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Arts et Sciences, Hommes et Dieux

Jacques Henri PREVOST

 

 
Petit Manuel d’Humanité

CAHIER 42 - Robert Fludd et la Rose-Croix.

MANUSCRIT
ORIGINAL


 N° 00035434
Tous droits
réservés
   
 

Table des Matières interactive.

Introduction.
Les théories de Robert Fludd.

Vitalisme et Animisme.
Commentaires et Illustrations.
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Robert Fludd et la Rose-Croix.

Introduction

 

 

Robert Fludd est un écrivain anglais, né dans le Kent au milieu du 16e siècle. Il fut élevé dan l'anglicanisme, et, d'abord soldat, quitta rapidement les armes pour s'intéresser aux diverses sciences, à la philosophie et à la théologie. Il voyageait beaucoup et visita la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, y rencontrant bien des savants et des hommes illustres avec lesquels il s'entretenait volontiers, s'instruisant auprès d'eux. De retour en Angleterre, il entra au Christ Church College et, après plusieurs refus, obtint finalement en 1605 le grade de Docteur en Médecine, puis il s'établit à Londres. Fludd lisait beaucoup et se repaissait des idées de  Paracelse, Cornélius Agrippa et surtout des écrits d'Hermés Trismégiste auquel il se réfère dans la plupart de ses ouvrages. Car Robert Fludd écrivait abondamment, en particulier pour exposer le vaste système philosophique qu'il avait conçu et qui se fondait sur sa très grande érudition. Ce système  panthéiste assez mystique combinait les éléments recueillis dans les traditions néo-platoniciennes, hébraïques, gnostiques et kabbalistiques, jusqu'à flirter avec l'hylozoïsme. Tout en restant traditionnellement chrétien, Fludd y exposait les grands principes de plusieurs sciences parallèles, (alchimie, astrologie et géomancie), disciplines grâce auxquelles il prétendait avoir obtenu des connaissances et des résultats extraordinaires. Dans la création divine, il distinguait le Macrocosme (et ses Astres), du Microcosme humain. Il aurait aussi été l’un des initiateurs de la Maçonnerie écossaise et membre influent de la société secrète des Rose-Croix,  fondant son action sur l’enseignement initiatique de la mystérieuse Fraternitas Rosae Crucis.

  

 

Les théories de Robert Fludd

 


 

Trente ans après la naissance de Giordano Bruno en Italie, un curieux personnage, Robert Fludd, naissait en 1574 à Milgate House, en Angleterre où il fut élevé dans l’anglicanisme. Admis au Saint John’s College d’Oxford, il y fut un étudiant sérieux dans la plupart des domaines enseigné. Il y entra en contact avec des hermétistes et découvrit de nombreux ouvrages de tendances hermétiques, kabbalistiques et alchimiques. l'Angleterre était beaucoup plus tolérante aux idées nouvelles que l'Italie ou la France. Il étudia la médecine puis entreprit un voyage de six ans en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, entre autres. Rentré en Angleterre, il obtint le grade de Docteur en Médecine tout en continuant à lire les ouvrages des alchimistes, kabbalistes et hermétistes. Il  correspondit avec les plus grands hermétistes de son temps et semble avoir été en contact avec les Rose-Croix. A partir de 1617, Fludd publia de nombreux ouvrages scientifiques ou hermétistes, des traités d’astrologie, de médecine, d’alchimie, et des écrits philosophiques ou théosophiques qui témoignent de l’extrême étendue de ses connaissances ésotériques. Il aurait été (C'est controversé), en Grande-Bretagne, l’instructeur de la société secrète des Rose-Croix, dont l’influence sur la formation de la Maçonnerie écossaise est connue, et son système théosophique semble être fondé sur l’enseignement initiatique de la mystérieuse Fraternitas Rosae Crucis. La métaphysique de Fludd est dualiste. Deux principes régissent l’univers : Dieu et le Diable. Les deux royaumes sont en lutte perpétuelle. Mais Fludd s’interrogeait quant à la nature de Dieu. Est-il présent dans le Monde ou bien est-il en dehors ? Comme celui de Bruno, le Dieu de Fludd est un dieu qui s’exprime dans la création mais demeure transcendant, caché aux hommes et infiniment bon. Fludd dit que Dieu et sa création ne font qu’un, le monde étant un reflet de la divinité, et donc Dieu et le monde sont deux aspects d’une même réalité. Nous découvrons ainsi chez Fludd un parallélisme évident avec l’Hermétisme rosicrucien, qui mêle obscurément la gnose et la mystique à la pratique matérielle.

