. Le corps des astres leur est étroitement apparenté, à la différence complète de nos corps à nous (...). et tous les dieux sont bons parce qu'ils regardent vers le Bien."La nouvelle proposition du Nolain était accompagnée d'une précision qui parut alors plus scandaleuse encore :IL énonça que, considéré dans sa globalité, l'univers infini était animé et doué de conscience (sans être pour autant conceptuellement confondu avec Dieu, car, pour Bruno, c'est même "(le fini local de l'infini multiple qui explique la substance divine").

Citations tirées de ses principaux livres

1 / "La Terre et nombre d'autres corps, appelés astres sont eux-mêmes doués de vie ; et vivants, c’est de manière volontaire, ordonnée et naturelle, suivant un principe intrinsèque, qu’ils se meuvent vers les choses et les espaces qui leur conviennent".

Giordano Bruno, (La Cène des Cendres).

2 / "Ceux des autres globes qui sont des terres ne diffèrent en rien du nôtre quant à l'espèce ; seule les différencie une taille plus grande ou plus petite, de même que chez les espèces d'animaux l'inégalité est l'effet de différences individuelles".

Giordano Bruno - (La Cène des Cendres)

3 / " Une chose, si petite et si minuscule qu’on voudra, renferme en soi une partie de substance spirituelle (…); parce que l’esprit se trouve dans toutes les choses et qu’il n’est de minime corpuscule qui n’en contienne une certaine portion et qu’il n’en soit animé".

Giordano Bruno, (Cause, Principe et Unité)

4 / "Ce qu’on peut dire de chaque parcelle du grand Tout, atome, monade, peut se dire de l’univers comme totalité. Le monde en son cœur loge l’Âme du monde, l’Esprit (Ndlr. le Saint Esprit)".

Giordano Bruno, (Cause, Principe et Unité).

Avec cette proposition nouvelle de l'univers infini animal, c'est à dire vivant et conscient, on parait ici basculer de l'hylozoïsme à une certaine forme de panpsychisme, doctrine philosophique qui considère que tout ce qui existe, toute réalité matérielle, non pas seulement l'esprit, possède une nature psychique. Le panpsychisme confère à la réalité physique des forces et des activités comparables à celles de l'âme humaine, sensibilité, conscience, mémoire. Ce principe vital serait donc une véritable propriété physique, immanente à la matière par opposition au Théisme qui postule l'existence et l'action d'un être divin transcendant, extérieur à la nature. L'hylozoïsme est l'une des cibles de Kant, dans la Dialectique de la Critique de la faculté de juger (1790). Kant part du paradoxe qui constitue le nœud de la Dialectique de la Critique de la faculté de juger téléologique, à savoir, que : "1/ Il y a des objets dans la nature qui ne puissent être pensés qu'en fonction d'une fin, les êtres organisés (êtres vivants);2 / Une connaissance n'est possible que fondée sur le principe de causalité. L'hylozoïsme, écrit Kant, «fonde les fins aperçues dans la nature sur l'analogon (reflet analogique) d'un pouvoir agissant intentionnellement, à savoir la vie de la matière). L'hylozoïsme réunit donc deux principes apparemment contradictoires : 1 / L'existence d'une finalité dans la nature. 2 / L'explication physique. Le problème de l'hylozoïsme, dit Kant, est que pour expliquer des phénomènes, il doit recourir un principe obscur consistant à doter la matière comme simple matière d'une propriété qui entre en contradiction avec son essence», dans la mesure où précisément la matière est ce qui n'est pas vivant, qui est inerte (mais comment Kant définit-il ce qui est vivant ?). Il est donc tautologique, car il prétend expliquer les phénomènes à partir de ce qui est précisément à expliquer". L'éternel problème métaphysique est que nous ne savons définir la vie qu'à partir de ce qui est vivant, et que nous définissons le vivant à partir de ce qui possède la vie. Et Kant, lui-même, n'y échappe pas.

  

 

Buste de la statue de Giordano Bruno édifiée sur la place même où il fut brûlé

 

Les théories mécanistes
 


 