Robert Fludd

Dans le système de Fludd, au commencement, c’est à dire au principe des choses, il y a une Unité pure, infinie, totale, inconnaissable, qui est le Néant primordial. Cette Monade unique et simple, n’est rien, mais peut devenir tout en potentialité. Ce Dieu, inconnu, s’est révélé à lui-même à partir du Néant avant de créer le temps et le monde. Donc, pour s’exprimer, la Monade ( ou Père), s’est retirée d’une partie d’elle-même. De ce retrait, furent ainsi créées la Ténèbre ou Mère) qui comprend toutes les possibilités, celles du mal et du bien. Nous sommes bien en présence d’un Dieu androgyne contenant deux principes, l’un masculin, le Père, lumière non exprimée et la Mère, principe féminin, la Ténèbre. La Création provient de la séparation de la Lumière et de la Ténèbre, (du Père et de la Mère). La Lumière s’est ensuite manifestée sous la forme du Fils. Et la création s’opère à partir de la matière première qui est la Ténèbre. Lors de la Création, le Verbe avait créé les Anges et parmi ces derniers Lucifer. Celui-ci voulu devenir l’égal de Dieu et dans son orgueil défia la divinité avant d’être précipité des Cieux. On est ici devant une synthèse des mythes bibliques et manichéens, au delà du dualisme platonicien corps-esprit. Le Créateur donna alors naissance à Adam, doté d’une double nature. Le corps adamique, androgyne, fut formé à partir de la terre (d’où le nom d’Adam, rouge en hébreu) puis Dieu sépara Eve d’Adam et la lui donna pour femme. Tentée par le Serpent, Eve tenta à son tour Adam et ils goûtèrent aux fruits de l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal. Pour cette faute, ils furent chassés de l’Éden, mais Dieu conserva toutefois à Adam une étincelle de Lumière divine afin qu’il puisse s'y « réintégrer ».  La Nature fut également corrompue par le péché originel. Il est dit que la création charnelle humaine n’est qu’une imitation de la Création divine. Mais la Rédemption, alchimique en essence, sera accomplie par le Christ, second Adam, qui par son sacrifice montre la Voie menant à la Vie Eternelle.

Il existe donc deux principes en Dieu, le principe positif et centrifuge, la Voluntas et un principe négatif, centripète, la Noluntas. Ces deux principes peuvent être rapprochés à la Lumière et à la Ténèbre alchimiques. L’univers est composé de l’union de ces deux principes. On peut le réduire à trois mondes : le monde archétype (la divinité), le macrocosme (le monde) et le microcosme (l’homme).  A l’image de l’univers, l'homme est aussi composé d'une âme, d'un esprit et d'un corps.  L’échelle des corps est une échelle des âmes qui sont faites à des degrés variables d’intensité de la Lumière divine. Tout être, tout objet a une âme, même la pierre qui parait inerte. La vision préchrétienne de Fludd est presque gnostique.  Dieu est partout et en toutes choses, l’univers n’étant qu’un reflet de la divinité et Dieu seul a la puissance de vie ou de mort. Comme l’homme, l’univers aussi a une âme. Fludd se pose bien en défenseur du concept d’Anima Mundi, d’Âme du Monde, si cher aux alchimistes et aux gnostiques, dont la vision est à rapprocher des doctrines panthéistes. L’homme est une image, en modèle réduit, du Grand Monde, donc de Dieu, et les dix Sephiroth ont leur correspondance au sein de l’homme, la Kabbale se posant ici en inspiratrice de Fludd. Selon lui, la connaissance hermétique s’obtient par l’illumination divine transcendant la raison. Cette science qui est avant tout théosophie, (science de Dieu), puise en Lui à la source même de toute Sagesse et Vérité. Le Christ en est l’incarnation. L'homme originel avait de Dieu et de l’Univers, une connaissance intuitive parfaite qui préserva en Adam une étincelle de lumière et qui lui donnait la connaissance du secret des choses terrestres et divines. Cette sapience (ou sagesse) sera transmise de génération en génération par une suite ininterrompue d’Illuminés, dévoués aux Mystères, aboutissant ainsi jusqu’à nous. C'est cette Connaissance (ou  Sagesse) qui permet à l’homme de désir de retourner à la Source Première, ce qui est un concept permanent des Rose-Croix.

Citations tirées des deux traités traduits en français

"En ce monde inférieur, Dieu ordonne, et les Astres exécutent. S'il en était ainsi, qui oserait nier que la  "Mens" des animaux, et à plus forte raison celle des hommes n'est pas soumise à l'ordonnance divine. ce n'est toutefois pas en ce sens que je comprends que la "Mens" humaine est en quelque façon soumise à l'opération des Astres, attendu que sa nature est bien plus divine que celle des Astres. Il est possible, cependant, que le "Spiritus", ce véhicule sur lequel cette Mens est transportée ../.. participe aux changements célestes ../.. et que par conséquent, il l'entraîne comme un char entraîne ses voyageurs". 

Robert Fludd - (Traité d'Astrologie)

"L'Âme d'un corps en est la lumière principale, et elle y domine préférablement à toutes les autres puissances. Elle se conduit comme le Soleil au milieu de notre système. Elle est donc, précisément, la Soleil du Microcosme qui dirige, au moyen de ses rayons vivifiants, le corps tout entier".

Robert Fludd - (Traité de Géomancie)

"Le corps humain se comporte vis à vis de l'âme comme un esclave envers on maître. car le maître peut envoyer son esclave ici où là sans que celui-ci perçoive en aucune façon l'intention de son maître".

Robert Fludd - (Traité de Géomancie)

"De même que les rapports des astres entre eux, les rapports des âmes ont des conséquences ici bas, car les âmes sont des invisibles foyers de lumière et émettent des rayons qui établissent des communications entre elles".

Robert Fludd - (Traité de Géomancie)

Robert Fludd a exposé tout son système dans un ouvrage en latin,"Utriusque Cosmi Tractatus" resté inachevé et qui devait être divisé en deux parties, le Traité du Microcosme et le Traité du Macrocosme. On trouve dans celui-ci un Traité de Métaphysique, un Traité d'Ontologie générale, un Traité de Géomancie (ou astrologie terrestre), et  un Traité d'Astrologie générale. Seuls les deux derniers, très techniques , ont été traduits en françaais (BNF). L'auteur est un métaphysicien kabbaliste, matérialiste et panthéiste qui exclut toute intervention volontaire de Dieu dans la Nature, laquelle aurait évolué en donnant naissance à un "Agent Universel" subdivisé en quatre éléments structurés comme une immense pyramide à base carrée, et tout l'univers comme toute de ses parties, tout corps et tout système jusqu'à l'atome est constitué de même. car selon le principe d'Hermés Trismégiste énoncé dans la Table d'Emeraude, "Tout ce qui est en bas es comme ce qui est en haut, et tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire le miracle de toute chose". Selon ce traité, l'astrologie considère les corps célestes ou Astres  comme des corps vivants, et leurs groupes, ou systèmes de planètes tournant autour d'un centre, comme des êtres. C'est d'ailleurs l'hypothèse d'Herschell, "Au lieu d'être isolées dans l'espace infini, toutes les étoiles dépendent les unes des autres,  font partie d'un vaste ensemble soumis à une loi déterminée et dans lequel chacune agit sur les autres en même temps qu'elle subit leurs actions, ensemble, qui par conséquent, change et évolue, constituant en réalité quelque chose de vivant". L'auteur déclare : "Nous ne pouvons plus nous arrêter à chercher une définition de la vie en prenant pour base l'organisation, nous devons admettre que cette vie s'étend à la moindre molécule qui existe, nous devons donc arriver à l'hylozoïsme. Et nous trouvons la preuve de cette nouvelle conception dans le quatrième état de la matière, l'état radiant". 