Les tyrans peuvent tuer les hommes et brûler leurs livres, mais les idées gênantes n'en suivent pas moins leur propre destin. Car les idées sont des entités mystérieuses qui apparaissent dans le monde très particulier des cerveaux humains, un milieu qui leur est propre et dont nous maîtrisons mal les lois. Elles semblent parfois disparaître, souvent pour se transformer et renaître sous une autre apparence ou un autre habit. Nées de l’intelligence humaine, elles se comportent parfois comme de vivants parasites qui évoluent dans le mental collectif. Elles peuvent alors envahir toute la planète et ont souvent prouvé leur puissance et leur capacité de nuisance. La pensée aristotélicienne tua Bruno, mais celle de Copernic survécut au Nolain et ouvrit la porte des dimensions cosmiques de l'univers physique. Cependant, quand  les lunettes des astronomes se tournèrent vers les étoiles, on cessa de regarder au coeur de l'Humain. La Matière devint le principal centre d'intérêt de beaucoup de chercheurs, cela jusqu'à nos jours. Bien des secrets furent découverts mais celui de la véritable nature de la vie demeure, et ce mystère continue d'intriguer. Nous savons que les anciens Grecs, imaginaient la Terre comme un simple "lieu", (relativement abstrait ou conceptuel), habité tout à la fois par les différents mortels et par les multiples dieux invisibles qui résidaient au sommet du Mont Olympe. La découverte de l'espace extérieur fit alors apparaître une sorte d'immense machinerie, et ce concept mécaniste s'étendit au vivant. Ce fut la naissance du paradigme de "l'animal machine", idée selon laquelle les vivants sont seulement des machines complexes (sortes d'horloges sophistiquées), créées par Dieu, (l'Horloger cosmique). On sait que Descartes accorda cependant à l'Homme le privilège insigne de posséder une âme reliée au corps par la glande pinéale (! Et donc, le mystère ne recula que d'un pas. Qu'est-ce que cette âme et quelle est sa nature ? Est-elle le produit de la machine ou l'inverse ? D'où vient que l'Homme soit vivant ?


Citation tirée de l'Evangile de Thomas

Jésus disait :
"Si la chair est venue au Monde à cause de l'Esprit,
C'est une merveille,
Mais si l'Esprit est venu à cause du corps,
C'est la merveille des merveilles."
"Et moi, je m'émerveille de ceci :
Comment cet être, qui est,
Peut-il habiter ce néant ?

Évangile gnostique de Thomas, (Logion 29).

Selon la vision mécaniste du Monde, dans la soupe boueuse des origines, avec l’énergie du Soleil et des volcans, et avec l’aide de catalyseurs tels que les argiles, une loi primitive a effectué de nombreuses sélections de combinaisons stables d’atomes. Il en a résulté la formation de molécules très variées. Les molécules les plus complexes étaient les plus rares, leur apparition étant régie par le hasard des rencontres et la disponibilité préalable des sous-composants complexes. Il fallait beaucoup de temps pour composer ces molécules ultra-complexes en quantité significative. Mais la nature disposait de millions, et même de milliards d’années. Lorsque l’on soumet un modèle de la soupe primitive aux effets de décharges électriques, on constate la synthèse d’aminoacides, une des deux principales classes de molécules biologiques. On obtient également des substances organiques telles les purines et les pyrimidines. C’est à partir de ces éléments constitutifs que se serait constitué l’édifice de base de la molécule génétique connue sous le nom d’ADN. Á un certain moment, se serait en effet formée une molécule tout-à-fait remarquable. Ce n’était probablement pas la plus grande ni la plus complexe des molécules primitives, mais elle avait la propriété extrêmement particulière de pouvoir créer des copies d’elle-même. Cette molécule stable particulière était un "réplicateur". Elle agissait comme une sorte de gabarit qui reproduisait automatiquement ces copies. Ce qui est ici important et révolutionnaire, c’est l’émergence soudaine d’une nouvelle sorte de stabilité dans le Monde. Ce "réplicateur" disposait de quantités énormes de matériaux. Il a pu distribuer de très nombreuses copies de lui-même dans l’immense océan primitif, jusqu’à ce que les matériaux nécessaires deviennent finalement rares. Toutes ces copies n’étaient pas parfaites, mais les erreurs ont été bénéfiques car elles favorisaient l’évolution et la sélection des meilleures. La soupe des premiers âges se trouva donc contenir une population variée de répliques diverses.

Argile (catalyseur)