Robert Fludd - Les couleurs de la lumière

Robert Fludd imaginait un esprit primordial et universel dont découleraient tous les autres. L'âme en ferait partie. Dans le macrocosme, cet esprit serait doué d'un double "mouvement", ou pulsion, constituant sa vertu magnétique (attractive). Dans tous les corps, cet esprit modifié se retrouverait doué d'un "mouvement" analogue. Quand il part du centre, il y a attraction, et quand il revient vers le centre, il y a répulsion. Chaque corps terrestre aurait un astre particulier (un serviteur de Dieu) lui correspondant et chaque homme aurait donc aussi son astre personnel. Fludd, comme Paracelse, considérait chaque homme pris isolément comme un petit monde (microcosme), à l'image du "macrososme", le grand monde, (C'est d'ailleurs un concept que conservent encore aujourd'hui les Rose-Croix). Cette entité possède une vertu attractive particulière, qu'il nomme" magnetica virtus microcosmica". Le microsome est soumis aux mêmes lois que celles du macrocosme, rayonnant à partir ou vers son centre. Dans les impressions positives, le coeur se dilate poussant cette vertu vers le dehors, et dans les impressions négatives, il se contracte en les dirigeant vers l'intérieur. Comme la Terre, le corps humain aurait des pôles et des courants variés. Il possèderait plusieurs axes polaires dont le plus important sépare la droite de la gauche. Le côté droit serait positif et le gauche négatif. Ils contrôlent leurs effluves par deux courants qui se croisent en se modérant. Fludd, quoique médecin, n'hésitait pas à impliquer les organes physiologiques dans ses théories. Le foie, (la vésicule biliaire), serait le point central des rayons du pôle austral, attirant les esprits et produisant gaieté, chaleur et vie. La rate, à l'opposé, serait le centre des rayons du pôle boréal, attirant les sucs grossiers de la terre et produisant les vapeurs noires qui resserrent le cœur, causent les ennuis, la tristesse, la mélancolie et parfois la mort. Fludd distinguait également un magnétisme positif et un magnétisme négatif susceptibles de régir les relations entre les personnes et leur mutuelle sympathie ou antipathie, la conséquence en étant l'hypothèse que les maladies puissent être guéries ou transmises par l'action d'un individu sur un autre.

 

 

L'Homme microcosmique cristallisé dans la matière
(Image de l'auteur)

 

Liens vers les Traductions françaises des deux Traités de Fludd
Traité d'Astrologie généralee (De Astrologia)

Traité de Géomancie (De Geomancia)

 

 

Vitalisme et animisme

 


 

Á l'opposé de la pensée scientifique mécaniste moderne, un renouveau issu de la philosophie antique est apparu aux 17ème et 18ème siècles, le "vitalisme", dont demeurent encore quelques partisans. Plus ou moins issu des travaux d'Hippocrate ou d'Aristote, le vitalisme est recentré sur l'Homme total et affirme le caractère irréductible de la vie et du vivant. Il postule qu'un principe fondamental et unique fonde tous les phénomènes du vivant. C'est un mouvement de pensée fort modéré qui se garde de positions doctrinales mais prône la prise en compte de ce que l'on appelle généralement alors «Principe vital», ou  «Force vitale» ou même «Entéléchie». Ce principe est plus une affirmation de résistance ou de d'opposition aux explications mécanistes qu'une véritable réponse au problème. Au XVIIIe siècle, l'école de Montpellier a vivement illustré cette doctrine, en particulier sous l'influence de Paul-Joseph Barthez en 1775 (Nouveaux éléments de la science de l'homme). Elle proposait "un principe vital" distinct de la matière et qui l'anime. Ce "principe vital" existerait en chaque individu en se distinguant tout à la fois de l'âme pensante et des propriétés physico-chimiques du corps. C'est lui qui gouvernerait les phénomènes de la vie. Le vitalisme a été vivement combattu par Diderot, un ardent matérialiste qui, comme Buffon, voyait dans la vie une propriété physique de la matière. Diderot a dénoncé les thèses vitalistes où il voyait percer une sorte d'animisme apparenté à l'hylozoïsme des stoïciens antiques. En ce sens le vitalisme comprend l'animisme comme une de ses espèces, ou comme un complément. Rappelons que l'animisme soutient qu'une seule et même âme est en même temps principe de la pensée et de la vie organique. Les vitalistes refusent généralement les théories métaphysiques qui prétendent expliquer ce qu'est la vie et d'ou elle provient, une réserve prudente qui distingue des animistes.


Quelques citations vitalistes remarquables

J'appelle principe vital de l'homme la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain. Le nom de cette cause est assez indifférent et peut être pris à volonté. Si je préfère celui de principe vital, c'est qu'il présente une idée moins limitée que le nom d'impetum faciens, que lui donnait Hippocrate, ou autres noms par lesquels on a désigné la cause des fonctions de la vie.

Paul-Joseph Barthez (Nouveaux éléments de la science de l'homme 1778)

La vie, au moins morphogénétique, n'est pas un arrangement spécialisé d'événements inorganiques ; la biologie n'est donc pas une physique ou une chimie appliquées : la vie est quelque chose à part, et la biologie est une science indépendante. ... il y a quelque chose à l'œuvre dans la vie qui porte en soi sa propre fin.

Hans Driesch (1867-1941)

La vie est avant tout une tendance à agir sur la matière brute. Elle est une poussée à l'intérieur de la matière, une tentative d'infuser le déterminisme physique avec la liberté de la conscience.

Henri Bergson 1859 - 1961

Il se pourrait bien que l'être vivant, loin d'échapper aux lois physiques, mette en jeu d'autres lois de la physique, encore inconnues, mais qui, une fois révélées, feront tout autant partie intégrante de cette science.

Erwin Schrödinger (1887 - 1961)

À l'intérieur de la cellule, divers facteurs échappant aux dogmes de la biologie moléculaire font qu'une même séquence d'ADN constituant un gène peut être à l'origine de plusieurs protéines différentes. Il faut également renoncer à la vision mécaniste simpliste selon laquelle l'ADN serait à l'origine de la vie. Dans l'état actuel des connaissances, il faut plutôt soutenir que c'est la cellule qui, pour assurer sa reproduction, a créé l'ADN.