Certaines étaient moins fragiles que d’autres. Elles étaient plus stables, duraient bien plus longtemps, et avaient plus de temps pour faire des copies d’elles mêmes. D’autres étaient plus fragiles, se reproduisaient lentement, ou produisaient des copies moins fidèles. Progressivement, et par l’effet de cette seule loi statistique naturelle, la proportion des molécules réplicatives du premier type augmenta dans le total par rapport au second. C'est cette variation progressive des proportions relatives de chacun des types en concurrence qui est appelée sélection naturelle. Les premiers "réplicateurs" étaient-ils vivants ? Les mots ne sont que des outils pour la pensée. Á cette époque, la distinction du vivant au non vivant n’avait pas de sens. Vivants ou non, les "réplicateurs" fonctionnaient et font partie de notre passé. Ils étaient efficaces. Les variétés les plus favorisées sont devenues plus nombreuses et certaines lignées primitives ont complètement disparu. Les "réplicateurs" ne savaient rien mais, chaque fois qu’une erreur de copie aboutissait à plus de stabilité, elle était automatiquement préservée et se multipliait. C’est peut-être à ce moment que les premières cellules vivantes apparurent. Certaines variétés découvrirent comment se protéger, d’abord chimiquement, puis en s’enfermant dans des globules de protéines. Ils dépassèrent alors la seule existence passive, et commencèrent à construire des enveloppes protectrices et des véhicules pour leur durée, c’est-à-dire leur survie. La vie compétitive devint de plus en plus difficile et meurtrière nécessitant la mise au point de machines à survie toujours plus perfectionnées et plus efficaces. Tous les êtres vivants seraient les machines à survie des "réplicateurs" que nous appelons "gènes", les animaux, les plantes, les champignons, les bactéries et les virus. Ces machines vivantes existent aujourd'hui en grand nombre et en grande variété. Leurs composants chimiques sont cependant assez uniformes. (Environ vingt amino-acides et quelques protéines).

Bibliothèque chromosomique de l'Homme

Toutes ces machines à survie terrestres sont construites par la même famille de ce "réplicateur" remarquable, l’ADN, qui existe dans tous les corps. Distribué dans les cellules, il y inscrit les programmes de fabrication. Chacune cellule contient un jeu complet des plans et des dispositifs de fonctionnement des machines à survie dans de minuscules bibliothèques que appelons chromosomes. Ceux-ci codent et enregistrent leurs instructions avec un alphabet très simple, de quatre lettres, qui semble étonnamment reconnu par toutes les espèces vivantes. Un nouveau mystère apparaît donc : La genèse de ce code génétique demeure inconnue. Les gènes contrôlent la fabrication du corps, et la théorie prétend qu'ils contrôlent également les comportements. Leur puissance souveraine établit les règles de la vie, de la mort, du sexe, de la forme, et de l’hérédité des vivants dont les organismes sont programmés pour se reproduire indéfiniment à l’identique. Et tous avaient absolument besoin des protéines dont les réserves libres, issues de la soupe primitive, étaient épuisées depuis bien longtemps ayant toutes été utilisées par les autres vivants. Une solution existait consistant en l'appropriation brutale des protéines indispensables, sans pitié, avec l’efficacité nécessaire. Cela nécessitait griffes et dents, ruse et violence, massacre et dévoration. Les gènes programmeurs n’avaient et n'ont toujours pas de sentiments. Carnivore et proie, chasseur et gibier ont un même objectif, les protéines en jeu. Vainqueur ou vaincu, le bénéfice va au plus apte. Pendant des millions d’années, les "gènes-réplicateurs" ont ainsi amélioré graduellement leurs techniques, leurs artifices et leurs machines, jusqu'à emplir la Terre. Une enveloppe nouvelle a recouvert le squelette minéral de la planète. Elle est gigantesque. Elle occupe presque toute la surface terrestre sur une très grande épaisseur. On appelle aujourd'hui ce Géant "Biosphère".  Et cette biosphère pèse des milliers de milliards de tonnes.

Dents et griffes

Á notre époque, l'approfondissement des connaissances dans le domaine du vivant provoque un nouveau mouvement de pensée.  On compare les milliards d'organismes constituant la biosphère aux innombrables cellules d'un corps. L'énorme masse de matière vivante qui en couvre la surface, constituerait alors un seul et gigantesque organisme animé disposant de tous les mécanismes régulateurs convenables pour assurer automatiquement les équilibres planétaires nécessaires à son autosuffisance et à son autoconservation, c'est-à-dire à sa survie. C'est "l'hypothèse Gaïa" une théorie scientifique formulée en 1969 par le britannique James Lovelock. La théorie a secondairement provoqué une vague de réflexions philosophiques et religieuses lorsque l'idéologie écologique atteignit le New Age. La biosphère disposerait des mécanismes régulateurs convenables pour assurer les équilibres nécessaires à son autoconservation, c'est-à-dire à sa survie. Le genre de vie attribuée à la biosphère serait de nature assez automatique, son fonctionnement étant autorégulé. Dans cette formulation, on reste bien dans le dogme matérialiste et mécaniste. Cependant, la recherche de modèles nouveaux d'univers a généré des hypothèses plus générales, relatives au Cosmos entier, et plus strictement scientifiques. Elles tentaient d'intégrer différents phénomènes rebelles aux formulations de l'univers einsteinien. Des chercheurs russes ont formulé le concept d'un espace vivant, constitué d'un champ informationnel dont l'énergie temps serait une propriété originelle surgissant partout instantanément. Selon le Pr. Vlail Kaznatcheyev, toute l'évolution de l'Univers procède activement de cet espace vivant cosmique. À notre époque, et d'une façon générale, le mouvement de pensée du New Age relaie cette pensée. Il est considéré comme holistique, panthéiste et même panenthéiste. En langage courant, cela signifie qu'il conçoit l'Homme, le Monde et Dieu de façon globalisante et unitaire, tout étant Dieu, et même tout étant en Dieu. Rappelons qu'en son temps Spinoza pensait que Dieu et la Nature sont une seule et même chose et que Dieu comprend une infinité de genres d’être. Cette forme de pensée va au-delà du panthéisme, c'est cela que l'on appelle le Panenthéisme.

  

 

Une image unitaire du Monde

 

Commentaires.

Nous sommes donc en présence, à notre époque, de deux démarches de connaissance fort différentes concernant le Monde, au sens large du terme. D'une part, l'exploration systématique des structures les plus lointaines du ciel profond par les astrophysiciens associée à l'étude très détaillée des caractères physiologiques les plus impénétrables des structures vivantes par les tenants de la biologie moléculaire. C'est actuellement l'approche la plus moderne engagée par les scientifiques de toutes disciplines. Elle vise essentiellement la connaissance des mécanismes de l'Univers en général et plus précisément ceux de la vie en ce qui concerne les biologistes dont l'ambition plus ou moins avouée est d'arriver à la recréer. L'autre approche est, d'autre part, fort différente. Les ésotéristes, et plus particulièrement les Rose-Croix, considèrent que l'analyse détaillée et la description précise de tous ces mécanismes matériels n'apportent qu'une connaissance fort partielle de la réalité du Monde dont bien des aspects cachés demeurent inconnus car accessibles à la seule intelligence intuitive de l'Homme. C'est pour cela qu'ils persistent à utiliser les travaux de personnages spirituellement illuminés (au sens propre) comme Giordano Bruno, et plus encore Robert Fludd dont les concepts restent partiellement présents dans les doctrines rosicruciennes actuelles.

Petite barre de navigation


Navigation locale - Tous les cahiers
 

Cahier 1

Cahier 2 Cahier 3 Cahier 4 Cahier 5
La fantasmagorie sensorielle La traversée du miroir noir Poussières d'étoiles De boue, de sang, de peur, de désir Les eaux du fleuve
Cahier 6 Cahier 7 Cahier 8 Cahier 9 Cahier 10
Les rayons ardents du Soleil Le phare ruiné d'Alexandrie Des flambeaux dans la nuit Une soif inextinguible La conscience et la liberté
Cahier 11 Cahier 12 Cahier 13 Cahier 14 Cahier 15
Je refuse donc je suis Ombres et Lumières Les derviches tourneurs La Rose Croix L'Homme triple
Cahier 16 Cahier 17 Cahier 18 Cahier 19 Cahier 20
Le Cosmos est-il vivant ? La vie mystérieuse Le Bardo Thödol tibétain La Bhagavad Gītā Le Shintô japonais
Cahier 21 Cahier 22 Cahier 23 Cahier 24 Cahier 25
Le Tao Le mythe de l'Arche de Noé Zoroastre et les Pârsîs De la Gnose aux Cathares Le Cao Dai
Cahier 26 Cahier 27 Cahier 28 Cahier 29 Cahier 30
La Quête du Graal Le Vaudou Cosmos et Microcosme Le Jaïnisme Hermès Trismégiste
Cahier 31 Cahier 32 Cahier 33 Cahier 34 Cahier 35
La Divine Comédie Amour, Désir, et Théosophie Le Graal chez Richard Wagner La Foi des Cathares Les antiques religions à Mystères 
Cahier 36 Cahier 37 Cahier 38 Cahier 39 Cahier 40
Les Dieux Grecs La Religion des Romains L'Homme incréé La réincarnation selon Platon Plotin et le Néoplatonisme
Cahier 41 Cahier 42 Cahier 43 Cahier 44 Cahier 45 
De Giordano Bruno à l'Univers vivant Robert Fludd et la Rose+Croix Krisnamurti et l'inconcevable "Otherness" J.C. Jung - Du Livre rouge à la Fleur d'Or La Gnose et les Gnostiques
Cahier 46 Cahier 47 Cahier 48 Cahier 49 Cahier 50
L'Illusion de la Connaissance Orphistes et Pythagoriciens Contes  Persans et Soufi  La Kundalini et les Chakras

Bégards, Béguines et Turlupins

 

Navigation générale

Retour Suite Livres Florilège Cahiers Galerie Carnet Musique Auteur Copyright
Contenu du Site Liens utiles Page d'accueil

 

Donnez, s'il vous plait, votre avis sur la présentation et le contenu de cette page en utilisant le lien ci-dessous. Merci.

Accès Email

Haut de page