Barry Commoner

Il existe alors plusieurs thèses métaphysiques fondées sur la présence d'une force directrice et  créatrice au sein de la matière. Si l'on admet que ce principe vital, a une existence distincte de l'âme pensante, on est dans le vitalisme qui postule la présence de  deux âmes bien distinctes et donc de deux principes spirituels dans l'humain. Mais si l'on accepte l'idée que cette force se confond avec avec l'âme pensante, c'est  à dire avec le principe spirituel du sentiment et de la pensée, on devient animiste. Au début du 20ème siècle, Bergson postula que la la vie possédait un élan propre et autonome, et il développa le concept d'élan vital, ce qui était une position philosophique vitaliste même s'il intégrait à sa réflexion les découvertes scientifiques de son temps. La vie aurait en elle une force et un élan, un moteur et une direction conduisant les espèces vers la réalisation de leurs parangons. Plus tard, Claude Bernard  montra qu'il y a dans tout vivant une idée directrice et créatrice qui ne peut s'expliquer par le simple "mécanisme". Pouvait on dépasser ce point et admettre que cette force directrice et créatrice n'était pas distincte des organes corporels et qu'elle se confondait avec cette matière même qui les formait ? Ce fut la position de l'organicisme qui prétendit que la matière n'est pas passive et inerte et qu'elle est aussi une force même si l'on peut distinguer la matière brute, (mue selon les lois de la mécanique), et la matière vivante, (mue selon les lois de la vie). Mais les vitalistes ne pouvaient concevoir que l'âme pensante, dont les attributs essentiels sont la pensée et la conscience, puisse construire et organiser son propre corps sans en avoir conscience. L'animisme prétendait qu'il y a, dans la vie intellectuelle des mouvements souvent inaperçus et que l'âme pensante peut donc agir tantôt consciemment, tantôt inconsciemment, l'attribut essentiel de l'âme n'étant pas la pensée, mais l'effort.

L'animisme, du latin animus, originairement esprit, puis âme) est la croyance en une âme, une force vitale, animant non seulement les êtres humains, mais également les animaux et les éléments naturels (pierres, arbres, vent...). La pensée animiste s'exprime généralement dans des doctrines religieuses (comme le Shintô japonais ou le Vaudou), enseignant que ces âmes de la matière ou ces esprits supérieurs, comme également ceux des défunts ou de divinités animales, peuvent agir sur le monde et se manifester activement ici-bas, de manière bénéfique ou maléfique, et qu'il convient donc de leur vouer un culte. Mais, beaucoup d'entre nous s'adressent à leurs proches décédés ou même aux étoiles de leur ciel astrologique pour obtenir aide ou protection, ce qui est évidemment une démarche assez proche de l'animisme. La plupart des biologistes modernes critiquent ou refusent les propositions vitalistes ou animistes en s'appuyant sur les découvertes de la science moderne et les avancées de la génétique et de la biologie moléculaire. Jacques Monod, en particulier, les a critiquées dans son livre "Le hasard et la nécessité (1970)" en qualifiant le vitalisme de Bergson de (vitalisme métaphysique) aux consonances poétiques. De son coté, Ernst Mayr dans son "Histoire de la Biologie (1984)", déclare que depuis plus de cinquante ans, le vitalisme est tombé en désuétude chez les biologistes. La condamnation du vitalisme par la science semble donc fort sévère, et pourtant, à en croire Georges Canguilhem, le vitalisme serait, en tant que position de principe, quasi irréfutable, si bien que quelques philosophes contemporains soutiennent encore cette doctrine. Rappelons aussi que le pape Pie X a condamné le vitalisme en 1907 dans l'encyclique Pascendi Dominici Gregis et que  le cardinal Poupard a confirmé le 3 février 2000 à l’occasion du 400ième anniversaire de la mort  de Giodano Buno que sa condamnation pour hérésie restait pleinement motivée. L'intolérance demeure donc l'un des fondements des positions du du Saint-Siège.

  

 

Theory of everything

 


 

Commentaires.

Á partir du 16e siècle, deux démarches de connaissance fort différentes s'établissent concernant le Monde, (au sens large du terme). L'exploration systématique des structures du ciel profond par les astrophysiciens  associée à l'étude très détaillée des caractères physiologiques les plus complexes des structures vivantes par les biologistes ont assuré la domination de la science objective dans la pensée moderne. La seconde approche, subjective, ne concerne pas les propriétés expérimentales de la matière. Elle n'est pas accessible aux instruments car la connaissance détaillée des mécanismes matériels n'approche que des aspects fort limités de la réalité du Monde dont bien des aspects cachés ne sont accessibles qu'à la seule intelligence intuitive. C'est pour cette raison que certains chercheurs persistent à prendre en compte les illuminations de personnages spirituellement inspirés, comme Robert Fludd dont les concepts restent partiellement présents dans les doctrines rosicruciennes actuelles.

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